Rideau sur la télévision publique grecque ?

Par Audrey Duquenne | 19 juin 2013

Pour citer cet article : Audrey Duquenne, “Rideau sur la télévision publique grecque ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 19 juin 2013, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1715, consulté le 19 août 2017

« La radiodiffusion de service public dans les Etats membres est directement liée aux besoins démocratiques, sociaux et culturels de chaque société ainsi qu’à la nécessité de préserver dans les médias ».

Cette phase est extraite du protocole 29 sur le système de radiodiffusion publique dans les Etats membres annexé au Traité de Lisbonne. Elle a une résonance particulière depuis que le gouvernement grec a décidé, le 11 juin dernier, de supprimer sa télévision publique ERT, et avec elle près de 3 000 postes.

Face à la soudaineté de cette décision, nombreux sont ceux à avoir spontanément pointé du doigt la Troïka. Derrière ce nom se cachent la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fond monétaire international, chargés tous trois de s’assurer que les pays bénéficiant d’un programme d’aide financière remplissent les conditions exigées à cet effet (limitation du déficit, réformes…). Une réunion avec des représentants des trois institutions étant prévue précisément cette semaine, le lien semblait évident. Pourtant, interrogée plusieurs fois à ce sujet, la Commission a démenti être à l’origine de la demande, interprétant la nouvelle comme une « décision autonome prise dans le contexte des efforts importants pour moderniser l’économie grecque ».

La décision a ici été prise par décret présidentiel, permettant en cas de situation exceptionnelle de,  notamment, fermer tout organisme public sous tutelle.

Quoiqu’il en soit, la pression de la Troïka, même si cette dernière n’a pas agi directement, n’est pas étrangère à la suppression d’ERT, tant les exigences envers la Grèce sont élevées depuis mai 2010. La pilule est d’autant plus difficile à avaler pour les Grecs que le FMI a récemment reconnu avoir commis des erreurs dans la gestion de la crise grecque.

L’événement a été particulièrement mal accueilli à travers le pays, provoquant une grève générale dès le lendemain de l’annonce. Pourtant, les trois chaînes du groupe n’étaient pas décrites comme extrêmement populaires, totalisant seulement 12% de part d’audience. Cependant, est-il possible d’estimer la valeur d’une chaîne publique uniquement sur des critères d’audience ? Celle-ci doit-elle toucher le public le plus large possible à une même heure ou permettre à une partie de la population d’avoir accès à un programme spécifique qui ne serait pas diffusé ailleurs car non rentable ?

Les avis au sein de la population sont au bout du compte nuancés. Certains ont sévèrement critiqué ERT pour sa faible audience donc, mais aussi pour sa corruption, l’inefficacité de sa structure et son message de « propagande » émanant du gouvernement.  D’autres se sont insurgés contre l’atteinte à la démocratie que constitue sa suppression. Sur le fond tout d’abord, car sur le court terme, seules les chaînes privées seraient accessibles en Grèce, ce qui porterait atteinte à la diversité des médias.  A cela s’ajoute l’inquiétude de voir un pays ne plus être en mesure, contre sa volonté ou non, de défendre l’un des symboles de sa souveraineté. Sur la forme également, l’utilisation d’un décret présidentiel ayant été perçue comme une décision autoritaire. Le Conseil d’Etat a d’ailleurs demandé le 17 juin une suspension « temporaire » de ce décret, remettant en cause le gouvernement grec, menacé de remaniement, et sa stratégie.

A noter cependant que le décret supprimant ERT avait immédiatement été suivi d’un projet de loi de réorganisation de l’audiovisuel public prévu pour septembre. La nouvelle entité répondrait au nom de Nerit et prendrait la forme d’une société anonyme publique appartenant à l’Etat. Selon le porte-parole du gouvernement Simos Kedikoglou, la chaîne disposerait d’une « indépendance rédactionnelle et de programmation », en faisant une chaîne publique et non d’Etat.

Au-delà de ces mots, impossible de savoir pour le moment si ces événements auront constitué un mal pour un bien, même si la Commission européenne s’est déjà félicité de cette annonce.

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Sources photos: Television set for Wikipedia userbox icons et Television broadcast at UEFA Euro 2008 in Salzburg sur wikimedia commons.

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