Les éoliennes ont le vent en poupe !

Par Mirabela Lupaescu | 30 novembre 2008

Pour citer cet article : Mirabela Lupaescu, “Les éoliennes ont le vent en poupe !”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 30 novembre 2008, http://www.nouvelle-europe.eu/node/554, consulté le 19 juillet 2018

analyse.pngeolien_danois.jpg8 328.2 MW, soit 7% du mix énergétique européen, produits en Europe en 2007 par ces moulins à vent modernes. L’éolien, énergie renouvelable connue et utilisée depuis l’Antiquité est redevenue à la mode et transforme notre paysage depuis au moins deux décennies. Quelles sont les raisons de cet engouement européen pour les éoliennes et quelles mesures ont favorisé son utilisation en Europe ? Quelle part du marché énergétique occupe l’éolien aujourd’hui dans les pays d’Europe et finalement pourquoi une telle controverse est née en France autour de l’éolien ? Voici les coulisses d’un savoir-faire que les Européens exportent déjà !

analyse.pngeolien_danois.jpg8 328.2 MW, soit 7% du mix énergétique européen, produits en Europe en 2007 par ces moulins à vent modernes. L’éolien, énergie renouvelable connue et utilisée depuis l’Antiquité est revenue à la mode et transforme notre paysage depuis au moins deux décennies. Quelles sont les raisons de cet engouement européen pour les éoliennes et quelles mesures ont favorisé son utilisation en Europe ? Quelle part du marché énergétique occupe l’éolien aujourd’hui dans les pays d’Europe et finalement pourquoi une telle controverse autour de l’éolien est-elle née en France ? Voici les coulisses d’un savoir-faire que les Européens exportent déjà !

Le coup de pouce européen

40 000 MW avant 2010 – c’est déjà fait !

La ratification du protocole de Kyoto a changé radicalement, dès les années 1990, la vision européenne sur les sources d’énergie. Afin de réduire de 8% ses émissions de gaz à effet de serre avant 2012, l’Union européenne a commencé à prendre une série de mesures sur les énergies renouvelables.

Le Livre blanc sur les sources d’énergies renouvelables prévoyait de produire 12% de la consommation intérieure brute d'énergie à partir des sources d'énergie renouvelables pour l'UE-15 en 2010. Cette mesure devait réduire l’importation européenne de combustibles et assurer une meilleure sécurité des approvisionnements, ainsi que la création d’emplois et le développement des secteurs producteurs de ces nouveaux équipements.

Pour le seul éolien, l’ambition des institutions a été affichée vers la production de 40 000 MW d’énergie d’origine éolienne pour l’ensemble des États membres avant 2010. En 2005 déjà, l’Observatoire des énergies renouvelables notait l’accomplissement de cet objectif.

La directive 2001/77/EC – une aubaine pour le marché de l’éolien

La véritable révolution législative qui va favoriser le développement de nouvelles énergies, et de l’éolien en particulier car c’est une énergie que nous maîtrisons déjà assez bien, a été la directive 2001/77/EC sur la promotion de l’électricité produite à partir des énergies renouvelables (E-SER). Son objectif est de « promouvoir une augmentation de la contribution des énergies renouvelables à la production d’électricité dans le marché intérieur et de créer une base pour un nouveau cadre communautaire à l’avenir ».

Selon la directive, la production d’électricité « verte » devait représenter 22,1% avant 2010. L’élargissement de 2004 et de 2007 n’a pas changé fondamentalement cet objectif, car la Commission européenne a décidé de plafonner ce seuil à 21%.

Pour favoriser l’émergence d’un marché européen des énergies renouvelables, la Commission réglemente rigoureusement l’accès aux marchés entre les États membres, l’harmonisation des procédures administratives et la facilitation d’accès au réseau électrique des promoteurs d’énergies d’origine renouvelable.

