Ursula von der Leyen - Une Allemande européenne en terrain miné

Par Nadège Marguerite | 10 juin 2014

Pour citer cet article : Nadège Marguerite, “Ursula von der Leyen - Une Allemande européenne en terrain miné”, Nouvelle Europe [en ligne], Mardi 10 juin 2014, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1840, consulté le 11 décembre 2017

La nouvelle ministre allemande de la Défense plaide pour un engagement renforcé de l’Allemagne au niveau international et l’idée d’une armée commune européenne n’est plus un tabou. Un tournant décisif dans la politique menée jusqu’ici par la chancelière Angela Merkel.

Après avoir été successivement ministre de la Famille puis ministre du Travail, Ursula von der Leyen est devenue le 15 décembre 2013 la première femme en Allemagne à prendre la tête des armées. En devenant ministre de la Défense, cette diplômée en économie et en médecine ne cache pas ses ambitions pour succéder à la chancelière Angela Merkel aux prochaines élections.

Entrée en politique par filiation - son père Ernst Albrecht avait dirigé le Land de Basse Saxe, “Röschen”, “la petite rose” est connue de toute l’Allemagne. Habituée des talks-shows, elle entre véritablement en politique en 2001 et devient une figure clé de la scène politique outre-rhin.

Mariée et mère de sept enfants, Ursula von der Leyen casse avec l’image traditionnelle de la femme allemande qui doit choisir entre sa vie professionnelle et sa vie familiale. En poste au ministère de la Famille, elle avait déjà imposé un projet novateur pour la CDU conservatrice en augmentant le nombre de crêches, inégalement réparties dans tout le pays.

Le désengagement militaire de l’Allemagne, proclamé par l’ancien ministre aux Affaires étrangères Guido Westerwelle, semble désormais révolu. Même si le poste de ministre de la Défense reste un poste sensible en Allemagne, il y a bien un réel souhait de la nouvelle ministre, en accord avec son collègue Frank-Walter Steinmeier du ministère des Affaires étrangères, de redéfinir l’action de Allemagne au niveau international. Elle affirme que la mondialisation a rendu plus proches des conflits qui se tenaient hier éloignés de l’Allemagne.

La France était habituée d’être le gendarme dans son pré-carré en Afrique, mais aujourd’hui, le futur de ce continent ne laisse plus personne indifférent. Sa population avoisinera les deux milliards en 2050, et l’Allemagne est consciente de sa responsabilité à anticiper sur les défis à venir. Dans un entretien accordé en mai dernier au magazine der Spiegel, Ursula von der Leyen s’est exprimée sur ses nouvelles ambitions: “Si cette augmentation de la population en Afrique se traduit par un renforcement des structures démocratiques, alors il y a également une chance pour l’Europe sur ce continent (...) De nombreux Etats africains sont aujourd’hui dans une bien meilleure situation et cela démontre que la stabilité et la croissance économique sont possibles. Une Afrique en plein essor est une chance et justement pour un pays comme l’Allemagne dont l’économie est autant tournée vers l’exportation.”

La nouvelle ministre de la Défense souhaite le renforcement de l’armée allemande non seulement au Mali mais également en République centrafricaine. Elle précise que “l’Allemagne possède un atout certain avec son airbus MedEvac qui peut transporter des blessés en un temps record”. S’agissant du Mali, l’Allemagne fournit des soldats qui travaillent conjointement avec l’Union africaine dans le Nord du pays. Et c’est là une coopération qu’elle encourage et qu’elle soutient. De même pour la Libye, l’irritation des partenaires de la France avait démontré que la discussion et les compromis étaient à privilégier. Ainsi, la ministre se prononce pour un partage des risques et des responsabilités entre les différents partenaires européens. Dans le même article du Spiegel, elle soutient que “c’est la raison pour laquelle, il est dans l’intérêt primaire de l’Union européenne de veiller à la sécurité et à la stabilité en poussant les pays à prendre leur responsabilités. Il faudra, à l’avenir que l’Europe parle d’une seule et même voix.

L’armée allemande étant une armée parlementaire, un mandat du Bundestag sera nécessaire pour qu’elle intervienne en plus grand nombre, et donc de manière plus efficace au Mali et en République centrafricaine. En accord avec la tradition outre-rhin, la ministre approuvera de prochaines interventions militaires uniquement si elles sont suivies d’un renforcement sur le plan civil. Finalement, l’idée d’une armée européenne reste, d’après elle, prématurée mais elle conclut que “des forces armées en commun sont la conséquence logique d’une collaboration militaire toujours plus importante en Europe

Reste à espérer que les actes suivront les paroles et qu’Ursula von der Leyen réussira là où ses prédécesseurs ont en grande partie échoué, et principalement dans le projet longtemps reporté de la professionnalisation de la Bundeswehr. L’Europe de la défense a besoin d’idées novatrices et visionnaires dans ce domaine.

Pour aller plus loin

Sur Nouvelle Europe

Nadège MARGUERITE: Experte en charge du Réseau d'information Eurypedia sur les systèmes et les politiques d'enseignement en Europe, auprès de la Direction de l’Evaluation, de la Prospective et de la Performance, Ministère de l’Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

Après avoir travaillé dans la coopération culturelle et audiovisuelle franco-allemande, Nadège Marguerite a obtenu en 2012 un Master 2 professionnel en Relations Internationales à l’IRIS de Paris. Son mémoire de fin d'étude portait sur la "sécurité publique au Brésil à l'heure des événements sportifs internationaux de 2014 et 2016". Elle s'intéresse aujourd'hui aux questions de défense et de sécurité internationale.

Bibliographie:

Crédits photos: Ursula von der Leyen, Bundesarbeitsministerin, auf dem CDU-Parteitag sur Wikimedia Commons

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