France - Estonie : "Nous constatons un intérêt accru envers les nouveaux Etats membres"

Par Antoine Lanthony | 11 juin 2008

Pour citer cet article : Antoine Lanthony, “France - Estonie : "Nous constatons un intérêt accru envers les nouveaux Etats membres"”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 11 juin 2008, http://www.nouvelle-europe.eu/node/491, consulté le 22 octobre 2019

opinion.pngmargus_rava.jpgMargus Rava est ambassadeur d'Estonie en France. A quelques mois de la présidence française de l'Union européenne, il revient pour Nouvelle Europe sur l'évolution des relations entre la France et l'Estonie, mais aussi sur le projet français d'Union pour la Méditerranée et sur les attentes de l'Estonie.

margus_rava.jpgopinion.pngMargus Rava est ambassadeur d'Estonie en France. A quelques mois de la présidence française de l'Union européenne, il revient pour Nouvelle Europe sur l'évolution des relations entre la France et l'Estonie, mais aussi sur le projet français d'Union pour la Méditerranée et sur les attentes de l'Estonie.

Entre la fin de l’URSS, au début des années 1990, et l’entrée de votre pays dans l’Union européenne, quel bilan feriez-vous des relations entre l’Estonie et la France ? Est-ce que François Mitterrand en son temps, puis Jacques Chirac, avaient développé des liens tant diplomatiques qu’économiques ou culturels avec les dirigeants estoniens ?

Avant de parler des relations entre la France et l’Estonie depuis les années 1990, je tiens à souligner ce que représente pour l’Estonie la reconnaissance de la continuité juridique de la République d’Estonie par la France. Ainsi, une relation de confiance s'était déjà créée avant que l’Estonie retrouve son indépendance. La France fut l’un des premiers pays à renouer des contacts diplomatiques en août 1991. Par la suite, tant les présidents Mitterrand que Chirac ont effectué des visites d’Etat dans notre pays. En mai dernier, l’Estonie a reçu la visite du Premier ministre François Fillon, premier chef de gouvernement français à se rendre en Estonie.

Les relations entre nos deux pays sont de plus en plus intenses. Les contacts dans les domaines parlementaire, culturel, économique et touristique sont nombreux. A ce sujet, il faut noter l’existence à la fois d’un groupe d’amitié Estonie-France au Parlement estonien, à l’Assemblée nationale française et au Sénat. Depuis l’ouverture de l’Institut estonien à Paris en 2001 et la création d’un poste de conseiller culturel à l’ambassade en 2007, de plus en plus d’artistes estoniens se sont produits en France. Par ailleurs, de plus en plus d’investisseurs français sont attirés par l’Estonie.

On se souvient des propos de Jacques Chirac sur le soutien de certains pays à l’intervention américaine en Irak : « Ils ont perdu une bonne occasion de se taire ». Ou encore l’évocation d’un certain « pathétisme » des nouveaux Etats membres prêts à renoncer à leurs aides européennes pour sauver les négociations sur le budget communautaire. Est-ce que de tels propos ont choqué l’opinion estonienne sur le moment ? Comment sont-ils perçus avec le recul ?

Les Estoniens ont plutôt tendance à regarder vers l’avenir et à voir une amélioration de leur place au niveau européen. Ainsi, nous retenons les déclarations du président Sarkozy lors de son discours à Budapest en septembre 2007 où il a affirmé qu’il n’y a pas des grands pays et des petits pays, et que tous ont le droit à la parole. De ce fait, il y a lieu de penser qu’un pays comme l’Estonie aura de plus en plus la place qui lui convient et son importance au sein de l’Union européenne.

Depuis l’entrée de l’Estonie dans l’Union européenne, avez-vous noté une évolution dans les relations bilatérales France-Estonie ? Quels sont les événements qui ont le plus aidé au renforcement des liens entre les deux pays ?

Depuis que l’Estonie fait partie de l’Union européenne, les relations entre nos deux pays ont progressivement dépassé le cadre purement bilatéral. En effet, la plupart des rencontres dans le cadre de la politique européenne se tiennent désormais à Bruxelles. Néanmoins, nos échanges réciproques dans le domaine de la défense ou le domaine économique se multiplient. En ce qui concerne la défense, en février 2007 un contrat important d’un montant de 44,7 millions d’euros a été signé entre la compagnie française MBDA et l’Estonie. Conformément à celui-ci, la compagnie française s’engageait à fournir à l’Estonie les missiles de défense aérienne. Cet approvisionnement pour le développement du système de défense estonien constitue l’un des plus importants jamais effectués dans le système de défense estonien.

Parallèlement, l’Estonie reste pour les hommes d’affaires français très attirante, du fait de notre système économique très souple et libéral. Au niveau des échanges commerciaux, la France garde sa place en étant le 12e partenaire commercial de l’Estonie (derrière les Nordiques, les Baltes, l’Allemagne et les Etats-Unis). Cette année, pour le 90e anniversaire de l’Estonie, des manifestations multiples et variées ont eu lieu en France. Celles-ci ont permis d’apporter la culture estonienne dans toute la France. La France va, à son tour, dans le cadre de sa présidence faire connaître son pays dans tous les pays membres de l’UE, dont l’Estonie.

Percevez-vous par ailleurs un changement de politique diplomatique depuis l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007 ? Comment est perçu en Estonie le projet d’Union pour la Méditerranée, pour lequel l’Estonie semble a priori peu concernée ?

L’élection de Nicolas Sarkozy comme Président de la République française marque une nouvelle page dans les relations franco-estoniennes. Nous constatons un intérêt accru et une réelle ouverture de la France envers les nouveaux Etats membres de l’Union européenne. En témoignent les accords de partenariat stratégique signés entre la France et ces derniers. L’Estonie suit avec attention le projet d’Union pour la Méditerranée (UPM). Beaucoup de problèmes que l’UPM est censée traiter concerneront tôt ou tard l’Estonie, notamment les questions migratoires car nous faisons désormais partie de l’espace Schengen. En ce qui concerne les questions environnementales dans la Méditerranée, nous pourrons partager notre expérience de l’espace de la mer Baltique.

Qu’attend principalement l’Estonie de la présidence française ? Considère-t-elle cette présidence comme une opportunité pour faire évoluer les relations et la nature du partenariat entre l’Union européenne et la Russie ?

Tout d’abord, nous soutenons fortement l’engagement de la France pour la construction européenne. Une des priorités de la présidence française, la mise en place d’une politique énergétique plus forte et indépendante, constitue aussi une des priorités de l’Estonie. En même temps, toutes les priorités françaises sont les priorités de toute l’Europe, et donc de l’Estonie. Nous sommes pour le renforcement de la politique de voisinage. En ce qui concerne plus particulièrement la Russie, nous sommes favorables à un nouvel accord cadre pour remplacer l’accord de partenariat et de coopération.

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