Petit-déjeuner avec l’eurodéputé Alain Lamassoure : dépasser le débat "Europe des nations" contre "Etats-Unis d’Europe"

Par Tanguy Séné | 21 mars 2014

Pour citer cet article : Tanguy Séné, “Petit-déjeuner avec l’eurodéputé Alain Lamassoure : dépasser le débat "Europe des nations" contre "Etats-Unis d’Europe"”, Nouvelle Europe [en ligne], Vendredi 21 mars 2014, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1806, consulté le 26 mars 2017

C’est au Café-restaurant Les Éditeurs à Paris que Nouvelle Europe a rencontré l’eurodéputé Alain Lamassoure (UMP) pour un petit déjeuner le 7 février dernier. Président de la Commission des budgets, c’est un expert reconnu au Parlement européen, où il candidate pour un cinquième mandat en Ile-de-France.

D’emblée, Alain Lamassoure nous prévient : les élections européennes qui arrivent marqueront un tournant. Aujourd’hui, le débat « fédéralisme européen contre souverainetés nationales », vieux de plus de 50 ans, n’a plus aucun sens. On vit désormais dans une Europe réconciliée. Il s’agit maintenant de construire une conciliation entre une unité européenne et les identités nationales.

En effet, si l’on replace la construction européenne en perspective, on remarque qu’elle est traversée par deux tendances profondes : la marche quasiment irrésistible vers la réconciliation des peuples ; l’accroissement du nombre de pays européens (par exemple, les pays d’ex-Yougoslavie) – dont aucun n’a envie de disparaître, les plus récents comme les plus vieux États-nations à l’image de la France. La paix entre les peuples européens acquise (deux tiers des Français aujourd’hui déclarent que le peuple dont ils se sentent les plus proches est celui de l’Allemagne !), il faut donc entrer dans une autre phase de construction. Et ce débat ne peut être celui de l’ « Europe des nations » contre les « Etats-Unis d’Europe » (une mauvaise référence : nous sommes 28 nations chacune attachée à son identité).

De la même manière, selon Alain Lamassoure, remettre en question les accords de Schengen relève ainsi de la mauvaise plaisanterie – comment matériellement rétablir des contrôles aux frontières avec la mobilité des personnes et des transports aujourd’hui ?

Il s’agit de s’unir pour d’une part, rendre la vie plus facile sur ce continent commun (où « on joue à domicile ») ; d’autre part, être suffisamment forts face au monde extérieur. Trouver les mots de cette union, sans tomber dans le terme approximatif « Europe fédérale », voilà la difficulté. Empruntant à  Saint-Exupéry, Alain Lamassoure compare l’UE à un « navire qu’on construit alors qu’on est déjà en mer ».

À la question de savoir si le projet européen devrait être une solidarité mondiale passant notamment par l’aide au développement, l’eurodéputé met en garde contre les réflexes post-colonialistes. Par ailleurs, imposer à ses partenaires commerciaux des règles sociales et environnementales reviendrait pour l’UE à faire du protectionnisme empêchant précisément des pays tiers de se développer.

Concernant l’aide aux pays membres de l’UE que constitue la politique de cohésion, Alain Lamassoure souligne les success stories que sont devenues l’Irlande, l’Espagne (au réseau de TGV plus dense qu’en France) ou encore la Lituanie. Interpellé par une question sur le modèle géographique de cette politique de soutien financier, il répond que l’échelle de référence a été celui des régions (NUTS 2 dans le jargon européen). Il évoque à l’occasion un de ses grands projets pour l’Ile-de-France : la mise en réseau des grandes métropoles européennes, afin de renforcer leur dynamisme.

On discute ensuite des aides sociales, européennes ou nationales aux entreprises. Pour l’eurodéputé, les acteurs économiques ne doivent plus se reposer sur l’assistance de l’État ou de l’UE : réclamer la PAC pour éviter la faillite, enter dans le catalogue des régimes d’aides au moment de créer son entreprise ne sont pas des options viables. Innovation et prise d’initiative sont de meilleures garanties.  Il cite en exemple de réussite la déclinaison des produits à base de piment d’Espelette par des agriculteurs béarnais, ou encore la reconversion de producteurs basques dans la commercialisation d’espadrilles de luxe.

Enfin,  on aborde des questions de politique étrangère européenne. Alain Lamassoure suggère que le Service européen d'action extérieure (aujourd'hui piloté par Lady Catherine Ashton) définisse une politique russe. Car depuis la fin de l'URSS nous n’avons toujours pas défini Moscou soit comme ennemi soit comme partenaire (la préférence de l’eurodéputé), tant à Bruxelles qu'à Washington. Après tout, l’UE est capable de faire avancer des dossiers internationaux de premier plan lorsqu’elle est suffisamment unie : les récentes négociations sur le nucléaire avec l’Iran l’ont illustré.

Source image: 2011: A budget for today and tomorrow, sur flickr

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