Bratislava, la petite dernière qui monte ?

Par Camille Brabenec | 7 janvier 2010

Pour citer cet article : Camille Brabenec, “Bratislava, la petite dernière qui monte ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Jeudi 7 janvier 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/764, consulté le 05 décembre 2019
 

bratislava_x130.jpgBratislava, ville connue historiquement sous le nom allemand de Presbourg ou hongrois de Pozsony, est la capitale de la Slovaquie, petit et tout jeune pays à l’échelle européenne. En effet, c’est un des plus jeunes États européens puisque la Slovaquie, qui formait avec la République tchèque la Tchécoslovaquie, n’est indépendante que depuis le 1er janvier 1993. Bratislava rencontre donc les avantages et les inconvénients des petites et récentes capitales et a besoin de se faire connaître et reconnaître sur le plan international.

Bratislava, ville connue historiquement sous le nom allemand de Presbourg ou hongrois de Pozsony, est la capitale de la Slovaquie, petit et tout jeune pays à l’échelle européenne. En effet, la population slovaque est de 5 500 000 habitants environ et c’est un des plus jeunes États européens puisque la Slovaquie, qui formait avec la République tchèque la Tchécoslovaquie, n’est indépendante que depuis le 1er janvier 1993. Bratislava rencontre donc les avantages et les inconvénients des petites et récentes capitales et a besoin de se faire connaître et reconnaître sur le plan international. 

Située au sud-ouest du pays, juste à la frontière avec l'Autriche et la Hongrie, et à proximité de la frontière avec la République tchèque, la capitale slovaque a de nombreux atouts. L’intérêt de Bratislava est tout d’abord fortement lié à son positionnement géographique car la proximité des pays environnants et de leur capitale rend le site de la ville très attractif en lui donnant une position de carrefour. Vienne est à 60km, Budapest à 200 km et Prague à 350 km. Bratislava a toujours été un point de rencontre des routes commerciales entre l’Europe centrale et l’Europe de l'Est. Elle est traversée par le Danube, ce qui a aussi toujours été un des atouts du site. Peuplée de près de 500 000 habitants, Bratislava est la plus grande ville de Slovaquie ; elle est le siège de la Présidence, du Parlement et du gouvernement slovaques.

Une jeune capitale avec une grande histoire

L'histoire de Bratislava commence dans les années 400 - 500 avant J.C. avec la fondation d’une grande ville des Celtes "Oppidum" sur le territoire actuel de la ville de Bratislava. Du Ier au Ve siècle, le territoire actuel de la ville était connu sous le nom "Limes Romanum" et représentait une des frontières fortifiées de l'Empire romain. On date aux environs de 500 l’arrivée des Slaves dans la région.

Entre le Xe et le XIIIe siècle, un marché se développe dans le futur centre de la ville au pied du château de Bratislava et devient un centre important. À partir de l'an 1000, Bratislava est un port de la Hongrie, puis de l'Autriche. Au même moment, le château de Bratislava est le château le mieux fortifié de Hongrie, il a souvent dû faire face à des troupes hostiles et il est une des résidences fréquentes des rois de Hongrie. En 1490, la ville est le siège de la première université de Slovaquie, l'Universitas Istropolitana, fondée par Matthias Corvin.

En 1529, les Turcs ne parviennent pas à prendre la ville malgré un long siège, mais ils occupent Budapest. La conséquence de cette occupation est importante pour Bratislava puisque, entre 1536 et 1784, la ville est la capitale du royaume de Hongrie. Bratislava devient le siège de la Diète hongroise et la ville où les rois et les reines de Hongrie se font couronner. Au total, onze rois et huit reines sont couronnés dans la cathédrale Saint-Martin de Bratislava entre 1563-1830.

À partir du XVIIIe siècle, émerge en Slovaquie et principalement dans les villes, un mouvement national slovaque, un mouvement culturel appelé la « Renaissance nationale slovaque » ; Bratislava voit l'éveil de la conscience nationale slovaque. À cette époque, et notamment durant le règne de Marie-Thérèse de Habsbourg (1740-1780), sont construits de nombreux bâtiments baroques, l'économie est florissante, les premiers parcs voient le jour. Signe de ce développement, le mur d'enceinte de la ville est détruit en 1775 pour permettre l’expansion de la ville. Le premier théâtre de la ville ouvre ses portes en 1776.

En 1784, les autorités centrales hongroises s'installent à nouveau à Buda, cela entraîne une diminution du nombre d'habitants à Bratislava et la détérioration de la situation économique. La ville reste cependant ville de couronnement jusqu'en 1830 et le siège de la Diète hongroise jusqu'en 1848.

L’année 1830 marque le début du transport régulier de voyageurs et de marchandises par bateaux à vapeur sur le Danube et par ce biais l'industrialisation de la ville commence. À la fin du XIXe siècle, la forte et rapide modernisation de la ville transforme Bratislava en deuxième ville industrielle de Hongrie durant les dernières décennies de l'Empire austro-hongrois.