Mais l’importance de cette directive vient du fait qu’elle recommande aux États membres la mise en œuvre de régimes d’aides pour favoriser l’augmentation de la part de l’électricité « verte ». Plusieurs systèmes ont été laissés au choix des États qui coexistent aujourd’hui dans l’Union européenne :

  • Les tarifs de rachat consistent en un prix spécifique, fixé en principe pour une période de sept ans environ, que les compagnies d'électricité, en général des distributeurs, doivent payer aux producteurs nationaux d'électricité écologique ;
  • Le système de certificat vert, actuellement en vigueur en Suède, au Royaume-Uni, en Italie, en Belgique et en Pologne. L'E-SER est vendue au prix habituel du marché. Afin de financer le surcoût lié à la fourniture d'électricité écologique et d'en garantir une production suffisante, tous les consommateurs sont contraints d'acheter un certain nombre de certificats verts aux producteurs d'E-SER sur la base d'un pourcentage fixe (quota) de leur consommation/production d'électricité totale ;
  • Les procédures d'adjudication existent dans deux États membres (Irlande et France). Dans le cadre de cette procédure, l'État fait une série d'appels d'offres pour la fourniture d'E-SER qui sera desservie au prix du marché. Le surcoût est répercuté sur le consommateur final sous la forme d'une taxe spéciale ;
  • Les incitations fiscales exclusivement utilisées à Malte et en Finlande.

Les tarifs de rachat et les systèmes de certificats verts sont les deux systèmes les plus courants au sein de l’Union européenne. 18 des 27 Etats membres utilisent par exemple les tarifs de rachat. À long terme, la Commission européenne a l’intention d’harmoniser les systèmes de soutien aux E-SER.

Où en sommes nous aujourd’hui ?

mix_nergtique_ue_1995.pngCes aides à la production d’E-SER ont naturellement augmenté la part des énergies renouvelables dans la production totale d’énergie en Europe et non pas dans les États qui étaient déjà des pionniers en Europe, mais dans d’autres pour lesquels l’éolien est une découverte.

L’évaluation en 2007 de la mise en place de la directive est plutôt positive. Si en 2005 la production d’électricité d’origine renouvelable avait presque doublé, à ce rythme la Commission espère pouvoir atteindre 19% d’E-SER en 2010.

Ainsi aujourd’hui l’énergie éolienne fournit 7% de nos besoins d’énergie, alors qu’en 1995 elle était presque inutilisée dans le mix énergétique européen.

mix_nergtique_ue_2007.png3 fois 20 pour 2020

Les discussions de l’après-Kyoto dans la lutte contre le changement climatique et l’objectif adopté par le Conseil européen de printemps de mars 2007 pousse encore plus loin les ambitions communautaires.

Dans le cadre des énergies renouvelables, celles-ci devraient atteindre 20% de la production énergétique de l’UE en 2020. Pour le moment cet objectif n’est pas contraignant car il n’a pas été encore adopté par le Conseil européen. N’empêche qu’il est bel et bien sur l’agenda du prochain Conseil européen de 11-12 décembre 2008 qui achèvera la Présidence française de l’Union européenne.

Le vent souffle partout en Europe

Grâce à la politique européenne incitative et à une industrie de l’éolien qui ne cesse d’augmenter, l’Europe est aujourd’hui le leader mondial de production d’énergie éolienne dans le monde : 43,5% de l’énergie éolienne mondiale est produite en Europe. Dans un contexte où la demande est supérieure aux capacités de production, la puissance supplémentaire installée en Europe en 2007 a atteint, d’après l’Observatoire des énergies renouvelables, 8 328,2 MW en 2007.

La situation est pourtant différente dans les différents États membres.

Les trois leaders européens de l’éolien

Pour s’émanciper d’une consommation à 67% d’énergies d’origine fossile, l’Espagne a favorisé l’augmentation dès la fin des années 1990 de l’énergie éolienne tout en profitant des conditions climatiques favorables. Selon l’Association espagnole de l’éolien, en 2008, les éoliennes auront assuré 11% de la production d’énergie du pays. Avec un parc éolien se rapprochant des 15 145 MW, l’Espagne est devenue en 2007 le premier marché éolien de l’Union européenne.

