Parcours transatlantiques : la public diplomacy américaine en Europe centrale et orientale

Par Thibault Meilland | 23 mai 2007

Pour citer cet article : Thibault Meilland, “Parcours transatlantiques : la public diplomacy américaine en Europe centrale et orientale”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 23 mai 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/205, consulté le 10 décembre 2018

page_body_capanalyseAu-delà des considérations militaro-stratégiques et économiques souvent avancées pour rendre compte des positions atlantistes de certains gouvernements d’Europe centrale et orientale, quelle est la pertinence du concept de soft power appliqué à la relation entre les Etats-Unis et les nouveaux membres de l’Union européenne ? Quels sont les ressorts de l’attrait qu’exerce l’Amérique sur les populations et notamment les élites d’Europe centrale et orientale ?

Enoncé par l’Américain Joseph Nye, le principe du soft power consiste, pour un Etat, à faire en sorte que les autres Etats veuillent la même chose que lui. Cette capacité repose sur des ressources qualifiées d’intangibles, par définition plus difficiles à quantifier que les sanctions économiques ou la part du budget consacrée à la défense. Ainsi, la réputation d’un pays, son prestige, l’image qu’il renvoie au monde, mais également l’attractivité de sa culture et son rayonnement intellectuel et scientifique, constituent des éléments centraux de ce soft power.  

Au-delà des considérations militaro-stratégiques et économiques souvent avancées pour rendre compte des positions atlantistes de certains gouvernements d’Europe centrale et orientale, il faut donc mesurer la pertinence du concept de soft power pour comprendre la relation qu’entretiennent les Etats-Unis et les nouveaux membres de l’Union européenne. Quels sont les ressorts de l’attrait qu’exerce l’Amérique sur les populations et notamment les élites d’Europe centrale et orientale ? 

Les communautés diasporiques, « cousins d’Amérique ».

Le pouvoir de séduction des Etats-Unis repose, tout d’abord, sur l’image de réussite et de prospérité que renvoient les communautés diasporiques vers leurs pays d’origine.

Pour les pays d’Europe centrale et orientale, ces communautés diasporiques sont souvent anciennes, structurées et bien organisées. Elles revendiquent leur identité tout en s’intégrant pleinement dans le tissu social, culturel et politique américain. On pense, notamment à la présence polonaise dans le Nord-Est, et en particulier à Chicago et New York. Bien que leur part relative dans la composition démographique des Etats-Unis a diminué, les Américains d’origine polonaise sont estimés à 10,5 millions de personnes.

Pour Thomas Schreiber, il s’agit de « la plus nombreuse et la plus influente des communautés de l’ancien bloc soviétique ». Cette influence doit beaucoup au dynamisme du Polish American Congress créé au cours des années 1940 et qui rassemble aujourd’hui quelques 3000 associations réparties dans 23 Etats américains. Au-delà des rassemblements culturels et des groupes d’amitiés, le PAC joue un rôle éminemment politique, en soutenant, notamment, l’adhésion de la Pologne à l’OTAN au cours des années 1990 (voir l’article consacré au Polish American Congress). 

Il faut également compter avec la Hungarian American Federation qui s’attache à représenter les quelques 1,5 millions d’Américains d’origine hongroise et à défendre les intérêts des populations hongroises et d’origine hongroise à travers le monde. L’HAF a notamment milité pour l’accueil des réfugiés de la « révolution antitotalitaire » de Budapest en 1956, et elle continuera à peser sur la politique américaine à l’égard de la Hongrie soviétique. D’autres communautés diasporiques en provenance de Roumanie et de Bulgarie se sont constituées bien qu’elles restent plus modestes numériquement.  

