Lituanie : une jeune république en quête de nouvelles cérémonies

Par Philippe Perchoc | 27 juin 2010

Pour citer cet article : Philippe Perchoc, “Lituanie : une jeune république en quête de nouvelles cérémonies ”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 27 juin 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/815, consulté le 26 septembre 2017

brazauskas_sziura_130.jpg(mise à jour) La Lituanie a fêté les 20 ans de son indépendance le 11 mars, mais elle est orpheline aujourd'hui de l'un de ses principaux artisans, Algirdas Brazauskas décédé samedi 26 juin. Et un débat s'était développé dans les médias, comment enterrer le premier Président de la IIe République ?

(mise à jour) La Lituanie a fêté les 20 ans de son indépendance le 11 mars, mais elle est orpheline aujourd'hui de l'un de ses principaux artisans, Algirdas Brazauskas décédé  samedi 26 juin. Et un débat s'était développé dans les médias, comment enterrer le premier Président de la IIe République ?

Les années 2009 et 2010 sont pour la Lituanie de grandes années de commémoration. 2009 a vu non seulement le millième anniversaire du pays (cité dans une chronique pour la première fois en 1009) et le 20e anniversaire de la Chute du Mur. Le 11 mars 2010 a marqué de son côté, le 20e anniversaire de la déclaration d'indépendance, une date très symbolique pour la jeune république mais aussi pour toute l'ex-URSS.

Algirdas Brazauskas, l'autre figure de l'indépendance

L'ancien Président Brazauskas est moins connu à l'étranger que Vytautas Landsbergis, figure plus flamboyante et plus radicale de la lutte pour l'indépendance. Il n'est d'ailleurs pas étonnant que l'ancien dissident Landsbergis ait été favorisé, si l'on se rappelle que Brazauskas a été l'un des principaux piliers du régime avant de se retourner contre lui. 

Algirdas Brazauskas est né en 1932 dans le nord du pays. Sa carrière est typique du cursus honorum soviétique : des études techniques et un engagement dans le Parti qui lui permettent de grimper rapidement les échelons du pouvoir et d'occuper des postes ministériels techniques dans les années 1960 et 1970. Cette ascension politique est consacrée par l'arrivée au poste de secrétaire du Comité central du Parti communiste lituanien en 1977. Là, il se fait connaître par son pragmatisme et sa relative ouverture aux thèses nationalistes après l'arrivée de Gorbatchev au pouvoir, dans les "limites de l'acceptable". 

Le mouvement Sajudis de soutien aux réformes du nouveau leader soviétique, créé en 1987, va peu à peu entrer en lutte avec le Parti communiste lituanien alors mené par l'inflexible Ringaudas Songalia. Gorbatchev le remplace par Brazauskas en 1988 pour contenter le Sajudis et tenter de contenir ses débordements nationalistes, avec peu de succès, puisqu'une surenchère va s'installer entre Landsbergis, leader du Sajudis et Brazauskas. Le premier opte pour une politique radicale, quand le second tente de manoeuvrer entre les réformes bien vues à Moscou et la volonté d'indépendance de Landsbergis que irrite fortement Gorbatchev.   

Il est complexe de comprendre a posteriori les motivations réelles de ces trois personnages, néanmoins, on admettra que Brazauskas était plus porté à la négociation avec Moscou que Lansbergis. C'est d'ailleurs sa connaissance des rouages du système, ses réseaux et son image de bon père de famille qui permirent à Brazauskas de se faire élire premier Président de la seconde République en 1993. Bien qu'ancien leader du PC, son attention aux questions économiques et intérieures, là où Landsbergis donnait l'impression de passer sa vie dans les avions, lui permirent de remporter les élections. Son unique mandat de Président entre 1993 et 1998 fut marqué par le retrait des troupes russes, les premières négociations pour entrée dans l'OTAN et les premières réformes profondes de l'économie. Son mandat de Premier ministre entre 2001 et 2006 vit l'entrée du pays dans l'Union européenne et dans l'OTAN, symbole de la totale reconversion de l'ancien leader communiste.

Sa retraite active lui permis de rester un personnage central de la vie politique lituanienne et de se consacrer à des programmes nationaux, comme la reconstruction du palais ducal de Vilnius, qu'il voit comme "un moyen de léguer aux générations futures un symbole de la fierté d'être Lituaniens".

Un géant s'efface

La question se pose maintenant pour les Lituaniens de savoir quels hommages ils rendront à Brazauskas. Non seulement, il conviendra d'inscrire son parcours dans l'histoire nationale, mais aussi de déterminer comment combiner célébrations joyeuses et tristes. D'autant qu'aucun Président de la République indépendante n'a été enterré à Vilnius puisque Kaunas était alors la capitale du pays (Vilnius étant polonaise). 

Il semblerait que les autorités lituaniennes aient contacté au printemps leurs homologues estoniennes qui ont déjà dû faire face aux mêmes questionnements, lors du décès du Président Meri en 2006. 

On le sait, les questions protocolaires jouent un rôle central dans la consolidation du sentiment national. Les lieux, les étapes, le parcours des célébrations sera au coeur de toutes les attentions et marqueront un nouveau cérémonial de la Lituanie indépendante. 

Pour aller plus loin 

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A lire

  • PERCHOC, P., Mars 1990 : le coup de force de Vilnius in "L'Histoire" n°351, mars 2010.

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