Herman Simm, l'espion qui venait du froid

Par Philippe Perchoc | 23 mars 2009

Pour citer cet article : Philippe Perchoc, “Herman Simm, l'espion qui venait du froid”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 23 mars 2009, http://www.nouvelle-europe.eu/node/617, consulté le 27 juillet 2017

herman_simmx130.jpgHerman Simm a été condamné le 25 février 2009 à douze ans et demi de prison.  Ce n'est pas la première affaire supposée d'espionnage en Estonie depuis l'indépendance et pourtant le chef du Département de la sécurité du Ministère de la Défense a plaidé ... coupable. Revenons sur une affaire qui montre que "Bons baisers de Russie" a toujours autant de succès du côté de Tallinn.

james_bond_party.jpgHerman Simm a été condamné le 25 février 2009 à douze ans et demi de prison.  Ce n'est pas la première affaire supposée d'espionnage en Estonie depuis l'indépendance et pourtant le chef du Département de la sécurité du Ministère de la Défense a plaidé ... coupable. Revenons sur une affaire qui montre que "Bons baisers de Russie" a toujours autant de succès du côté de Tallinn.

Au coeur des rouages de l'État

Simm commença sa carrière au Ministère de la Défense en 1995 comme Directeur du bureau de l'analyse, après avoir été Directeur de la Police. Au Ministère, il eut la mainmise sur la manière dont l'armée pensait ses politiques en fonction de sa veille. Son travail est bien apprécié de ses supérieurs et il est nommé, en 2000, chef du service de sécurité. Cette nouvelle unité avait notamment été mise en place à la suite de l'adhésion de l'Estonie à un nombre croissant d'organisations internationales, à sa participation à des missions de la paix - notamment en ex-Yougoslavie -, mais surtout en vue de son adhésion à l'OTAN. 

Entre 2001 et 2006, Herman Simm mena régulièrement des négociations avec les alliés de l'UE et de l'OTAN comme représentant de son pays pour les questions de sécurité de l'information. Il était donc de la poignée d'hommes qui en savaient beaucoup.

L'OTAN sur les dents

La condamnation d'Herman Simm montre que la Russie n'a pas renoncé à s'informer de ce qui se passe dans son ancien Empire. Simm aurait été recruté lors de vacances au Maroc en 1995,  d'autres affirment qu'il l'aurait été dans les années 1980, avant la chute de l'URSS et qu'il serait par la suite resté un agent dormant. Dans tous les cas, depuis son intégration au Ministère de la Défense, l'agent Simm aurait livré plus de 3000 documents confidentiels pour un montant d'un peu plus de 100 000 dollars. Les médias évoquent notamment le transfert d'analyses top secrètes relatives à la guerre au Kosovo, aux opérations russes en Géorgie à l'été 2008 et au bouclier antimissiles européen en Europe centrale. Selon la BBC, les enquêteurs auraient affirmé que Simm profitait de ses nombreux voyages de travail pour rencontrer ses agents traitants des services secrets russes trois ou quatre fois par an dans divers (une quinzaine en tout) pays européens. 

Quelles conséquences ?

L'affaire Simm a causé un embarras certain à Tallinn : le pays se serait bien passé d'avoir à prouver à ses alliés de l'OTAN que la plus grosse affaire d'espionnage depuis la fin de la Guerre froide ne remet pas en cause sa fiabilité. En effet, Tallinn a déjà dû contrer la première cyber-guerre de l'Histoire en mai 2007, créant des sueurs froides au quartier général de l'OTAN à propos de la sécurité des informations top secrètes qui circulent entre les membres de l'organisation atlantique.

L'Estonie n'est pas la première à inquiéter ses partenaires, la Lettonie a aussi connu un drame national en 2007 lorsque les débats sur la possibilité d'un accès plus large aux documents secrets avaient conduit la Présidente à utiliser de son droit de veto pour s'y opposer, répondant ainsi à des pressions américaines à peine dissimulées.

Certains affirment que l'Estonie n'a pas été une cible privilégiée parce que ses services étaient structurellement déficients, mais parce qu'ils avaient bonne réputation et que d'ici il était facile de savoir ce qui se passait partout ailleurs. D'autant que d'autres affaires du même type arrivent dans nombre de pays européens sans qu'elles soient aussi médiatisées, il n'y aurait donc pas de raison de blâmer spécialement l'Estonie dont Simm n'a pas pu trahir les services secrets dans la mesure où ces derniers sont disjoints du Ministère de la Défense. Les membres de l'Alliance ont même félicité ces derniers pour avoir réussi à prouver la culpabilité de Simm sans éveiller sa suspicion, ce qui a conduit à son arrestation. 

Jaanus Rahumäg, le Président du comité de sécurité du Parlement estonien a néanmoins évoqué des "dommages historiques" causés à l'Alliance par cette affaire et il y a fort à parier que tous les membres de l'organisation atlantique seront beaucoup plus prudents dans les années à venir vis-à-vis de la sécurité de leurs documents en transit.

 

Pour aller plus loin 

 

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