Quelles garanties pour la jeunesse européenne?

Par Piera Sciama | 7 novembre 2013

Pour citer cet article : Piera Sciama, “Quelles garanties pour la jeunesse européenne? ”, Nouvelle Europe [en ligne], Jeudi 7 novembre 2013, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1756, consulté le 26 mars 2017

La crise économique en Europe touche tout particulièrement les jeunes, qui sont plus vulnérables aux situations de chômage et de précarité. Interpelée, l’Union Européenne propose diverses solutions. Nous nous focaliserons ici sur  la garantie pour la jeunesse. Si beaucoup d’attentes ont été bâties autour de cette initiative, celle-ci ne doit pas être considérée comme une solution miracle. Des problèmes de financement et de mise en pratique peuvent survenir, limitant son efficacité et ses résultats à long terme.

Si la crise économique affecte négativement la population européenne, elle touche tout particulièrement les jeunes, qui sont plus vulnérables aux situations de chômage et de précarité. Les statistiques en font foi : en 2011, le taux de chômage des jeunes dépassait 55% en Grèce et en Espagne, et 21% dans l'Union européenne, soit un taux deux fois plus élevé que celui des plus de 30 ans. Il est donc urgent d’apporter une réponse concrète à la question de l’emploi des jeunes. Récemment, le concept de NEET a gagné les discours : les NEET (Not in Education, in Employment or in Training) sont les jeunes entre 15 et 24 ans qui ne sont ni dans le système éducatif, ni en apprentissage, ni en emploi. En 2011, ils étaient 7,5 millions, le coût de leur « inactivité » étant évalué par Eurofond à 1,21% du PIB européen, soit 153 milliards d’euros. Interpelée par ces chiffres, l’Union européenne propose diverses solutions. Nous nous focaliserons ici sur la garantie pour la jeunesse.

L’initiative pour l’emploi des jeunes et la garantie pour la jeunesse : quels principes d’action? Quels financements?

L’Union européenne s’est engagée à combattre le taux de chômage disproportionné des jeunes et à stimuler leur intégration sociale à travers plusieurs politiques, notamment en encourageant l’entrepreunariat des jeunes, en créant des stages et emplois supplémentaires et en multipliant les possibilités de formation. Ainsi, l’Union met en place une série d’initiatives telles que le cadre européen pour la qualité de l’offre de stage, le premier emploi EURES qui aide 5 000 jeunes à trouver un emploi dans un autre pays de l’UE, le programme Leonardo da Vinci offrant 130 000 placements en entreprise pour les étudiants de l’enseignement supérieur, l’ « Erasmus pour les entrepreneurs » organisant 600 échanges dans des PME et le service volontaire européen proposant 10 000 places.

D'entre ces incitatives ponctuelles, se détache la garantie pour la jeunesse. Il s’agit, comme le précise la Commission, «  de proposer aux jeunes un emploi, un retour aux études, une formation ou une reconversion dans un délai de 4 mois à compter de la fin de leur scolarité ». Dans certains cas, une réforme des systèmes d’éducation et de formation s’impose, ainsi que la mise en place de politiques proactives.

Pour ce faire, des investissements humains et financiers substantiels sont nécessaires. Or, les Etats membres n’ont pas tous les mêmes capacités institutionnelles et budgétaires pour soutenir des projets d’une telle ampleur. L’Union européenne s’est donc engagée à soutenir les Etats en besoin, notamment à travers les recommandations du Conseil. Celles ci ne sont pas contraignantes, et il revient à chaque Etat membre d’élaborer son dispositif. Ensuite, dans le cadre du semestre européen, un système d’assistance technique et financière a été mis en place par la Commission qui se charge également d’évaluer les plans nationaux qui lui sont présentés.

Pour appliquer les garanties, la Commission européenne rappelle qu’il est nécessaire d’établir une coopération accrue entre les autorités publiques, les entreprises, les services à l’emploi (ou au suivi des carrières et à l’apprentissage), les syndicats, et les organisations pour la jeunesse. Chacun de ces acteurs exprime différentes préoccupations qui doivent être prises en compte afin d’élaborer des politiques efficaces.

