Dr Emploi : que me proposez-vous ? - Les services publics de l'emploi à l'Est

Par Fabienne Vauguet | 1 mars 2009

Pour citer cet article : Fabienne Vauguet, “Dr Emploi : que me proposez-vous ? - Les services publics de l'emploi à l'Est”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 1 mars 2009, http://www.nouvelle-europe.eu/node/608, consulté le 26 janvier 2020

unemployment2.pngRetours d’émigrés roumains au pays, difficulté de ré-insertion dans le pays d’origine : la crise économique et financière place plusieurs États membres de l’Est devant de nouveaux défis, s’ajoutant au chômage structurel. Dans une nouvelle publication mensuelle, Monthly Monitoring report on EU Employment & Social Situation, Eurostat propose des prévisions pour le taux de chômage pour la période 2009-2010.  

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Cela bouleverse les objectifs de relèvement des taux d’emploi, fixés par la Stratégie européenne de l’emploi et la Stratégie de Lisbonne. Alors sur quels moyens et outils les États membres peuvent-ils compter pour maintenir des marchés de l’emploi dynamiques ? Est-ce que les programmes et mesures proposés par les services publics de l’emploi aux inactifs et demandeurs d’emploi peuvent-ils se révéler suffisants?

Voyons le cas de cinq États membres de la Nouvelle Europe : la Hongrie, la Lettonie, la Bulgarie, la Slovénie et Malte.  

Un encadrement renforcé du demandeur d’emploi

Il faut probablement commencer par rappeler que tous les demandeurs d'emploi ne sont pas égaux devant le chômage en Europe : dans certains pays, les traditions du welfare state sont anciennes, les services de l'emploi sont très structurés (et parfois "fossilisés") et les sommes engagées pour assurer le retour à l'emploi sont importantes. Il est difficile de comparer le Danemark et la Lettonie. Pourtant, dans un marché de l'emploi communautarisé et alors que l'emploi n'est pas à proprement parler une compétence communautaire, les États membres ont décidé de mutualiser leurs expériences pour dynamiser le marché européen. Sans avoir les mêmes moyens, les services de l'emploi doivent avoir les mêmes objectifs. 

Les Lignes directrices intégrées pour la croissance et l’emploi qui s’inscrivent dans le cadre de la Stratégie de Lisbonne et de la Stratégie européenne pour l’emploi ont tenté de fixer les objectifs communs. Parmi les plus significatifs, on notera la ligne directrice n°19 où les États s'engagent à « assurer des marchés du travail qui favorisent l'insertion, renforcer l'attrait des emplois et rendre le travail financièrement attrayant pour les demandeurs d'emploi, y compris les personnes défavorisées et les personnes inactives, au moyen des mesures suivantes : appliquer des mesures actives et préventives du marché du travail, telles que l'identification précoce des besoins, l'aide à la recherche d'un emploi, l'orientation et la formation dans le cadre de plans d'action personnalisés, la mise à disposition des services sociaux nécessaires pour favoriser l'insertion des personnes les plus éloignées du marché du travail et contribuer à l'éradication de la pauvreté (…) ».

La ligne directrice n° 20 donne aussi pour objectif  « de mieux répondre aux besoins du marché du travail, par les mesures suivantes : moderniser et renforcer les autorités responsables du marché du travail, et notamment les services de l’emploi, également pour assurer une plus grande transparence des offres d’emploi et de formation aux niveaux national et européen …».

Les cinq États membres choisis semblent avoir redéfini les objectifs de leurs services publics de l’emploi (SPE) pour répondre aux exigences de ces lignes directrices afin de donner les moyens de gagner en motivation, compétitivité, adaptabilité, flexibilité et mobilité professionnelle (voire géographique).

Comme la France, les États membres étudiés ont mis en place un Plan d’action personnalisé. Lorsqu’il s’inscrit auprès de son Pôle Emploi national, le demandeur d’emploi bulgare, maltais ou encore letton est reçu par un conseiller, dans un délai de un à trois mois maximum. Un bilan de ses compétences et de ses besoins est dressé. Le plan d’action établi lui détaille alors les démarches et actions à mener pour qu’il réussisse au mieux son insertion sur le marché du travail ou son retour à l’emploi.

Pour mieux « diagnostiquer » les besoins de chaque personne en recherche d’emploi, tous les États membres ont élaboré des techniques de profilage. Par exemple, le SPE letton a établi une sorte de grille d’évaluation, avec un système de points pour mieux classer le demandeur d’emploi dans la catégorie adéquate, à laquelle sont attachés des services spécifiques. La Slovénie soumet au demandeur d’emploi un questionnaire détaillé, qui est suivi d’un entretien, pour l’orienter, là aussi, vers une catégorie de public précise. Depuis 2005, la Hongrie teste plusieurs techniques de profilage dont les effets seront évalués en 2009/2010.

Malte propose un entretien assez poussé : les qualifications sont évaluées, le demandeur d’emploi doit également choisir entre deux options d’emploi. À partir de là, le plan d’action est bâti par le conseiller.  Ayant gardé de son passé britannique une mentalité assez proactive, le SPE maltais délivre lors d'un premier entretien un livret pédagogique sur la recherche d’emploi  qui met tout de suite les choses au clair : le demandeur d'emploi est le premier acteur de sa réussite. « It is time to get started! You might think that you only need luck to find work. Well, it’s not just luck. Most vacancies are not advertised - they are filled by those people who take their own initiative to seek employment » [Il est temps de s'y mettre ! Vous pensez peut-être que seule la chance est nécessaire pour trouver un emploi. Et bien, il ne s'agit pas simplement de chance. La plupart des offres ne sont pas publiées - elles sont occupées par ceux qui se prennent en main pour trouver un emploi].

