Que fait l'Union pour ses minorités ?

Par Miroslava Ivanova | 12 décembre 2010

Pour citer cet article : Miroslava Ivanova, “Que fait l'Union pour ses minorités ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 12 décembre 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/961, consulté le 25 juin 2017

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La question des minorités est très importante pour nous tous. Cet été, le débat autour des Roms semble avoir mis en lumière le repli des sociétés sur elles-mêmes, la montée du protectionnisme et même l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite dans certains pays européens. Pourtant, on répète encore aujourd'hui que  l'Europe doit symboliser l'unité dans la diversité. De nombreux pays montrent un grand intérêt à intégrer l'UE, mais est-ce que cet intérêt facilite l'intégration des minorités ? Pour en débattre, Nouvelle Europe a invité le 3 novembre 2010 dans les locaux du CERI, Antonella Capelle-Pogacean, chercheuse au CERI, membre des comités de rédaction des revues Balkanologie et Critique internationale et spécialiste des questions liées au nationalisme, la religion et les imaginaires sociaux en Hongrie et Roumanie, et Yves Plasseraud, juriste et président du Groupement pour les Droits des Minorités (GDM) et auteur d'un grand nombre de livres sur la Lituanie et les Pays baltes qui ont fait de lui un des grands spécialistes de la région.

Quelles minorités en Europe de l'Est ?

La question des minorités pose d'emblée une difficulté : la définition de ce qu'est une minorité. Dans ce contexte, Antonella Capelle-Pogacean précise en premier lieu que les anciens pays communistes ne comportent pas de minorités importantes (entre 10% et 20%). Mais au début du XXe siècle, les disparités ethniques étaient plus importantes, disparités que les deux guerres mondiales ont réduites. En Roumanie, par exemple, seulement 3% de la population se déclarent rom, mais ceux qui sont perçus comme étant roms atteint 10%.

Il y a également une grande hétérogénéité de la situation des minorités dans les pays de l'Europe de l'Est. Cette hétérogénéité est présente à l'intérieur même des pays et souvent on essaie de mettre sous le même chapeau des situations très différentes.

Enfin, il n'y pas de consensus international sur la définition des minorités. Chaque État donne une définition de ce qu'il considère comme une minorité.

Yves Plasseraud ajoute qu'il y a des disparités notables entre l'Europe de l'Est et l'Europe occidentale. Les minorités en Europe de l'Est sont nationales tandis qu'en Europe de l'Ouest, elles sont issues de l'immigration. Il existe en outre plusieurs types de minorités :

  • Les minorités par essence, c'est-à-dire des petits groupes de population qui se sont regroupés en colonies et se sont toujours revendiqués comme minoritaires ;
  • Les minorités par contingence, c'est-à-dire suite au hasard de l'histoire comme le déplacement des frontières, c'est le cas des Magyars (les Hongrois NDLR) après le Traité de Trianon ; les minorités issues des mouvements politiques ; les Slovènes. Dans cette catégorie de minorité, on constate par ailleurs un phénomène particulier : la manipulation des minorités par les puissances voisines, comme c'est le cas au Kosovo, à Chypre du Nord et ailleurs.
  • Et enfin les minorités dispersées comme les Valaques, les Juifs.

Quel rôle tiennent les minorités au sein des sociétés ?

Yves Plasseraud est revenu ici sur les perceptions des minorités en Europe de l'Est et en Europe de l'Ouest, qui sont somme toute très différentes. En Europe de l'Ouest, les minorités ne sont pas très visibles, même si l'on observe un réveil depuis l'arrivée de l'islam (on constate une cristallisation des minorités par rapport à l'islam bien que d'autres minorités puissent aussi habiter dans les États concernés). À l'Est, les minorités ethniques sont restées très fortes. Par conséquent, elles sont beaucoup plus perceptibles. En Occident, il n'y a pas de nouvelles minorités et les préoccupations qu'elles provoquent sont avant tout d'ordre sécuritaire. À l'Est, étant donné que les minorités ont su garder une forte conscience d'appartenance, il y a plutôt une crainte concernant la cessation de territoire.

Il existe des différences non seulement entre les pays de l'Europe de l'Est et de l'Ouest, mais aussi au sein même de ces deux zones en Europe, selon Antonela Capelle-Pogacean. La France n'est pas l'Espagne et la Roumanie est très différente de la Hongrie. La Roumanie a agrandi son territoire après la Seconde Guerre mondiale et s'est retrouvée avec des minorités qui ne faisaient pas partie de sa population auparavant.

La construction nationale a aussi un impact sur la situation des minorités. En Bulgarie, la présence des Turcs renvoie à la domination ottomane. Dans les années 1980, les communistes au pouvoir en Bulgarie créent une élite communiste turque. Après la chute du communisme, c'est cette élite qui créera un parti ethnique dont les exigences seront en réaction avec ce qu'il s'est passé dans les années 1980 avec la minorité turque en Bulgarie. Ainsi en Bulgarie, il n'y pas de mythologisation d'un espace, d'où la faible probabilité d'une cessation de territoire. Alors que ce n'est pas le cas des Hongrois en Roumanie. Il n'y a pas de configuration définie une fois pour toute et en même temps, il existe une extrême hétérogénéité.

Il y a une grande différence entre les minorités issues des migrations et les minorités issues des déplacements de frontières. Pour les Bulgares par exemple, les Turcs sont l'ennemi historique, la construction nationale a fait en sorte que l'un des deux groupes ethniques l'a emporté sur l'autre.

Le processus d'adhésion à l'UE a vu l'apparition de doubles standards : les anciens États membres demandaient aux nouveaux entrants ce qu'ils ne faisaient pas dans leurs pays, à savoir le respect des minorités.

L'identité est très mouvante, et pour Yves Plasseraud, on est constamment dans la représentation et la subjectivité. En Pologne, par exemple, une communauté se dit d'identité silésienne et exige une reconnaissance par le gouvernement polonais.

Il y a une autre différence entre l'Europe de l'Est et l'Europe occidentale qui concerne la mémoire historique, souvent antagonistique. C'est un phénomène qui n'existe pas à l'Ouest, l'antagonisme entre Français et Britanniques, et entre Français et Allemands s'est résorbé rapidement, nous en avons vu la preuve récemment.

Nous avons en effet obligé les nouveaux entrants à intégrer dans leur corpus législatif le respect des minorités. Pourquoi ? Car on avait en mémoire la montée des nationalismes dans certains pays et notamment en Bulgarie et en Roumanie dans les années 1980.

 

Pour aller plus loin

Sur Nouvelle Europe

Sur Internet

À lire

  • Atlas des minorités en Europe : De l'Atlantique à l'Oural, diversité culturelle, Yves Plasseraud, 2005
  • Les Etats Baltiques : Les Sociétés Gigognes, la dialectique minorités-majorités, Yves Plasseraud, 2006

Source photo : Nouvelle Europe

 

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