L’impact de ces diasporas est d’autant plus significatif qu’elles maintiennent un contact avec le pays d’origine et sont attentives à son évolution politique et sociale. A cet égard, le retour, à partir de 1991, de plusieurs milliers d’Américains d’origine lituanienne, lettone et estonienne et leur participation au « relèvement » politique et économique du pays, sont à prendre en considération pour comprendre la teneur actuelle des relations entre les pays Baltes et Washington. Cas emblématique, Valdas Adamkus qui préside la Lituanie depuis 1998, a vécu près de 50 ans aux Etats-Unis, occupant des responsabilités sous la présidence Ronald Reagan.

Madeleine, George, Ivan et les autres : ambassadeurs du « rêve américain »

Au dynamisme des communautés diasporiques, il faut ajouter l’image de réussite que renvoient leurs membres les plus éminents, entretenant plus que jamais le «rêve américain». Parmi ceux qui ont fui l’installation des régimes communistes au début des années 1950, certains ont, en effet, atteint les hautes sphères de la vie politique américaine.

On pense, bien entendu, à celui qui fut le conseiller à la sécurité national de Jimmy Carter de 1977 à 1981. Né à Varsovie en 1928, Zbigniew Brzezinski devait suivre son père diplomate au Canada en 1938, pour ensuite accomplir ses études à Harvard puis enseigner dans plusieurs universités de la côte Est, avant d’occuper des fonctions au sein de l’administration Carter. Son parcours illustre la maturation intellectuelle et politique d’une génération d’immigrés d’Europe centrale et orientale qui a su saisir l’opportunité offerte par la société américaine.

A cet égard, le destin de Madeleine Albright est remarquable. Elle naît Marie Jana « Madlenka » Korbelova dans la banlieue de Prague en 1937. Son père, Jacob Korbel, est diplomate. Suite à l’annexion de la Bohême-Moravie par l’Allemagne en 1939, il part pour Londres avec sa famille. En 1948, il décide de s’installer durablement aux Etats-Unis, estimant que l’emprise soviétique sur le gouvernement tchécoslovaque compromet tout retour au pays. Professeur à l’Université de Denver, il fonde la Graduate School of International Studies où il aura, notamment, pour étudiante la jeune Condoleezza Rice.

De son côté, Madeleine acquiert la citoyenneté américaine en 1957 et poursuit des études brillantes de sciences politiques et de russe. Diplômée du Wellesley College, de Johns Hopkins et de Columbia, elle assiste un sénateur d’origine polonaise puis occupe des fonctions à Maison Blanche et au National Security Council entre 1978 et 1981. Pendant les mandats reaganiens, elle enseigne à l’Université Georgetown et collabore auprès de divers think tanks dont le Center for International and Strategic Studies en tant que spécialiste de l’Union soviétique et de l’Europe orientale. Avec l’élection de Bill Clinton, elle est nommée ambassadrice auprès des Nations Unies, un poste qu’elle occupe de 1993 à 1997, avant de devenir la première femme à diriger le Département d’Etat de 1997 à 2001. De telles success stories entretiennent l’image d’une Amérique où les possibilités semblent sans limites.

Le tableau serait incomplet sans ces immigrés d’Europe centrale et orientale qui ont atteint les sommets dans le milieu des affaires, de l’art ou du sport de haut niveau. On pense, ainsi, à George Soros, le célèbre financier philanthrope d’origine hongroise. Confronté aux dominations successives de l’Allemagne nazie et de l’Union soviétique, il parvient à passer à l’Ouest en 1946, à l’occasion d’un congrès de jeunes espérantistes. Lors de ses études à la London School of Economics, il suit, entre autres, les enseignements de Karl Popper. Au milieu des années 1950, Soros émigre aux Etats-Unis pour faire fortune dans les fonds d’investissement et s’illustrer dans son engagement philanthropique pour la démocratisation de l’Europe centrale et orientale, à la tête de l’Open Society Institute.  