Ce succès s’explique aussi par la mise en place depuis 2004 d’un système d’incitations où les producteurs peuvent, au choix, opter pour un système classique de tarif d’achat ou de vendre leur électricité au prix du marché, augmenté d’une prime fixée chaque année correspondant à 40% du prix moyen de l’électricité. Puisque ce deuxième système favorisait les spéculations à cause d’une forte hausse du prix de l’électricité, le gouvernent espagnol a ajusté le mécanisme en 2007 en introduisant un plancher du premium offert à l’achat de l’électricité éolienne.

Le Danemark a été aussi un des pays phare de l’éolien. Le pays produisait déjà en 2004 20% de son électricité à partir de l’éolien et l’objectif danois est d’atteindre 35% d’ici 2030.

L’Allemagne a également beaucoup développé le secteur des énergies renouvelables. Avec une opinion publique hostile au nucléaire et un mix énergétique dépendant à 80% du charbon, du pétrole et du gaz, le marché allemand des énergies renouvelables a connu la croissance la plus impressionnante après 1990.

Après une croissance impressionnante, le marché allemand a stagné en 2007 car la loi sur les énergies renouvelables de 2004 rend dégressifs le tarif d’achat de -2% par an. L’Allemagne a quand même un parc éolien parmi les plus développées en Europe et l’inauguration du site d’Alpha Ventis près de l’île de Borkum dans la Mer du Nord, fait d’elle un des premiers pays à expérimenter l’éolien offshore à grande échelle.

Des nouveaux pays européens se mettent à l’éolien

Effet de mode ou effet du système de soutien imposé par l’exécutif européen, l’énergie éolienne s’impose dans d’autres pays d’Europe.

Fin 2007, le Royaume-Uni a dévoilé un projet éolien d’une ampleur sans précédent visant à produire, d’ici 2020, l’équivalent de l’énergie électrique consommée par l’ensemble des 25 millions de foyers britanniques grâce à 7 000 éoliennes offshore.

L’Italie mène aussi une politique très centrée sur le développement de l’éolien. Si le marché éolien en 2007 a augmenté grâce à l’installation de nouvelles éoliennes, le gouvernement, lui, souhaite atteindre 12 000 MW de E-SER avant 2020.

En août 2007, la compagnie d’électricité tchèque CEZ annonçait son intention de créer sur le bord de la Mer Noire roumaine le plus grand parc éolien offshore d’Europe avec une capacité de 600 MW. La Bulgarie, qui ne produit que 0,1% de son électricité à partir d’énergies renouvelables a déjà mis en place son premier parc d’éoliennes à Kaliakra au bord de la Mer Noire.

Puisque la Commission européenne doit présenter bientôt un plan européen sur le développement offshore, ce type de projets continuera à se développer dans les mers européennes.

La France à contre-courant

La France, considérée comme un pays à fort potentiel éolien peine à développer son marché. Et si dans d’autres pays d’Europe l’opinion publique soutient le développement des éoliennes, en France, il y a une large partie de la société qui s’y oppose.

La polémique sur les éoliennes en France a été provoquée par le plan du Grenelle de l’Environnement qui se donne comme objectif d’installer 25 GW d’éolien avant 2020. La mise en place d’un système de soutien à l’électricité par l’établissement d’un prix de rachat a suscité un tollé sur les surcoûts d’une telle politique.

Une vraie bataille des chiffres a été menée entre l’ADEME (Agenda de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) et l’Institut Montaigne qui publiait en juillet 2008 une étude qui estimait de 2 à 3 milliards d’euros le surcoût de la politique de Grenelle pour soutenir l’éolien.

Destruction du paysage, nuisance sonore, choix du nucléaire ont été les arguments les plus utilisés pour s’opposer à une telle politique. Il est certain que la France qui produit 80% de son électricité à partir du nucléaire et 10% de l’énergie hydraulique est moins dépendante que d’autres pays européen des énergies fossiles pour produire de l’électricité. En outre, la France est également un exportateur d’électricité ce qui rend marginal l’apport de l’éolien.

La réticence française vis-à-vis des éoliennes peut être expliquée par une acceptation générale de l’opinion publique sur l’utilisation de l’énergie nucléaire et l’acceptation des risques que ce choix impose. Le surcoût de l’éolien est également dû à l’inexistence de constructeurs français de générateurs éoliens.

