Que reste-t-il de la Litvakie ? (4/4) Yves Plasseraud : la communauté est très dynamique

Par Philippe Perchoc | 19 mars 2008

Pour citer cet article : Philippe Perchoc, “Que reste-t-il de la Litvakie ? (4/4) Yves Plasseraud : la communauté est très dynamique”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 19 mars 2008, http://www.nouvelle-europe.eu/node/440, consulté le 30 mai 2017

plasseraud_x130.jpgAu terme de notre cycle litvak, nous avons choisi de donner la parole à un fin connaisseur de la communauté juive de Lituanie, Yves Plasseraud. Il revient pour nous sur la place des Juifs dans la ville du Gaon.

Quel état des lieux feriez-vous de la communauté juive en Lituanie ?

Tout d’abord, il convient de dire que les chiffres divergent. Officiellement, il y aurait environ 4000 juifs en Lituanie aujourd’hui. Cette réalité est très mouvante : certains Lituaniens redécouvrent leurs racines juives, d’autres partent vivre en Israël. La communauté est, par ailleurs, renforcée par des arrivées de Juifs de Russie qui viennent s’installer en Lituanie par attachement familial mais aussi par proximité géographique. Ces derniers sont d’autant mieux reçus qu’il subsiste une vraie russophilie chez les Juifs de Lituanie.

Malgré les vicissitudes de l’histoire, cette nostalgie russe mêle à la fois l’image d’une Russie éternelle où il faisait bon vivre – en oubliant que la vie dans le Grand Duché de Lituanie leur avait été encore plus aisée – et d’une Union soviétique où l’idéal de la fraternité entre les peuples marque encore les esprits.

Au-delà des chiffres, il faut souligner que la communauté est très vivante. Elle s’organise selon deux modes.

D’une part, les Juifs de Lituanie vivent dans un univers très cosmopolite : ils voyagent beaucoup et participent activement au maintien de leur particularisme litvak au sein de la communauté internationale.

D’autre part, la vie communautaire a retrouvé un second souffle avec l’indépendance du pays. Mais, ce renouveau n’est pas uniquement religieux, il est aussi porteur d’une certaine critique de la vie politique lituanienne contemporaine.

Face à cette communauté renaissante, quelle est l’attitude des pouvoirs publics lituaniens ?

Globalement, elle est très positive. Les autorités lituaniennes ont accompli un véritable travail de mémoire sur les responsabilités de leur pays dans la Shoah d’une part, et de l’autre, ils ont largement aidé la communauté à renaître. Je dirais que sur ce point, leur attitude a été encore plus volontaire que celle de la Lettonie et de l’Estonie.

Pourtant, derrière cette attitude positive, on peut parfois trouver des points de vue plus nuancés. Un certain nombre d’intellectuels, s’ils reconnaissent bien volontiers la violence inouïe avec laquelle les Juifs ont été traités par les nazis et leurs auxiliaires lituaniens, ils n’hésitent pas à affirmer qu’il ne faut pas oublier à quel point les Lituaniens ont, eux aussi, été victimes d’un autre totalitarisme, soviétique celui-là.

Vous mettez bien en valeur la renaissance de la communauté juive en Lituanie. On sait, par ailleurs, à quel point les Litvaks sont attachés à leur singularité au sein de la communauté juive en général. Quelle est aujourd’hui la place de la communauté juive lituanienne au niveau international ?

Elle reste fondamentale. Disons, pour commencer, qu’une partie des membres de la communauté est très mobile : ils voyagent régulièrement tant vers la Russie, que vers les Etats-Unis ou Israël. Par ailleurs, le JOINT [NDR : « the American Jewish Joint Distribution Committee », qui depuis 1914 aide les Juifs partout dans le monde] est très actif dans les pays Baltes. Il a joué un rôle fondamental dans la reconstruction des institutions communautaires de la Lituanie post-communiste. Il a aussi apporté une aide décisive au niveau individuel à de nombreux membres de la communauté que la transition avait laissé sur le bord du chemin.

Enfin, les Juifs lituaniens se signalent par un sionisme culturel intense, mêlé à une nostalgie russe que nous avons déjà évoquée.

Pour un visiteur français à Vilnius, quelles sont les traces visibles de cet héritage multiséculaire ?

Votre question est un brin provocatrice ! Bien sûr, il ne reste presque rien de la Vilnius juive d’avant-guerre. Mais en 1939, si la communauté était très importante, elle se signalait beaucoup plus par les costumes et les enseignes en yiddish que par une quelconque exubérance architecturale !

Aujourd’hui, la Vilnius juive est très présente dans le paysage urbain : une série de plaques marque tous les lieux importants de l’avant-guerre, les loubavitchs circulent en ville tout à fait naturellement à chaque fête et la ville ne compte pas moins de trois musées liés au judaïsme. Vous trouverez même un centre d’information culturelle.

 

Ajouter un commentaire