Par ailleurs, le sport de haut niveau et la culture constitue une vitrine de premier ordre pour exposer la réussite d’immigrés d’origine européenne. Les Tchèques y sont particulièrement représentés, avec les champions de tennis Martina Navratilova et Ivan Lendl, ainsi que Dominik Hasek, le célèbre gardien de l’équipe de hockey sur glace des Red Wings de Detroit. On évoquera également le cinéaste Milos Forman qui quitte la Tchécoslovaquie dès 1968 pour s’installer aux Etats-Unis.  

Si l’attrait des Etats-Unis s’exerce, indéniablement, par le canal des diasporas, il faut également s’intéresser à la public diplomacy mise en œuvre par Washington et aux initiatives d’acteurs non gouvernementaux, en direction des élites, passées, présentes et en devenir, des pays d’Europe centrale et orientale.  

Les échanges universitaires, avant et après 1989.    

Malgré le climat de défiance de la guerre froide, les Etats-Unis ont très tôt compris l’intérêt de maintenir un contact avec les populations de l’Union soviétique et de ses satellites, en s’adressant, notamment, aux élites intellectuelles et culturelles. L’accord entre les Etats-Unis et l’URSS du 27 janvier 1958, sur les « échanges culturels, techniques et éducationnels » poursuit cette ambition. Les archives personnelles du Président Dwight Eisenhower illustrent les questions pratiques soulevées par un tel programme : nombre d’individus concernés chaque année, responsabilité des universités participantes, modalités d’accueil des étudiants du bloc soviétique. Néanmoins, ces difficultés sont surmontées au regard des « benefits to be derived by us and the free world if Iron Curtain people could get a clearer understanding of American life and intentions ». Il s’agit bien de dissiper la mauvaise image des Etats-Unis véhiculée par Moscou, en invitant des ressortissants soviétiques à expérimenter par eux-mêmes le quotidien d’un campus américain.

Plusieurs milliers d’étudiants ont pu bénéficier de ce programme. Parmi eux, Alexander Iakovlev, considéré comme l’architecte de la perestroïka, a séjourné à l’Université Columbia au cours de l’année 1958. Pour Catherine Durandin, Washington a su approcher, au cours des années 1970 et 1980, les élites « éclairées » des Partis communistes d’Europe centrale et orientale. Ces élites, proches de la démarche gorbatchévienne, devaient constituer les pivots d’une politique visant à miner les régimes les plus autoritaires, pour ensuite occuper de hautes fonctions dans les gouvernements issus de l’effondrement du bloc communiste. Plusieurs figures de la révolution roumaine de décembre 1989, comme Silviu Brucan ou Ioan Mircea Pascu, illustrent cet itinéraire transatlantique.

D’autres personnalités politiques de l’après Guerre Froide ont également séjourné aux Etats-Unis au cours de leur formation universitaire, bénéficiant souvent des bourses de la Fondation Ford et du Programme Fulbright. Marek Belka, Premier ministre de Pologne de mai 2004 à octobre 2005 et plusieurs fois ministre auparavant, a étudié l’économie à l’Université Columbia et à l’Université de Chicago. Przemyslaw Grudzinski, ambassadeur de Pologne à Washington est passé par Princeton tandis que Włodzimierz Cimoszewicz, l’ancien Ministre des Affaires étrangères et actuel président de la Diète, a séjourné à Columbia.

L’intensité des échanges universitaires semble avoir augmenté avec la chute de l’Union soviétique, en témoigne le parcours de l’actuelle classe politique géorgienne, et en premier lieu, du Président Mikhael Saakashvili. Il en va de même pour les anciennes républiques socialistes soviétiques d’Asie centrale, comme l'illustre le Futur Leaders Exchange Program lancé par le Département d'Etat en 1992. Le séjour sur un campus américain semble donc entrer dans le cursus honorum des élites politiques, économiques et intellectuelles des pays de l’ex-bloc soviétique.

Former les futures élites d’Europe centrale et orientale.