Après la Première Guerre mondiale et la constitution de la Tchécoslovaquie à Prague le 28 octobre 1918,  les dirigeants de la ville veulent empêcher Bratislava de faire partie intégrante du nouvel État car à cette époque, environ 70% de la population est allemande ou hongroise. Ils déclarent Bratislava « ville libre » et la renomment Wilsonovo Mesto (Ville de Wilson) d’après le Président américain Wilson. Cependant, la ville intègre la Tchécoslovaquie après avoir été prise par l'armée tchécoslovaque le 1er janvier 1919 et le 27 mars, le nouveau nom officiel de la ville devient « Bratislava ». C’est à cette époque que l’Université actuelle de la ville, l'Univerzita Komenského, est fondée.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Bratislava est la capitale de l’État slovaque créé en 1939. Entre novembre 1938 et 1945, l’armée allemande n’occupe que deux futurs quartiers de Bratislava, Petržalka et Devín, car le régime de collaboration avec le Reich protège le pays et la ville. Mais après un soulèvement national contre les Allemands, la ville elle-même est occupée par ceux-ci de juin 1944 au 4 avril 1945, date de sa libération par l'armée soviétique et de sa réintégration dans la Tchécoslovaquie qui va devenir socialiste.

En 1968, Bratislava devient la capitale officielle de la République slovaque socialiste, une des deux régions de la Tchécoslovaquie socialiste fédéralisée. En 1989, le régime communiste est renversé sans effusion de sang au cours de la Révolution de Velours et Bratislava devient la deuxième ville de la République fédérale de Tchécoslovaquie, après la capitale, Prague.

Le 1er janvier 1993, la Slovaquie devient un État indépendant après la division de la Tchécoslovaquie entre  République tchèque et Slovaquie, dont Bratislava devient la capitale.

De fortes évolutions des populations

En parcourant rapidement l’histoire de Bratislava, on constate que la ville n’a pas eu une histoire linéaire et que de nombreuses populations s’y sont côtoyées. On peut renforcer ce constat en observant la structure ethnique de la population de la ville au cours des derniers siècles :

Année

Allemands

Hongrois

Slovaques

Tchèques

1850

75%

7,5%

18%

 

1880

68%

8%

8%

 

1910

40%

15%

40%

 

1919

36%

29%

33%

 

1930

25%

16%

33%

23%

1940

20%

9,5%

49%

 

1961

0,5%

3,44%

95%

4,6 %

2001

0,28%

3,84 %

91,39 %

2,47 %

 

À partir de 1848, Bratislava subit une forte immigration hongroise et une forte magyarisation puisque la langue slovaque n’est plus enseignée dans les écoles et les universités.

Après la guerre de 1914 et durant la  première République tchécoslovaque (1918-1938), les Hongrois émigrent ou s’inscrivent en tant que Tchèques ou Slovaques. Il y a une immigration de fonctionnaires et d’instituteurs tchèques et la langue slovaque est à nouveau enseignée. Les Allemands restent le groupe majoritaire dans la vieille ville. Mais cette période marque le début de l’appropriation de la ville par les Slovaques.

Les Allemands doivent quitter la ville après la Seconde Guerre mondiale.

Toutes ces populations qui se sont côtoyées à Bratislava ont laissé des marques importantes dans la ville et son caractère slovaque est finalement relativement récent. {mospagebreak}

De l’architecture baroque aux évolutions communistes

La structure actuelle de la ville de Bratislava est complexe. La ville est construite autour d’un centre ville historique piéton, bien rénové depuis la chute du régime communisme et agréable à vivre et à parcourir avec ses nombreux cafés. C’est une ville, une capitale à taille humaine.

Le paysage urbain de ce centre ville qui concentre la plupart des monuments historiques est caractérisé par un mélange de styles. On y trouve des tours médiévales, des bâtiments Art nouveau ou résolument modernes. On peut citer par exemple l’Hôtel de Ville de Bratislava, ensemble de bâtiments érigés aux XIVe et XVe siècles et qui abrite aujourd’hui le musée municipal. La porte de Michel, qui marque l’entrée dans la vieille ville piétonne, est le dernier vestige des fortifications médiévales et à ce titre un des plus anciens bâtiments de la ville.

Le centre historique comprend également de nombreux palais baroques, à l’image du palais Grassalkovitch construit en 1760, où réside aujourd’hui le Président de la République slovaque ou du palais primatial. Ce dernier, conçu par Melchior Hefele entre 1778 et 1881 pour le cardinal Joseph Bàtthyàny, primat de Hongrie, servit de cadre à la signature du Traité de Presbourg, consécutive à la bataille d’Austerlitz entre Napoléon et François II.

Ce centre ville compte également de nombreuses églises et parmi les plus importantes, il faut citer la cathédrale gothique Saint-Martin construite entre le XIIIe et le XVIe siècle, l’église franciscaine du XIIIe siècle ou encore l’église Sainte-Élisabeth plus connue sous le nom d’église bleue, une superbe église de style Art nouveau.

