Où va la Communauté des États Indépendants (CEI) ?

Par Pascal Orcier | 12 mai 2010

Pour citer cet article : Pascal Orcier, “Où va la Communauté des États Indépendants (CEI) ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 12 mai 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/855, consulté le 21 avril 2018

Constituée sur les décombres de l’URSS en 1991, la CEI avait pour but de conserver des liens économiques. Elle rassemblait onze anciennes républiques soviétiques à l’exception notable des trois républiques baltes et de la Géorgie. Cette dernière a été contrainte à rejoindre l’organisation, dominée politiquement la Russie. Elle en a définitivement claqué la porte en 2008 après la guerre qui l’a opposée à la Russie en Ossétie du Sud. Comparée à l’UE et aux autres associations régionales européennes, la CEI fait figure de projet inachevé, instrument de la prolongation de l’influence russe sur ses anciens satellites.

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Il s’agit d’un espace à cheval sur l’Europe et l’Asie (six États européens sur onze), sur lequel l’influence européenne est encore marginale politiquement. Les réformes économiques y ont été moins poussées, l’établissement de la démocratie, de l’État de droit et de l’économie de marché sont souvent précaires. Cet espace intéresse cependant de plus en plus l’UE en raison des ressources énergétiques (pétrole et gaz) qui y sont présentes. En même temps, cet espace reste dominé politiquement par des régimes autoritaires, voire répressifs, où la démocratie à l’occidentale a du mal à s’implanter, malgré les « révolutions colorées » qui s’y sont déroulées et les contestations répétées depuis le début des années 2000. Le renversement du Président Bakiev en avril 2010 au Kirghizistan est le dernier en date. Deux États, la Biélorussie et l’Ouzbékistan, ont fait l’objet de sanctions de la part de l’UE en raison de violations répétées des droits de l’homme. 

Cet espace abrite plusieurs groupements. D’une part, les républiques européennes (plus la Géorgie, mais sans la Russie) sont incluses dans la Politique européenne de Voisinage, et bénéficient à ce titre d’une enveloppe budgétaire de la Commission. Il existe une Union d’États entre la Russie et la Biélorussie, lancée en 1997, mais sur laquelle les deux pays divergent. Une union douanière entre ces deux États et le Kazakhstan a été signée en 2009, en vue d’une adhésion commune à l’OMC. Là encore, il semble que les intérêts et conceptions divergent. On distingue enfin les Etats du GUAM, association regroupant la Géorgie, l’Ukraine, Azerbaïdjan et la Moldavie, États souhaitant se démarquer de la Russie, engager des réformes politiques et promouvoir la démocratie. Dans ces États, les forces politiques restent partagées entre une orientation pro-européenne ou pro-russe. En revanche, la Biélorussie et l’Arménie affichent depuis deux décennies leur préférence pour la Russie. Sous l’effet de la crise et de la multiplication de différends bilatéraux répétés avec la Russie, la Biélorussie cherche depuis 2008 à se rapprocher de l’UE, afin de rééquilibrer ses relations. 

Il existe un régime de visa entre l’Union européenne et les États de la CEI. Cependant, plusieurs États de l’ex-URSS ont souhaité se rapprocher de l’UE et encourager la venue de touristes européens. L’Ukraine, la Géorgie et la Moldavie ont ainsi levé l’obligation de visa pour les courts séjours.

Tableau comparatif des Etats européens appartenant à la CEI (source : DG Commerce de l’UE)

 

Population en millions d’hab. en 2008

PIB/hab. en € en 2008

Part de l’UE dans les échanges économiques

Part de la CEI* dans les échanges économiques

Part de la Russie dans les échanges économiques

Biélorussie

Ukraine

Moldavie

Géorgie*

Arménie

Azerbaïdjan

Russie

9,7

45,8

4,2

4,4

3,5

8,7

142

4 238

2 665

1 229

1 988

2 284

3 637

8 027

31,8%

36,0%

47,8%

32,2%

35,4%

53,7%

51,5%

56,2%

34,7%

43,0%

25,5%

30,0%

12,5%

14,1%

47,4%

25,8%

23,1%

8,6%

19,5%

7,0%

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* La Géorgie a quitté la CEI en 2008 ; elle est néanmoins incluse dans les valeurs en %.

La répartition des échanges économiques révèle des degrés d’intégration différents selon les États, et des déséquilibres dans les relations économiques selon les ensembles considérés. Ils sont souvent le résultat de choix politiques ou idéologiques. Hormis la Biélorussie, tous les États commercent davantage avec l’UE qu’avec la CEI. L’Ukraine, la Moldavie et l’Arménie ont des échanges relativement équilibrés entre UE et CEI. En revanche, le déséquilibre est nettement en faveur de l’UE pour la Russie et l’Azerbaïdjan. L’État le plus intégré économiquement à la CEI est sans contexte la Biélorussie, qui assure la majorité de ses échanges commerciaux avec elle. Russie et Azerbaïdjan sont les États les moins intégrés : grands exportateurs d’hydrocarbures, ils commercent davantage avec les grands marchés consommateurs (UE, États-Unis, Chine). La dépendance à la Russie varie également : la Biélorussie en est la plus tributaire, pour près de la moitié de ses échanges. Cela peut aussi s’expliquer par l’enclavement du pays. L’Ukraine, la Moldavie et l’Arménie forment un deuxième groupe d’État pour lesquels la Russie représente un quart ou un cinquième des échanges. Enfin, la Géorgie et l’Azerbaïdjan sont les moins dépendants de la Russie. Pour le premier, cela est dû aux mauvaises relations politiques avec ce pays, à la proximité de la Turquie et de l’Iran, partenaires alternatifs, ainsi qu’au débouché du pays sur la mer Noire, qui lui assure une plus grande ouverture vers les marchés occidentaux.

 

Pour aller plus loin 

Sur Nouvelle Europe

Sur Internet

Source carte : Pascal Orcier, pour Nouvelle Europe (avril 2010) ; Flag-map of the Commonwealth of Independent States (1991-2009),  par Dmitry Averin, sur wikimediacommons 

 

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