Quant au soutien financier, en cas de ressources insuffisantes des Etats membres, l’UE peut participer au financement des programmes à travers le Fond social européen (FSE) qui dispose de 30 milliards d’euros qui n’ont pas encore été affectés pour la période 2013- 2017 et du fond dédié à l’initiative pour l’emploi des jeunes de 6 milliards d’euros. Ce dernier est d’ailleurs réservé aux régions qui possèdent un taux de chômage des jeunes de plus de 25%. Malgré l’importance des subventions disponibles, certains doutent que les fonds octroyés soient suffisants. Par ailleurs, outre la question du financement se pose celle de l’efficacité attendue des garanties pour la jeunesse.

Exemple de l’expérience finlandaise : quelle efficacité des garanties ?

Selon une analyse élaborée par le BIT, la garantie jeunesse implémentée en Finlande, à travers son système d’assistance personnalisée aux jeunes, s’est révélée plus efficace que d’autres mesures à l’emploi. Notamment, le maintien de certains jeunes en relation avec le système de formation et d’éducation a permis de leur apporter des compétences reconnues et adéquates. Pourtant, le cas finlandais présente une première leçon : les succès ne sont pas toujours durables. Effectivement, les jeunes trouvant une activité à travers la garantie jeunesse ont autant de chances de se retrouver au chômage au bout d’un an que les jeunes qui n’en ont pas bénéficié.  Les résultats sont mitigés durant la crise : son efficacité s’est réduite en 2009, et il a fallu attendre 2011 pour constater une reprise, lorsque 83% des jeunes inscrits au programme ont trouvé un placement.

Face aux résultats contradictoires, une analyse du Centre pour la Politique Européenne (CEP) présente une piste de réflexion. Les chercheurs affirment que les garanties pour la jeunesse mises en place par les gouvernements nationaux ne feront pas progresser le taux d’emploi des jeunes car les emplois ne sont pas créés par des institutions gouvernementales mais par des entreprises qui peuvent être stimulées par des mesures fiscales et notamment par des réductions des coûts non salariaux.

Prochaine étape : se focaliser sur le long terme, renforcer la coopération

Ainsi, depuis sa conception, le projet de garantie pour la jeunesse a déjà reçu de nombreuses critiques constructives. Le Parlement a essayé d’étendre les programmes aux jeunes de moins de 30 ans, ceux-ci pouvant tout autant que les jeunes de moins de 24 ans, se retrouver dans des situations de chômage et de précarité. De plus, comme le rappelle le Youth European Forum, il est important de garantir un placement de qualité qui puisse être maintenu sur le long terme : toute activité devrait garantir un revenu et une protection sociale suffisants. De plus, si des expériences positives ont été enregistrées en Finlande ou même en Autriche, celles-ci ne peuvent pas toujours être appliquées à la lettre dans d’autres Etats ayant des institutions, des besoins et des pratiques différentes. Un défi majeur se présente notamment : celui de garantir que les jeunes en nécessité  seront bien pris en compte par les institutions d’éducation ou par les services d’emploi de leur pays. Or, beaucoup d’entre eux se trouvent en dehors de tout système, ce qui limite leur prise en charge. Ainsi, la coopération entre acteurs nationaux (gouvernements, partenaires sociaux, entreprises, organisations pour la jeunesse) dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques publiques est indispensable. Cependant, la collaboration entre Etats membres de l’UE dans une perspective d’apprentissage et d’échange de bonnes pratiques est également essentielle.

Conclusion

L’initiative européenne pour l’emploi des jeunes et, plus particulièrement, la garantie pour la jeunesse visent à assurer une activité aux jeunes de moins de 25 ans. Elles représentent une avancée car elles attirent l’attention sur leur situation qui doit être une priorité pour les Etats membres. Ces derniers élaborent leurs propres politiques publiques et peuvent être soutenus techniquement et financièrement par l’Union européenne. Cependant, si beaucoup d’attentes ont été bâties autour de ces initiatives, celles-ci ne doivent pas être considérées comme des solutions miracles. Des problèmes de financement et de mise en pratique peuvent survenir, limitant leur efficacité et leurs résultats à long terme. Enfin, la question de la précarité des jeunes est traitée majoritairement du point de vue des politiques d'activation et d’employabilité. Pourtant, face à la dégradation des services de protection sociale et de santé en Europe, quid du bien être et de la qualité de vie des jeunes générations ?

Pour aller plus loin

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Photo: © Parlement européen

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