Au-delà des programmes d’échanges, l’effort de Washington s’est porté sur la formation des élites tant politiques qu’économiques des pays de l’ex-URSS. Cette initiative s’ancre dans le projet d’accompagnement de ces pays sur le chemin de la transition politique et économique, afin d’en faire des partenaires sur la scène internationale. Cet effort s’est manifesté, dans un premier temps, par la création d’universités privées dont l’ambition affichée est de dispenser des enseignements en langue anglaise et de transmettre les principes de la démocratie libérale et de l’économie de marché. Si le gouvernement américain porte un regard bienveillant sur ces établissements, il convient de rappeler que leur création doit beaucoup au dynamisme d’organisations philanthropiques américaines ainsi qu’à la participation, notamment financière, des pays d’accueil.

Ainsi,  le Professeur Ion Smedescu, membre actif de l’Académie des Sciences de New York et président de la Romanian-American Foundation for the Promotion of the Education and Culture, a fondé la Romanian-American University en 1991 à Bucarest. D’après son site internet, la RAU entend transmettre à ses élèves les valeurs de base de la société américaine énumérées comme suit : « the efficient organization of the activity, the perseverant sense of duty, cultivation of the working spirit, self-respect and respect for the others, honest spirit of competition, challenge the others and yourself ».  L’établissement offre, en outre, à ses 12 000 étudiants la possibilité de séjourner aux Etats-Unis dans le cadre d’échanges universitaires. Les diplômés de la RAU peuplent en nombre l’administration roumaine, et se tournent également vers le privé, notamment le secteur bancaire.

En Bulgarie, c’est l’American University in Bulgaria qui a ouvert ses portes dès septembre 1990 dans la ville de Blagoevgrad. Regroupant chaque année quelques 1000 étudiants de 27 nationalités différentes, cet établissement entend «éduquer les futurs leaders politiques et économiques» du pays en leur transmettant les valeurs d’une «société ouverte et démocratique».   

La Hongrie n’est pas en reste, avec la fondation de la Central European University de Budapest en 1991. Proche de l’école de transitologie américaine (le professeur Alfred Stepan en est le premier recteur entre 1993 et 1996), son objectif est de promouvoir la démocratie et de soutenir le développement de la société civile dans les pays d’Europe centrale et orientale et plus largement, d’ex-URSS. C’est ici que se rejoignent le destin des diasporas et celui de leurs pays d’origine puisque c’est George Soros, sous les auspices de l’Open Society Institute, qui a présidé à sa fondation. Pour autant, il convient de souligner que la CEU s’efforce de participer à la sphère académique européenne, en multipliant les partenariats et les échanges avec des établissements de l’Union européenne, dans le cadre du programme Erasmus notamment. 

Par ailleurs, les leaders économiques et politiques sont nombreux à suivre les séminaires organisés aux Etats-Unis par divers instituts privés. Depuis le début des années 1980, de nombreux jeunes diplomates et hommes d’Etat est-européens sont passés par le East/West Institute de New York. Celui-ci propose des programmes conçus spécifiquement pour les décideurs dans les domaines économiques et politiques. Ils y reçoivent des enseignements très pratiques sur les réformes et les mesures à prendre afin de consolider les institutions démocratiques, les structures de l’économie de marché et garantir les conditions d’une sécurité durable.  

Les thinks tanks de la « nouvelle Europe ».           

Enfin, l’influence américaine s’exerce par l’intermédiaire des nombreux think tanks, ces centres de recherche et d’expertise qui ont vu le jour dans les pays d’Europe centrale et orientale au cours des années 1990. Dans leur activité de consulting, ces organismes produisent toute une série d’études sur les besoins de réformes et publient des rapports qui en évaluent les résultats. Cette  « littérature grise » balise le champ de la réflexion en matière d’action publique. Au cours des années de transitions, leur rôle a été primordial dans l’adoption des réformes nécessaires à la mise en place de l’économie de marché et à la consolidation d’institutions et de mécanismes conformes aux principes de la démocratie libérale.  

