SOS ! Mers européennes en danger ?

Par Fabienne Vauguet | 3 février 2007

Pour citer cet article : Fabienne Vauguet, “SOS ! Mers européennes en danger ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Samedi 3 février 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/107, consulté le 16 décembre 2017

maritime1Le changement climatique est bien réel, ayant notamment un impact majeur sur les mers et océans, qui, nous dit-on, sont déjà surexploités par les pêcheurs et pollués par des transporteurs pas toujours bienveillants. Comment agir à notre niveau, l'Europe ? Peut-on réellement espérer une meilleure protection et préservation de notre espace maritime grâce à la "stratégie pour le milieu marin" de l'Union européenne, nous qui trions "sélectivement" nos déchets tout en rêvant à de douces vacances sur les côtes certes ensoleillées, mais dégradées de la Méditerrannée ?

Si tous les Européens ne sont peut-être pas encore sensibilisés aux questions du changement climatique et de la protection environnementale, les Français, eux, sont de nouveau alertés avec force par trois héraults de l'écologie : Nicolas Hulot et son pacte écologique, José Bové et sa faux anti-OGM, Jacques Chirac et l'ONU pour l'environnement. Oui, le changement climatique est bien réel, ayant notamment un impact majeur sur les mers et océans, qui, nous dit-on, sont déjà surexploités par les pêcheurs et pollués par des transporteurs pas toujours bienveillants. Mais, alors que faire?

Comment agir à notre niveau, l'Europe ? Peut-on réellement espérer une meilleure protection et préservation de notre espace maritime grâce à la "stratégie pour le milieu marin" de l'Union européenne, nous qui trions "sélectivement" nos déchets tout en rêvant à de douces vacances sur les côtes certes ensoleillées, mais dégradées de la Méditerrannée ?

Une législation européenne pour un milieu marin en bonne santé

La protection et la gestion des mers et des océans de l'Union européenne relève encore aujourd'hui de différents champs d'activité, répartis entre la politique de l'environnement et la politique de la pêche et des affaires maritimes, à défaut d'une politique intégrée pour le milieu marin et les activités maritimes.

Il semble parfois difficile d'accorder deux objectifs opposés: par exemple, la préservation de la biodiversité marine et le développement économique des espaces côtiers, lié à l'essor du secteur maritime, du tourisme ou de la pression immobilière.

Depuis quelques années, l'Union européenne tente d'élaborer une politique maritime européenne. En juin 2006, la Commission a présenté un Livre Vert proposant une nouvelle "vision européenne des océans et des mers". Sous responsabilité de la DG Pêche et Affaires maritimes, cette initiative souhaite offrir aux professionnels de l'économie maritime un cadre plus "innovant, compétitif et respectueux de l'environnement", grâce à de modes de gouvernance renouvelés.

De son côté, la DG Environnement a proposé en 2005, dans le cadre de son action pour la qualité de l'eau, une directive particulière, "Stratégie pour le milieu marin". Pour lutter contre les multiples sources de profonde dégradation des mers et des océans que sont les pollutions liées aux hydrocarbures ou au bruit des moteurs, la pêche intensive, les effets du changement climatique ou les constructions côtières, il est demandé aux Etats membres de participer plus activement à la sauvegarde des écosystèmes marins d'Europe.

Les mers et océans européens sont ainsi divisés selon trois régions: la mer Baltique, l'Atlantique du Nord-Est et la Méditerranée.

Chaque Etat membre se doit de présenter une stratégie marine, établissant un état précis de ses eaux territoriales, ainsi que des objectifs et des programmes d'action spécifiques pour atteindre un "bon état écologique", garant d'un meilleur environnement marin européen, d'ici à l'horizon 2021.

Le découpage de l'espace maritime européen en trois zones de gestion conduit donc les Etats membres à collaborer entre eux pour adapter leurs différentes stratégies, mais aussi avec des pays tiers.


Cette directive ne contient-elle uniquement que de bonnes intentions ?

C'est ce que regrette Greenpeace-Europe, qui juge ce cadre législatif trop peu contraignant pour les Etats membres. Selon l'organisation, multiplier les stratégies nationales pour une même région maritime, au lieu d'une seule et cohérente action, ne permettra pas d'assurer une gestion efficace des espaces maritimes d'Europe. La prise de position de Greenpeace sur ce projet de directive est marquée par une revendication inédite: qu'environ 40% des mers et océans d'Europe soient protégés, en devenant des réserves marines.

D'un autre côté, il existe en Europe des instances constituées depuis plusieurs années qui se préoccupent de politique maritime et qui pourront éventuellement être des relais efficaces des stratégies nationales. Pour la mer Baltique, on peut citer l'organisation Baltic 21, qui réunit des Etats membres de l'Union Européenne, des pays tiers également bordiers de la Baltique comme la Russie, la Commission européenne, des institutions financières internationales... L'objectif de cet organisme est de contribuer aux objectifs du développement durable.

Il faut également évoquer la Conférence des Régions Périphériques Maritimes (CRPM-CPMR), qui, en lien avec les problématiques de compétitivité économique, de cohésion territoriale ou de gouvernance, est engagée sur les thèmes de la mer et du développement durable. Pour exprimer et favoriser la promotion de leurs intérêts, les différentes régions membres se sont regroupées en commissions, correspondant à l'ensemble des zones maritimes d'Europe: l'Arc Atlantique, la mer Noire et les Balkans, les Iles, la Méditerranée, la Mer du Nord et la Baltique.

De telles organisations démontrent que la coopération entre des régions de plusieurs Etats membres est déjà opérationnelle. Mais les objectifs de "bon état écologique" peuvent-ils être atteints uniquement par l'engagement des Etats membres et des collectivités territoriales, avec d'éventuels partenariats avec de tels organismes? Quant est-il du secteur maritime (pêche, transport, extraction pétrolière...)? S'impliquera t-il suffisamment pour ne pas faire de cette directive un ensemble de bonnes intentions?

La question de la sécurité maritime semble intéresser les décideurs maritimes. Réunis pour les 2e Assisses de l'Economie Maritime et du Littoral, des groupes tels que Veolia Environnement, Thales, Armateurs de France ou des fédérations professionnelles comme la Fédération des Industries Nautiques ou le Cluster Maritime Français, ont réfléchi à l'avenir d'une politique maritime intégrée ou à la protection des mers et du littoral.

 

L'ensemble des acteurs du secteur maritime et du milieu marin sont aujourd'hui attentifs aux travaux et propositions de l'Union européenne, dont la directive "Stratégie pour le milieu marin" n'est qu'une première étape. La publication du Livre Vert en est une deuxième, qui conduira peut-être vers une politique maritime plus intégrée. Après analyse des consultations qui s'achèveront en juin 2007, la Commission européenne publiera un Livre Blanc sur l'espace maritime commun. Le défi reste de taille: allier la préservation de la biodiversité avec le potentiel économique de nos mers européennes.

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