Un Ukrainien à Cracovie

Par Bogdan Mytrowytch | 10 septembre 2014

Pour citer cet article : Bogdan Mytrowytch, “Un Ukrainien à Cracovie”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 10 septembre 2014, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1850, consulté le 24 juin 2017

Cet été fut pour moi une première – la découverte de Cracovie comme une ville féérique. Mais ce fut mon second voyage en Pologne - la première fois ayant été à Varsovie. 

Cette dernière, avec sa « maison de la culture » - un gratte-ciel à la mode stalinienne - a un côté plus soviétique. Tel n’est pas le cas de Cracovie - l’ancienne capitale de la Pologne, qui aurait pu le rester, si un roi de Pologne n’en avait pas décidé autrement… La place du Grand Marché et le château de Wawel lui donnent un côté enchanteur, on se croirait presque au pays de Cendrillon où de beaux carrosses défilent le long des rues médiévales avec leurs fresques majestueuses. Tout autour de Cracovie, une coulée verte remplace des remparts qui protégeaient la ville jusqu’à l’arrivée des Autrichiens, qui les ont depuis détruits. Après la Vistule, qui sépare le centre-ville, on arrive au quartier juif de Kaziemierz.

Mon frère, des amis arrivés de Lviv, ainsi qu’une amie polonaise qui vit à Cracovie furent mes compagnons pendant mon séjour d’une semaine. Par certains aspects Lviv, qui se trouve à l’Ouest de l’Ukraine, ressemble à Cracovie. Durant plusieurs siècles, les deux villes ont fait partie du même empire - l’empire austro-hongrois. Notre amie polonaise enseigne l’ukrainien à l’université de Jagellon (Jogaila), qui porte le nom d’un duc lituanien qui épousa la reine polonaise Edwiga. Beaucoup d’étudiants suivent ce cours en ce moment, m’a indiqué notre amie. De même, pas très loin  de l'univesité se trouve une plaque à la mémoire d’Andrei Scheptytcky, qui vécut à Cracovie de 1880 à 1888 pour y faire ses études. Andrei Scheptycky deviendra plus tard le chef de l’église gréco-catholique ukrainienne.

Près de la place du Grand Marché dominée par la statue d’Adam Mickiewicz, se trouve l’église gréco-catholique ukrainienne qui date du XVII siècle, ce qui illustre l’ancienneté de la communauté ukrainienne de Cracovie. Toujours au centre, à côte de la place du Petit Marché, on peut trouver le centre de documentation ukrainien, qui est dirigé par le professeur Mokryj, ancien membre de Solidarnosc et précédemment député au Parlement polonais.

Je n’ai malheureusement pas pu rester plus longtemps à Cracovie, mais ce n’est que partie remise… Par contraste, Varsovie ne m’a pas fait cet effet-là. Cracovie a eu la chance de ne pas être détruite par les nazis comme a pu l’être Varsovie. Au niveau touristique, on voit beaucoup d’Autrichiens, d’Américains et de Chinois; curieusement les Français ne sont pas tellement nombreux, malgré les relations franco-polonaises… Pas tellement nombreux non plus les Ukrainiens, et pourtant plein de touristes polonais partent à Lviv, comme d’ailleurs à Vilnius. Les deux villes ont fait partie avant la Seconde Guerre mondiale de la Pologne de Pildsutski. Les problèmes historiques entre la Pologne et l’Ukraine se sont apaisés malgré les conflits frontaliers et historiques. Et la Pologne et la Lituanie sont devenues les meilleurs avocats de l’Ukraine au sein de l’Union européenne. D’ailleurs, je n’ai pas entendu parler russe à Cracovie. Il doit y avoir des touristes russes, mais peut-être préfèrent-ils s’exprimer en anglais… au vu des problèmes qui existent entre la Russie et la Pologne, notamment au sujet de Katyn, où des milliers d’officiers de l’armée polonaise furent massacrés par le NKVD pendant la Seconde Guerre mondiale. Une grande croix a alors été posée devant le château de Wawel en leur mémoire. Par ailleurs, une atmosphère chaleureuse se dégage de la ville, où l’on voit beaucoup de jeunes, signe de sa grande vitalité.

C’est avec grand plaisir que je retournerai à Cracovie pour voir des endroits que je ne connais pas encore. Voir les mines de sel de Wieliczka dont la vue est impressionnante. Voir le musée du camp d’Auschwitz, qui maintenant constitue un témoignage historique sur l’horreur de la Shoah. Une plaque y a été érigée à la mémoire des prisonniers de chaque nation, y compris les Ukrainiens. Une chose manque à Cracovie: ce sont des journaux en langues étrangères. Avec les touristes qui abondent, la ville est absolument européenne, mais en m’y promenant, je n’ai croisé que des journaux en langue polonaise… En ce qui concerne l’habitat, il n’a pas été difficile de trouver une chambre au centre de la ville - une auberge de jeunesse bien tenue et accueillante, où il n’est pas nécessaire de réserver à l’avance.

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Source photo : © Bogdan pour Nouvelle Europe

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