Le monument majeur du XXe siècle de Bratislava est le pont Neuf construit sur le Danube entre 1967 et 1972  avec son restaurant panoramique en forme de soucoupe volante. Pendant la construction de ce pont et de ses routes d'accès, quasiment tout le quartier juif du centre ville, dont une magnifique synagogue, est détruit.

Bratislava possède également deux châteaux. Le premier, appelé tout simplement Château de Bratislava, surplombe le centre ville et le Danube. Plusieurs fois détruit et reconstruit, il est resté à l’abandon entre 1811 et 1950 avant d’être reconstruit à partir de 1953. Ce château est devenu le symbole de la ville et il est notamment représenté sur les euros slovaques depuis le 1er janvier 2009. Le second est complètement en ruines, il s’agit du château de Devin au-dessus de la rivière Morava qui constitue la frontière entre l’Autriche et la Slovaquie. Il a été détruit par les troupes de Napoléon en 1809 et constitue aujourd’hui encore un symbole national slovaque fort.

En dehors du centre ville historique, la ville de Bratislava s’est beaucoup développée et étendue, à travers l’intégration de villages environnants qui sont devenus des quartiers à part entière de la ville entre 1940 et 1970. Les villages suivants deviennent des quartiers de la ville : Karlova Ves en 1944, Devín, Dúbravka, Lamač, Petržalka (rive droite), Prievoz, Rača, Vajnory en 1946, Čunovo, Jarovce, Rusovce, Devínska Nová Ves, Podunajské Biskupice, Vrakuňa, Záhorská Bystrica en 1972.

À partir des années 1960, la physionomie de ces quartiers est transformée par l’architecture typique des démocraties populaires, notamment avec de grands ensembles d’habitations de l'ère communiste, qui, aujourd'hui encore, concentrent 70% de la population totale de la ville. Le quartier de Petržalka, sur la rive droite du Danube, recense quelques 100 000 habitants à lui seul.

Administrativement, la ville est actuellement composée de cinq districts et de 17 « quartiers » qui servent d'entités auxquelles la ville délègue ses pouvoirs et ses fonctions imposées par une loi sur les communautés.

Un développement économique réussi

Bratislava est le principal pôle économique de Slovaquie. Les investissements internationaux ont grandement dynamisé la capitale au cours de ces dix dernières années. Les entreprises I.T, de services et de commerce attirent les gens des villages slovaques les plus reculés. À Bratislava sont surtout représentés les services, la construction mécanique avec l'usine partagée entre Volkswagen AG et Porsche où sont assemblés les modèles haut de gamme de leurs marques et des boîtes de vitesse, et l'industrie électrotechnique. La ville possède un aéroport international et un port fluvial. Elle est un carrefour routier et ferroviaire international important. Le tourisme, qui se développe de plus en plus, est aussi une source de revenu de la ville.

Le PIB par habitant de la région de Bratislava est de 147,9% de la moyenne de l'Union européenne des 27 (UE27), la ville étant donc la deuxième région quant au PIB de toutes les régions dans les dix États ayant adhéré à l'Union en 2004. Bratislava est la 18e région de l'UE (Eurostat, données de l'an 2005).

La conséquence de ce développement de Bratislava et de sa région à l’échelle nationale pour la Slovaquie est une forte centralisation, même si depuis 2001 un mouvement relativement rapide de décentralisation est en cours, et une forte concentration des pouvoirs et potentiels économico-politiques. On constate de fortes disparités avec les villes et régions de l’Est du Pays. Bratislava, de par sa position en pointe résolument tournée vers l’Ouest, est le siège d’une culture sensiblement différente de celle de l’Est de la Slovaquie qui est frontalière de l’Ukraine. Il en va de même pour d’autres régions plus proches de la Hongrie ou de la Pologne. L’influence tchèque en revanche est plus profondément ancrée, liée à 70 ans d’union au sein de la Tchécoslovaquie et à la proximité des langues tchèque et slovaque.

 

Bratislava est une ville avec une identité propre très récente. L’histoire de la ville a montré que les populations actuelles qui la composent ont remplacé relativement récemment d’autres types de populations culturellement différentes. La majorité des habitants actuels ne sont pas originaires de la ville. Cela est visible car Bratislava se vide durant les week-ends et les périodes de fêtes ou de vacances. Peu d’étudiants ou de travailleurs qui sont venus de toute la Slovaquie s’installer dans la capitale par nécessité disent aimer cette ville. Au sein de Bratislava, on constate cependant l’existence d’une certaine identité de quartier, on peut citer en exemple le quartier de Petržalka notamment, dont certains habitants revendiquent l’appartenance.

Des quatre capitales d’Europe centrale avec Prague, Vienne et Budapest, Bratislava est la moins connue mais elle est en train d’être redécouverte grâce au développement économique de la Slovaquie.

 

Pour aller plus loin 

Sur Nouvelle Europe

Sur Internet 

À lire

  • A. Marès, Histoire des Pays tchèques et slovaques, Paris, Hatier, 1995 

Source photo : Nouvelle Europe

 

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