Elections législatives lituaniennes : une nouvelle coalition au travail

Par Antoine Lanthony | 10 novembre 2008

Pour citer cet article : Antoine Lanthony, “Elections législatives lituaniennes : une nouvelle coalition au travail”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 10 novembre 2008, http://www.nouvelle-europe.eu/node/532, consulté le 22 octobre 2019

seimas_x130.jpgLes élections législatives lituaniennes, remportées par les partis d’opposition, en premier lieu l’Union de la patrie-Chrétiens démocrates, accouchent d’une nouvelle coalition, rapidement dessinée, et formée par quatre partis oscillant entre droite et centre-droit. Gros-plan sur cette nouvelle coalition et sur les défis à venir pour la Lituanie.

seimas.jpgLes élections législatives lituaniennes, remportées par les partis d’opposition, en premier lieu l’Union de la patrie-Chrétiens démocrates, accouchent d’une nouvelle coalition, rapidement dessinée, et formée par quatre partis oscillant entre droite et centre-droit. Gros-plan sur cette nouvelle coalition et sur les défis à venir pour la Lituanie. 

Une nouvelle coalition excluant les Sociaux-démocrates et les partis étiquetés populistes

Le Premier ministre social-démocrate sortant Gediminas Kirkilas ainsi que les deux leaders des partis étiquetés populistes (Rolandas Paksas, du parti Pour l’ordre et la justice et Viktor Ouspaskitch, du Parti du travail) sont les perdants de ce scrutin législatif. Malgré un score plus qu’honorable, le Parti social-démocrate a du faire face à la faillite de ses alliés de coalition (notamment le Parti des paysans de Kazimiera Prunskiene, grande figure de la vie politique lituanienne), tandis que les deux partis populistes n’ont pas réussi à se rendre incontournables pour la formation d’une nouvelle coalition. Cependant, si la défaite de Viktor Ouspaskitch est lourde (son parti passant de 39 à 10 députés, le Seimas lituanien en comptant 141), celle de Rolandas Paksas (ancien chef de l’Etat, destitué en 2004) est relative, puisque son parti a connu une hausse de ses députés (passant de 11 à 15).

Face à l’écroulement de la coalition sortante, les partis de droite et de centre-droit ont fait preuve de solidité. Avec 45 députés, l’Union de la patrie-Chrétiens démocrates, emmenée par Andrius Kubilius (ancien Premier ministre), se taille une place de choix dans le nouveau Seimas. Les partis s’étant rapidement mis d’accord, il gouvernera en coalition avec l’Union du centre et des libéraux, le Mouvement libéral et le Parti de la résurrection nationale, ce dernier étant une sorte d’ovni politique dirigé par un animateur de téléréalité et composé de chanteurs, acteurs… Surnommé le « parti du showbiz » et décrit par le professeur de science politique de l'université de Vilnius, Alvidas Lukosaitis (cité par la Fondation Robert Schuman) comme n’ayant « ni idéologie, ni programme », il amène à se poser la question de l’état du champ politique lituanien et de sa représentativité. En effet, alors que la situation internationale n’est guère encourageante et que de nombreuses échéances se profilent, seuls 32,31 % des Lituaniens se sont déplacés pour ce second tour des élections législatives (contre 48,11 % au premier tour).

Quoi qu’il en soit, l’Union de la patrie-Chrétiens démocrates devrait logiquement occuper les principaux portefeuilles et son leader s’emparer du poste de Premier ministre. Néanmoins, la durée de vie de ce gouvernement ne sera que de six mois, puisque la Constitution obligera à la formation d’un nouveau gouvernement après l’élection présidentielle de mai 2009.

Au menu de 2009 : élection présidentielle, économie, énergie et relations avec la Russie

Même si l’élection présidentielle à venir risque de maintenir la Lituanie dans une ambiance électorale et peut empêcher certaines décisions pour ne pas nuire aux possibles candidats (pour le moment inconnus, le Président actuel Valdas Adamkus ne se représentant pas), ce gouvernement devra affronter de nombreuses questions.

Ainsi, l’avenir énergétique du pays figure évidemment en tête des préoccupations lituaniennes, et ne trouvera vraisemblablement de réponse qu’à l’échelle balte voire nordico-baltique (via un pont énergétique envisagé avec la Suède), avec pour objectif de contrer le phénomène d’isolement dont les Etats baltes souffrent et dont l’Union européenne semble enfin prendre pleinement la mesure.

Le jour du premier tour des élections législatives avait d’ailleurs été l’occasion d’un référendum concernant le maintien en fonctionnement de la centrale nucléaire d’Ignalina. Ce référendum, laissant entrevoir un large soutien en faveur de l’exploitation de la centrale mais invalidé en raison d’une trop faible participation, avait cependant un caractère purement consultatif. À cet égard, l’Union de la patrie-Chrétiens démocrates, qui s’était opposée à sa tenue, arguant que le pays n’avait rien à y gagner vis-à-vis des instances européennes, aura peut-être paradoxalement une fenêtre d’opportunités plus importante, non pour prolonger sa durée de vie, mais pour promouvoir les intérêts énergétiques lituaniens, intérêts qui pourront évidemment difficilement se concrétiser sans terrain d’entente avec la Russie, aujourd’hui fournisseur gazier et pétrolier quasiment unique.

Au-delà des questions énergétiques, les relations avec la Russie figureront au menu du nouveau gouvernement lituanien, qui aura dans les prochains mois l’opportunité d’afficher une évolution par rapport à son prédécesseur, à qui il avait notamment été reproché (ainsi qu’à la Pologne) une attitude vindicative, voire jusqu’au-boutiste, lors de son blocage des relations UE-Russie, attitude qui pourrait être à nouveau à l’ordre du jour : selon certaines rumeurs rapportées par le journal The Baltic Times, la Lituanie pourrait en effet s’opposer à la reprise des négociations UE-Russie.

Enfin, après l’entrée en récession de l’Estonie et de la Lettonie, il semble peu probable que la Lituanie soit épargnée par la crise financière et économique, de par sa dépendance financière et son interdépendance économique avec les pays voisins. La Lituanie pourrait voir également le retour au pays d’une partie de ses travailleurs se trouvant actuellement en Irlande et au Royaume-Uni.

Il est donc à espérer que le nouveau gouvernement lituanien et le nouveau Seimas se dévouent entièrement aux problèmes majeurs auxquels ils ne manqueront pas d’être confrontés et que la campagne future pour l’élection présidentielle, malgré le symbole de la fonction, ne mette en sommeil ni les énergies ni les volontés.

 

Pour aller plus loin 

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Sur Internet

Source photo : Wikipedia Commons (bâtiment du Seimas, à Vilnius)

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