Dans la majorité des États membres, ce plan prend la forme d’un engagement qui lie le demandeur d’emploi et son conseiller. Chacun a ses obligations de réussite.

Le suivi personnalisé est relativement généralisé : un demandeur d’emploi doit, dans l’absolu, être suivi par le même conseiller, tout au long de son parcours. Cela crée de fait une relation de confiance et un suivi optimisé. La régularité des rencontres varie : à Malte, elles sont mensuelles. En Slovénie, bien que la règle semble être d’une rencontre tous les trois mois, tout dépend en fait des intérêts développés par le demandeur d’emploi et de la charge de travail du conseiller-référent… La régularité des rencontres permet une ré-évaluation des besoins du demandeur d’emploi et de l’orientation de sa recherche.


Tous les États membres misent sur la formation

Une fois le plan d’action établi, le demandeur d’emploi accède à une palette ciblée de services, délivrés directement par le SPE ou des prestataires extérieurs, liés par contrat. La Slovénie offre tout d’abord à tous les demandeurs d’emploi un séminaire d’information, pour lequel la participation est obligatoire : le marché du travail local y est présenté ainsi que les programmes d’activation pour le retour à l’emploi. Le service s’individualise par la suite ; les jeunes de moins de 25 ans ont par exemple accès à des emplois aidés.
La Bulgarie, elle, spécialise son offre en fonction de la durée d’inscription au chômage, de l’âge, du sexe ou du niveau d’éducation. Les personnes peu éloignées du marché du travail reçoivent essentiellement de l’information et une assistance dans la recherche. Les groupes de personnes les plus éloignées de l’emploi accèdent à un dispositif plus complet : des ateliers de motivation et d’orientation aux séminaires d’écritures et emplois aidés. Une expérience originale peut être soulignée : la Bulgarie offre une assistance psychologique à ses demandeurs d’emploi. Consultation individuelle ou en groupe, l’objectif est de mo-ti-ver (ou remotiver !).

Comme le rappelle la ligne directrice 19, mais aussi l’importance accordée par l’Union européenne à la formation tout au long de la vie, un effort doit être porté sur la formation qui semble être devenue, parmi d’autres mesures d’activation, l’outil privilégié des SPE étudiés. Des organismes spécialisés ou des programmes spécialisés par public ont été mis en place, avec parfois l’aide financière de l’Union européenne (Fond social européen). Quelques exemples : la Bulgarie a évalué et revu son programme de formation, pour le rendre plus performant et de meilleure qualité. Des accords ont été conclus avec l’Allemagne pour créer des centres de formation bi-nationaux, spécialisés dans la formation aux métiers du tourisme et de la gestion hôtelière. Malte a largement axé ses programmes de formation vers les jeunes sans qualification, avec notamment le « Basic Employment Training » pour les élèves quittant prématurément le système scolaire. Des enseignements de base sont prodigués à ces jeunes (maths, anglais, technologies de l’information). La Slovénie est, elle aussi, active, avec la mise en place d’un programme de politique d’activation vers l’emploi, qui comporte une part importante d’actions de formation (éducation formelle ou informelle, acquisition de qualifications professionnelles…).

La crise signe la fin du concours de beauté

Les États membres étudiés n’ont pas manqué de lancer de nouvelles initiatives ces dernières années, répondant ainsi aux objectifs fixés par les lignes directrices de l’emploi communautaires. En se référant aux programmes nationaux de réforme, on constate bien les efforts développés : les services publics de l’emploi ont été modernisés, de nouvelles mesures d’activation et de suivi proposés aux demandeurs d’emploi. Le plan d’action personnalisé, assorti d’éventuelles sanctions pour le demandeur d’emploi en cas de non-respect de ses engagements, a très probablement eu des effets positifs, encore mal évalués. Mais face à une crise d’une telle ampleur, dans des pays encore largement industrialisés, tous ces dispositifs seront-ils suffisants et adaptés à la situation ?

Tout d'abord, il convient de prendre ces données avec prudence : chaque État membre arrive à Bruxelles lors de ces réunions avec l'idée de montrer ses plus belles réalisations. Dans la mesure où c'est chaque gouvernement qui établit son propre rapport, on peut douter parfois que les beaux concepts bruxellois traduits en 23 langues prennent corps dans la banlieue de Dauvgapils en Lettonie. Comme nous l'avons déjà souligné, les situations sont très différentes d'un pays à l'autre, ce qui n'a pas que des aspects négatifs. Il y a encore un an, il était difficile de compter sur un service de l'emploi high tech et à la mentalité pro-active à Kardhzali en Bulgarie, mais dans un pays en forte croissance, on pouvait bien trouver un emploi dans la semaine sans passer par l'équivalent local de l'ANPE. 

La crise obligera probablement l'ensemble des États membres à revoir leurs politiques, à renforcer leurs moyens et la formation. Elle poussera aussi probablement l'Union européenne à repenser une politique longtemps basée sur la mobilité intra-communautaire au moment où les Roumains rentrent d'Italie au pays et ou les Lituaniens de Dublin rentrent à Vilnius. 

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