Petit-déjeuner avec l'eurodéputée Constance Le Grip

Par Tanguy Séné | 2 décembre 2011

Pour citer cet article : Tanguy Séné, “Petit-déjeuner avec l'eurodéputée Constance Le Grip ”, Nouvelle Europe [en ligne], Vendredi 2 décembre 2011, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1329, consulté le 11 décembre 2017

Vendredi 25 novembre, Nouvelle Europe prenait un petit déjeuner en compagnie de Constance Le Grip, eurodéputée PPE, au café du Métro. Membre des commissions parlementaires des affaires constitutionnelles, du marché intérieur et protection des consommateurs et des droits de la femme, elle nous a fait partager le récit d’un parcours politique et du monde parlementaire européen.

De l'IEP de Strasbourg au Parlement européen, un parcours politique

Constance Le Grip se présente comme une "généraliste". C’est à la suite d’un engagement politique et militant, en particulier auprès d’Alain Lamassoure et de Nicolas Sarkozy, qu’elle a eu la chance de rejoindre le Parlement européen. En effet, après l’Institut d’études politiques de Strasbourg et un DEA à Sciences-Po Paris, elle est devenue attachée parlementaire d’Alain Lamassoure, ce qui a contribué à ancrer son intérêt européen (entre 1989 et 1993, il réalise un premier mandat d’eurodéputé). Il semble à Constance Le Grip que le parlementaire se sentait utile particulièrement au niveau européen (elle l’a ensuite accompagné alors qu’il était ministre délégué aux affaires européennes entre 1993 et 1995).

Après avoir été élue conseillère municipale à Neuilly-sur-Seine en 2001, elle intègre en 2002 le cabinet de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. Elle l'accompagne jusqu'en 2010. Elle participe à la présidence française de l’Union européenne (premier semestre 2008), et souligne à ce propos que  le président Sarkozy s’est vraiment appuyé sur le Parlement européen pour asseoir la légitimité de sa présidence et faire adopter des mesures ambitieuses comme le paquet énergie-climat. En juin 2009, lors des élections au Parlement européen, elle est sixième de la liste UMP d’Île-de-France… et cinq sont élus. Mais Michel Barnier est choisi comme Commissaire européen, et Constance Le Grip devient eurodéputée en février 2010.

L’eurodéputée nous présente ensuite brièvement quelques chantiers en cours. Concernant les droits des femmes, il semble que le principal enjeu aujourd’hui soit de faire appliquer la législation plutôt que d’en produire davantage. Il faut surtout poser la question de la réalité de l’égalité salariale dans les pays européens.

Le chantier de la relance du marché intérieur avec l’Acte pour le marché unique (12 leviers pour ôter les dernières entraves à l’achèvement du marché unique) est également très intéressant. Constance Le Grip a été particulièrement impliquée sur ce sujet, en tant que Rapporteure du groupe PPE au Parlement européen d’un rapport d’initiative sur la mise en œuvre de la directive de la reconnaissance des qualifications. C’est un sujet sur lequel il faut vraiment avancer – cette reconnaissance des qualifications professionnelles importe notamment pour les jeunes qui veulent travailler en Europe. Certes, le régime de reconnaissance automatique des qualifications professionnelles ne fonctionne pas trop mal actuellement (sept professions sont concernées), mais demeurent certaines lacunes (comme l’obligation de formation continue pour certaines professions dans quelques États membres, mais pas dans d’autres…). On attend la révision de la directive par la Commission, qui doit être présentée avant Noël.

Le Parlement européen a énormément changé en quelques années, ajoute Constance Le Grip. Il est en passe de devenir un véritable Parlement, mais n’a pas encore atteint sa pleine maturité politique. L’eurodéputée déclare avoir la chance de siéger à la commission des affaires constitutionnelles, au moment où se déroulent les débats sur la révision des traités et le « format » de l’Europe (fédéralisme de la zone euro, confédéralisme des 27 ?).

Point de vue sur de grands projets européens

Constance Le Grip a enfin répondu à une série de questions posées par les jeunes étudiants européens qui l’entouraient. La vice-présidente de Nouvelle Europe a commencé par l'interroger sur le projet de carte professionnelle européenne, basée sur le volontariat des professions concernées ; deviendra-t-elle obligatoire à long terme ? Il est difficile de se projeter à ce point dans l’avenir, répond l’eurodéputée : il s’agit avant tout de faciliter la mobilité actuelle des travailleurs (les jeunes en particulier). Pour le moment, on cherche à favoriser la constitution d’un véritable marché du travail européen. À un étudiant qui demandait si ce marché du travail ne nécessitait pas, en plus d’une mobilité accrue, une coordination des régimes sociaux plus poussée, elle consent qu’en effet, « tout est lié » dans ce domaine.

Une autre question est celle du degré d’« animation » des différentes commissions auxquelles Constance Le Grip participe. Celle-ci souligne comme « une grand heure de gloire » de la Commission des Affaires Constitutionnelles la mise en place de l’initiative citoyenne européenne. Il faudra néanmoins attendre le printemps pour voir les premières initiatives citoyennes européennes. Autre chantier : le mode de scrutin des parlementaires européens. Des collègues ultra-fédéralistes souhaitent directement passer des listes nationales aux listes européennes; mais le scénario le plus probable aux prochaines élections est que l’on restera sur des bases nationales. Certains veulent faire coexister les listes nationales avec une liste paneuropéenne de 25 eurodéputés. On pourra aller plus loin au fur et à mesure des avancées fédéralistes européennes; mais cela laisse entier le problème de l’éloignement des députés européens vis-à-vis de leurs électeurs.

Sur le thème de l’égalité des genres, Constance Le Grip a également beaucoup de choses à dire. Elle verrait bien une initiative citoyenne européenne pour interpeller les institutions européennes sur l’inégalité salariale entre femmes et hommes. Elle pense que le Parlement européen est à un stade honorable concernant la parité hommes/femmes, avec des parlementaires qui sont à 35% des femmes (mieux que le Sénat et l’Assemblée nationale français, et certes en dessous des homologues nordiques). Il y a des femmes présidentes de commissions parlementaires, et on a eu des présidentes du Parlement européen (comme Nicole Fontaine et Simone Veil). Constance Le Grip se déclare favorable à la multiplication des postes de haute responsabilité pour les femmes, et aux quotas dans les conseils d’administration. Elle reconnaît enfin que si le principe de parité aide les femmes à entrer dans la politique, il faut toujours se battre un peu plus que les hommes pour faire reconnaître sa crédibilité et sa légitimité.

Elle termine par quelques mots sur le projet européen de l’UMP, à la demande des étudiants. Selon elle, l’axe principal de ce programme consistera à poser la question : comment l’Europe peut-elle mieux s’organiser, se structurer, afin de mieux défendre ses valeurs et ses positions sur la scène internationale et protéger les citoyens ? Il s’agira d’aller vers une « Europe puissance ». Il faudra également continuer à travailler à l'adhésion de la France du « non » à la construction européenne (dans le contexte de la montée des puissances émergentes et de la guerre des monnaies).

Source photo : Constance LE GRIP dans l'hémicycle de Strasbourg, par Constance Le Grip, sur flickr

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