Un marché plus que profitable

Un secteur en pleine croissance

Le marché de l’éolien est surtout très profitable et les perspectives de croissances très optimistes. Car aujourd’hui les carnets de commandes des fabricants sont remplis jusqu’en 2010. Le chiffre d’affaires de la vente d’aérogénérateurs est estimé par l’EWEA (European Wind Energy Association) à 10 milliards d’euros en 2007. Cette filière a créée près de 150 000 emplois dans l’Union européenne.

La tendance à la mondialisation et la demande en pleine croissance dans d’autres parties du monde, notamment aux Etats-Unis et en Asie, a été saisie par les entreprises européennes qui se positionnent sur ces marchés comme les espagnoles Vestas ou Gamesa ou les allemandes Enercon, Siemens ou Nordex.

Gare aux compétiteurs chinois !

La Chine, qui a enregistré une croissance record en 2007 du secteur éolien, se fait de plus en plus présente sur ce marché. Les entreprises chinoises ont acheté des licences aux fabricants européens afin de produire leurs propres générateurs.

Des fabricants chinois comme Sinovel, Goldwing, Mingyang commercialisent déjà des générateurs fabriqués en Chine. Ainsi en 2007, la société Mingyang avait développé son premier marché aux États-Unis. Il ne serait pas surprenant de voir dans un avenir proche ces fabricants commercialiser des générateurs sur le sol européen.

Le offshore prend le relais

Pour faire face à la concurrence, les entreprises européennes se spécialisent de plus en plus sur le marché de l’offshore qui est la tendance de l’avenir et qui nécessite des technologies plus avancées. Ainsi, Vestas et Siemens sont les deux leaders européens qui font des recherches poussées sur la construction de nouvelles éoliennes beaucoup plus puissantes à utiliser en mer.

L’éolien – une solution d’appoint

Évidemment, l’énergie éolienne a largement profité du système de soutien mis en place par la Commission européenne. Ses détracteurs ont souvent souligné son surcoût, sa faible capacité de production pour assurer les besoins de consommations ou ses nuisances environnementales (impact sur l’écosystème, nuisances sonores, modification des paysages). Néanmoins, l’augmentation de la part d’énergie éolienne dans la production d’électricité a permis à certains pays à réduire leur dépendance aux hydrocarbures et ainsi de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Il est évident que l’éolien, au stade technologique actuel de développement, n’a pas les moyens de satisfaire la demande d’énergie de nos sociétés, mais à côté d’autres énergies renouvelables comme le photovoltaïque, la biomasse, le solaire ou la géothermie contribue à la diversification du mix énergétique européen.

Les économies d’énergie, le développement des énergies renouvelables aident l’Europe à réduire sa dépendance d’hydrocarbure et de favoriser les énergies propres, tout en sachant que ces sources d’énergie ne pourront pas répondre aux besoins d’une population mondiale qui aura doublé d’ici 2050.

En attendant le développement des technologies de fusion nucléaire, des piles à hydrogène ou des techniques de captation de l’énergie solaire à large échelle, les énergies renouvelables telles que nous les connaissons aujourd’hui permettent de faire la transition vers des énergies moins polluantes.

 

Pour aller plus loin :

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Sur Nouvelle Europe
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Dossier décembre 2008 : Eurofiction : 2108, les Eüürosets partent en vacances
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L’Europe en panne d’énergie ?
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Une Europe dans le vent !
   
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Ailleurs sur Internet
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European Wind Energy Association (EWEA)
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Wind Energy - The Facts
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Agence de l'Environnement et de la Maîtrise d'Energie (ADEME)
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Énergies renouvelables, site DG Energie, Commission européenne
   
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A lire
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Pour rétablir la vérité sur le coût de l'éolien , Insitut Montaigne, briefinf paper, novembre 2008
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Le Baromètre éolien , Observatoire des énergies renouvelables, février 2008
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Directive 2001/77/EC
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Communication de la Commission sur les progrès enregistrés dans le domaine de l'éléctricité d'origine renouvelable, 2007
Source photo : Energetic green fields par Lionoche (Flickr, accédé le 29 novembre 2008)

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