Un président pro-européen, ce que ça change en Finlande

Par Tanguy Séné | 5 mars 2012

Pour citer cet article : Tanguy Séné, “Un président pro-européen, ce que ça change en Finlande”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 5 mars 2012, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1437, consulté le 29 avril 2017

Depuis le 1er mars 2012, le président de la Finlande s’appelle Sauli Niinistö. La victoire de cet homme politique du centre-droit, ancien ministre des finances, pro-européen convaincu, appelle au moins un constat : le déclin de la tendance populiste anti-européenne. Quant à l’impact de cette nouvelle présidence sur la politique européenne de la Finlande, il est moins certain.

La déroute des eurosceptiques finlandais

Au terme du deuxième tour des élections présidentielles finlandaises, le 5 février, la compétition n’est pas serrée. Le conservateur Sauli Niinistö du Parti de la Coalition Nationale (c’est aussi le parti du Premier ministre Jyrki Katainen) remporte 63% des votes contre 37% en faveur de Pekka Haavisto, issu du parti écologiste de la Ligue verte. Un point commun entre ces candidats : tous deux ont tenu des discours pro-européens. Les déçus des présidentielles sont eurosceptiques : Paavo Väyrynen, candidat du Parti du centre qui revendiquait un retour au mark finlandais au lieu de l’euro, arrive en troisième position ; Paavo Väyrynen, leader des populistes « Vrais Finlandais », anti-UE, doit se contenter de la quatrième place. Difficile de réfuter la conclusion tirée par le grand vainqueur de ces élections : « [l]es politiques pro-européennes et le soutien à l'euro ont reçu une large approbation des électeurs  ».

Cela marque un véritable changement d’atmosphère politique en Finlande. Il faut garder à l’esprit qu’il y a moins d’un an, en avril 2011, les « Vrais Finlandais » enregistraient un résultat exceptionnel de 19% des votes aux législatives (contre 4% en 2007), passant à 39 sièges au Parlement (contre 5 dans la législature précédente). Les inquiétudes des autres États membres (comme celles des marchés en pleine crise de l’euro) n’étaient pas dénuées de fondement : les « Vrais finlandais » tiennent un discours anti-solidarité européenne, stigmatisant la fuite de l’argent finlandais vers des États membres en difficulté économique. Or, précisément à l’époque de cette victoire électorale se négociait le plan de sauvetage UE-FMI au Portugal. L’objectif avoué de Timo Soini était non seulement de mettre fin aux plans de sauvetage au sein de l’UE, mais aussi que la Finlande verse moins d’argent à Bruxelles, de manière générale.

Beaucoup s’interrogèrent sur les conséquences de son opposition radicale au Fonds européen de stabilité financière (FESF), fonds mis en place en 2010 pour garantir des prêts aux États membres en difficulté financière à des taux relativement bas, grâce à la garantie apportée par les États les plus « sûrs » (dont la Finlande, aux obligations notées AAA). L’atmosphère s’est donc tendue : en août 2011, le gouvernement exigeait des garanties supplémentaires pour poursuivre le renflouage de la Grèce. Et ce n’est que grâce à une délicate coalition de six partis excluant les « Vrais Finlandais » que le Premier ministre empêcha une réorientation radicale de la politique européenne de la Finlande, notamment au moment du vote par le Parlement finlandais de l’extension des compétences du FESF le 28 septembre dernier (vote nécessaire dans la zone euro à la mise en place de nouveaux mécanismes de soutien, comme la possibilité pour le fonds de racheter de la dette publique sur le marché secondaire des obligations).

Il est donc rassurant pour la communauté européenne que ce type de populisme, combinant nationalisme d’extrême-droite, apologie des systèmes sociaux traditionnels et europhobie virulente, soit mis en déroute dans l’un des pays qui lui avaient le plus réussi. Reste à voir si la vague refluera aussi aux Pays-Bas, en Suède, ou encore en France.

Un rôle avant tout symbolique

Pour autant, l’élection du pro-européen Sauli Niinistö, au-delà du soutien massif de l’opinion, a peu de chances d'influencer radicalement la politique européenne de la Finlande.

Tout d’abord, la réticence à venir en aide aux autres Européens est un sentiment qui reste largement répandu, et les « Finlandais » continuent de compter au Parlement. En janvier dernier, la Finlande s’est opposée catégoriquement à l’augmentation des moyens du FESF comme à la contribution des États membres (le Premier ministre déclarant « Je ne crois pas nécessaire d'accroître la capacité de prêt du FESF et je ne crois pas non plus qu'il soit possible d'augmenter la contribution des pays notés triple A [...] C'est impossible »). À l’issue de son élection, Sauli Niinistö a réaffirmé le soutien finlandais à l’union monétaire tout en comprenant certaines exaspérations parmi les citoyens : « [l]e peuple finlandais a tout à fait le droit de se montrer critique, mais je souhaiterais tout de même dire que la Finlande s'est montrée plus solidaire que n'importe quel autre pays », a-t-il confié à Reuters. Faudrait-il être surpris de l’entendre d’un ancien ministre des Finances ayant eu à affronter la récession de la fin des années 1990 par des politiques d’austérité, dans un des deux seuls membres d’origine de la zone euro à n’avoir jamais enfreint les règles budgétaires de Maastricht ? La solidarité européenne continue d’alimenter des tensions sur fond d’efforts nationaux qui apparaissent inégalement répartis.

Deuxième élément qui limite l’impact de l’arrivée d’un pro-européen à la tête de la Finlande : les pouvoirs de la présidence. Jusqu’à une époque récente, le Président finlandais jouissaient de pouvoirs étendus dans les affaires internationales et européennes, mais la nouvelle Constitution de 2000 a changé la donne. Les affaires extérieures et de sécurité sont partagées avec le gouvernement, tandis que les affaires européennes relèvent exclusivement du gouvernement (du fait de la définition croissante de la législation nationale par le droit européen). Le Parlement a créé une « Grande Commission » qui a pour responsabilité de veiller sur les affaires européennes et de garantir son influence sur les décisions prises au niveau de l’EU. Autant d’éléments qui ont diminué le rôle de la présidence pour lui conférer une dimension plus cérémonielle.

La symbolique européenne demeure forte, mais elle demeure symbolique. Faut-il y ajouter l’image d’un déclin généralisé de la gauche européenne (comme en Suède) ? Le Premier ministre conservateur Jyrki Katainen était arrivé au pouvoir l’an dernier après plus de 20 ans d’absence du centre-droit à la tête du gouvernement. En succédant à la social-démocrate Taria Halonen, Sauli Niinistö, issu du même parti que Mme Katainen, devient le premier Président conservateur de Finlande depuis plus de cinquante ans.

Pour aller plus loin

Sur Nouvelle Europe

Sur Internet

 

Source photo : 365/346 Spotting presidential candidates, part 1, Dec. 12, 2011, par Connectlrmeli, sur flickr et Sauli Niniisto, par Soppakanuuna, sur wikimedia commons 

 

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