L’influence anglo-saxonne se retrouve dans les financements dont bénéficient ces think tanks. En effet, ils proviennent, pour une large part, de sources américaines, avec des crédits votés par les élus du Congrès, et les donations du National Endowment for Democracy et de fondations telles que la Carnegie Corporation, la Ford Foundation, Freedom House, l’Open Society Institute et le Pew Charitable Trusts. En apportant leur soutien financier aux think tanks d’Europe centrale et orientale, ces fondations poursuivent divers objectifs au premier rang desquels l’aide à la démocratisation de ces pays. Pour autant, le financement de ces « laboratoires de pensée » n’est pas univoque puisque d’autres bailleurs de fonds se manifestent. Parmi eux, les fondations allemandes (Konrad Adenauer Stiftung, Friedrich Ebert Stiftung, Bertelsmann Stiftung…) et hollandaises (Milieukontakt Oost-Europa...) ou les organisations internationales (Nations Unies, Banque mondiale, Union européenne avec les Programme PHARE et TEMPUS…).  

Au-delà des sources de financement, l’influence américaine est à l'oeuvre dans l’organisation même de ces think tanks. En effet, conformément à l’approche libérale américaine, ces organismes revendiquent une certaine indépendance à l’égard des partis politiques, des syndicats et des groupes d’intérêts. Leur ambition est d’éclairer le débat public et la décision en proposant une information rigoureuse et abondante. En cela, la structuration des think tanks d’Europe centrale et orientale se distingue du modèle corporatiste d’inspiration allemande. Celui-ci consiste davantage à pourvoir les intérêts politiques, syndicaux ou commerciaux avec des moyens de recherche et d’expertise propres afin de bâtir des programmes et des argumentaires portant les intérêts en question. Cette influence du modèle libéral doit beaucoup à la précocité des initiatives américaines en la matière.  

Les Etats-Unis ont donc investi très tôt en matière de soft power, aidés en cela par le dynamisme des communautés diasporiques établis sur leur sol. Destinée, au départ, à miner les régimes du bloc soviétique en suscitant les défections et les forces du changement en leur sein, la public diplomacy américaine a été redirigée vers la formation des élites politiques et économiques des pays d’Europe centrale et orientale. Par ailleurs, l’élaboration et la mise en œuvre de cette public diplomacy repose sur l’implication d’une multitude d’acteurs, notamment des organisations non-gouvernementales, dont  l’agenda ne coïncide pas toujours avec la ligne fixée par Washington. Enfin, la public diplomacy américaine est aujourd’hui concurrencée par des initiatives émanant d’autres pays, au premier rang desquels l’Allemagne, qui entend bien peser de son influence sur les nouveaux membres de l’Union européenne.

 

P our aller plus loin :

 

picto_2jpeg A lire 
picto_2jpeg DURANDIN, Catherine, La CIA en guerre, (Paris: Grancher, 2003)
picto_2jpeg HATTO, Ronald & Odette TOMESCU, Les Etats-Unis et la "nouvelle Europe", La stratégie américaine en Europe centrale et orientale, (Paris: Editions Autrement, 2007), chap. IV, pp. 54-82
   
picto_1jpeg Sur Internet
   
picto_1jpeg Article de Thomas Schreiber sur le "lobby polonais" pour Le Monde Diplomatique
picto_1jpeg Archives de la Présidence de Dwigth Eisenhower, 1 et 2
picto_1jpeg Texte de Joseph Nye intitulé "Soft Power and Higher Education"
picto_1jpeg Site de la Central European University
picto_1jpeg Site de l'American University in Bulgaria
picto_1jpeg Site de la Romanian-American University
picto_1jpeg Liste de leaders politiques ayant étudié aux Etats-Unis
picto_1jpeg Site du Futur Leaders Exchange Program
picto_1jpeg Liste de thinks tanks d'Europe centrale et orientale, par Freedom House

 

 

 

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