Les élites d'ex-URSS : du Komsomol à la City

Par Dana Jurgelevica | 5 avril 2009

Pour citer cet article : Dana Jurgelevica, “Les élites d'ex-URSS : du Komsomol à la City”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 5 avril 2009, http://www.nouvelle-europe.eu/node/618, consulté le 14 novembre 2018
fille_du_komsomol_partija_skazala_nado_komsomol_otvetil_yesst_.jpganalyse.pngUne grande partie des élites de l'ex-URSS viennent du Komsomol (le Parti de la Jeunesse communiste) qui a fêté ses 90 ans en grande pompe au mois d'août dernier. 5 000 sympathisants, autrement dit la crème de la Russie actuelle, s'est réunie au Kremlin. Est-il vraiment étonnant que l'ancienne élite de l'URSS se soit parfaitement intégrée au monde capitaliste et en ait tiré tant de bénéfices ?
fille_du_komsomol_partija_skazala_nado_komsomol_otvetil_yesst_.jpganalyse.pngUne grande partie des élites de l'ex-URSS viennent du Komsomol (le Parti de la Jeunesse communiste) qui a fêté ses 90 ans en grande pompe au mois d'août dernier. 5 000 sympathisants, autrement dit la crème de la Russie actuelle, s'est réunie au Kremlin. Est-il vraiment étonnant que l'ancienne élite de l'URSS se soit parfaitement intégrée au monde capitaliste et en ait tiré tant de bénéfices ?

D'où vient le Komsomol ?

Le mot Komsomol signifie Parti de Jeunesse communiste. Aussi appelé VLKSM (Vsesojuznyj Leninskij Kommunisticheskij Sojuz Molodiozy) ou encore Komsa en argot. Dès sa naissance en août 1918, peu après de grands changements historiques (la Révolution d'Octobre, la fin de la monarchie, la prise du pouvoir par les bolchéviks), ce nouveau parti mobilisant la jeunesse était créé en soutien principal au Parti communiste, et plus précisément pour alimenter le Parti en ressources humaines et soutenir l'idéologie de l'État. C'était un de ses principaux piliers. De nombreux auteurs se demandent aujourd'hui pourquoi le nouvel État soviétique avait décidé de faire de la jeunesse son outil ? Pourquoi fallait-il organiser la jeunesse ?

Konstantin Krylov, journaliste russe, compare le Komsomol à une secte radicale dans laquelle les jeunes reniaient dieux et famille, dociles et enthousiastes qu'ils étaient, pour se lancer dans la création d'un avenir radieux pour leur pays devenant ainsi un outil politique facile à exploiter.

Une jeune chercheuse, Nadia Duc, explique : « Les valeurs de la jeunesse mêlées à la nouvelle idéologie devaient créer un « homme soviétique nouveau » Les nouveau citoyens soviétiques devaient être joyeux, énergiques, aimant leur patrie et croyant en futur merveilleux de leur nouvel État. Regardez l'art soviétique des années 1930, vous n'y trouverez que des jeunes gens heureux, en sueur, construisant le socialisme, parmi eux il n'y a pas de vieux ».

Une autre fonction du Komsomol était de former et de contrôler les jeunes gens souhaitant travailler dans l'appareil du Parti. Cependant, les années 1960 étaient marquées par la stagnation générationnelle au sein du Parti. Les jeunes n'accédaient que très peu et très tardivement aux postes élevés et les vieux y restaient jusqu'à la fin de leur jours. Combien de dirigeants soviétiques sont morts à leurs postes ? Presque tous. Ce processus s'est arrêté à Gorbatchev. L'étudiant soviétique par définition était pauvre et il restait longtemps chez ses parents à cause de ses maigres finances mais également à cause du manque de logement dans l'URSS de cette époque.

Dans les années 1970, plus aucun jeune ne se posait la question de l'adhésion au Komsomol.  Le choix n'existait pas. Personne ne croyait plus à l'idéologie du parti non plus. « Dans les années 1970, on cotisait pour qu'on nous laisse tranquille avec les activités annexes. Bien sur, les travaux agricoles étaient une obligation. Nous n'étions pas payés, mais logés-nourris » raconte une ancienne Komsomolka. Le Komsomol était un passeport pour un bon travail, vers une vie en société. Pour pouvoir faire des études à l'université, dans une école d'art ou de théâtre, il n'y avait pas d'autre choix que de s'inscrire au Komsomol. Aussi, cette inscription était payante (par cotisation mensuelle)  et calculée selon les revenus de chacun.

Beaucoup d'anciens Komsomolec diront aujourd'hui que c'était une période de grand enthousiasme et de dévouement à la patrie, que le Komsomol était une organisation de masse qui a inculqué aux jeunes des qualités organisationnelles. Pour beaucoup d'entre eux, la période du Komsomol comportait un aspect romantique, une croyance en un monde nouveau, de nouveaux chantiers industriels et agricoles. Mais, à cette époque de la vie, chaque jeune n'est-il pas un brin romantique ?  

Selon le contexte historique, le Komsomol changeait ses priorités, tout en gardant son contrôle sur la jeunesse et son exploitation à des fins économiques. Certains chercheurs avancent qu'un quart de l'économie soviétique fonctionnait grâce à la mobilisation des jeunes et ceci est vrai pour toute la décennie 1970-1980. Le changement de mentalité intervient dans les années 1980 suite aux  changements socio-politiques du pays.  C'est à partir de ce moment qu'on peut parler de la renaissance de l'économie capitaliste russe.

Le Komsomol : une école du capitalisme en URSS ?
 
 
Gorbatchev accède au sommet de l'appareil d'État dans les années 1980. Par son âge, il enfreint d'ailleurs les règles du Parti. Il devient membre du Politbureau à 49 ans et Secrétaire général du Parti à 54 ans alors que le nombre des jeunes adhérents au Komsomol a chuté de 2,5 millions entre 1985 et 1987. Il libéralise un peu le parti et permet au Komsomol la création de sa propre structure commerciale, qui par la suite générera du profit.

Deux voix d'entreprenariat s'ouvraient au Komsomol (sous l'impulsion des jeunes du parti eux-mêmes) : la création des coopératives de construction de logements (MZK) et la création des centres scientifico-techniques (NTTM). Beaucoup de spécialistes pensent que ces deux structures ont posé les bases du capitalisme russe. Le journal en ligne NEWSru.com explique la naissance de ces structures :

Les coopératives de logements des jeunes (MZK) étaient un besoin et une nécessité urgente. En 1971, le gouvernement soviétique s'est rendu compte que les jeunes manquent de logement. Une des solutions consistait à mobiliser ces jeunes à la construction de leurs propres logements. En 1980, cette initiative s'est répandue dans toute l'URSS et 52 MZK ont été créées. Afin d'organiser le chantier, ces jeunes étaient dans la nécessité de trouver des matériaux de construction, d'élaborer des budgets, d'organiser la construction... Il n'est pas étonnant qu'en 1991, la plupart d'entre eux étaient devenus des hommes d'affaires aguerris. Ceux-ci ont également créé de nombreux fonds monétaires qui sont devenus les banques vedettes de la Russie contemporaine (Inkombank, par exemple). En construisant les barres d'immeubles, les jeunes du Komsomol, construisaient le capitalisme dans un pays socialiste...

Un second moyen d'obtenir des fonds et de créer une activité commerciale consistait en la création des centres technico-scientifiques en 1987 (NTTM). Ces centres ont très vite diversifié leurs activités. Souvent, il s'agissait de la revente de matériaux divers achetés aux prix « étatiques », ou encore la revente des ordinateurs d'occasion achetés en Occident. Dans l'URSS de la fin des années 1990, un ordinateur d'occasion valait une voiture. Entre 1987 et 1991, 600 centres technico-scientifiques (NTTM) ont vu le jour. Ainsi, le capital financier du Komsomol augmentait avec une vitesse incroyable, car dépenser cet argent légalement était impossible et ceci non seulement sur le territoire de la Russie actuelle mais également dans les anciennes républiques.

Il n'est ainsi pas étonnant, que certains activistes du Komsomol aient pu utiliser de manière pragmatique l'argent gagné par le parti et l'investir dans leur propre affaire dès 1991. Cette année, une partie de la population soviétique s'est retrouvée les poches vides, une autre a fait des achats importants allant d'un terrain jusqu'à une usine ou un bâtiment.  

Du Komsomol à la City

En 1991, seuls certains activistes du Komsomol comprenaient parfaitement le fonctionnement du nouveau système capitaliste. Un homme soviétique ignorait les concepts capitalistes de la circulation de l'argent, de banque ou de fonds d'investissements.

Le Komsomol est aujourd'hui perçu comme une école de business avec un réseau digne des grandes écoles de commerce françaises, mais également une école qui formait des cadres parfaits pour le business et la politique.

Non seulement ils comprenaient ce qu'il était en train de se passer en 1991 en URSS, mais de surcroît ils avaient accès aux trésors du Komsomol (l'argent récolté par le Komsomol de chaque république soviétique n'est d'ailleurs jamais parvenu dans les caisses de Moscou).  

Chaque grosse fortune a commencé par une petite affaire vers 1991. Le business  le plus répandu était donc la revente mais pas seulement. Un des millionnaires russophones de Lettonie, ancien Komsomolec,  ex-propriétaire d'une des anciennes banques vedettes lettone, Parex, s'est lancé le premier dans la création de « kiosques » de change situés à la gare centrale de Riga. Par la suite, il a monopolisé le marché des bureaux de change. Il s'est également lancé dans le tourisme.

Un autre millionnaire russophone de Lettonie, également PDG de la fameuse Baltic International Bank, a commencé par importer les barres chocolatées « Snickers » et vendre des ordinateurs d'occasion dès 1991. Aujourd'hui il est propriétaire d'un journal, d'une usine de bière et son voisin s'appelle Berëzovski (en exil depuis la chasse aux oligarques de 2001 initiée par Poutine).
 
 
 
 
Pour en savoir plus :
 
 
 
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Sur Nouvelle Europe
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Dossier d'avril 2009 : 
   
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Sur Internet
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21.by (Journal Komsomolskaia Pravda en Biélarussie) du 29/10/2008
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GZT.ru du 29/10/2008, Комсомол празднует 90-й день рождения
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VERSIJA du 15/11/2004, От БАМА до банка. Российские олигархи учились бизнесу в комсомоле
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NEWSru.com du 15 novembre 2004, Как начинали олигархи : история комсомольского капитализма.
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Rodnaia Gazeta, N44 (79), 12/11/2004, Auteur Alexandr Chuplov, Юрий Поляков , Все олигархи вышли из комсомола
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Надя Дюк, Молодеж в России : истоки современной ситуации, Travail de recherche pour le Programme National du Fond pour le soutient de la Démocratie (USA) dans l’Asie Centrale et Eurasie. 2002-2003.
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Serguei Roganov, article du 27/10/2008, Возрождение Комсомола : Эту песню не задушишь, не убьешь…
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Konstantin Krylov, article du 30/10/2008, ВЛКСМ к 90-летию организации
   
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A lire 
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Aleksei Aksionov, Redkije Zemli, Eksmo, Sidikom,  2008 
   
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Juli Gusman : “Park sovetskogo Perioda”
 

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