La stratégie de Lisbonne ou comment dynamiser l'économie européenne

Par Fabienne Vauguet | 3 mars 2008

Pour citer cet article : Fabienne Vauguet, “La stratégie de Lisbonne ou comment dynamiser l'économie européenne”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 3 mars 2008, http://www.nouvelle-europe.eu/node/419, consulté le 26 janvier 2020

growth.jpg La stratégie européenne pour la croissance et l’emploi dite «stratégie de Lisbonne » a été lancée lors du Conseil européen de Lisbonne en mars 2000. L’objectif des chefs d’Etat ou de gouvernement est de faire de l’Union européenne (UE) « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde » d’ici 2010. Il s’agit d’être en mesure de répondre aux défis et aux enjeux induits par la mondialisation. Depuis sa mise en place, cette stratégie a-t-elle réellement permis de dynamiser l'économie européenne, en particulier dans la partie Est de l'Union.

 

Trois piliers fondent la stratégie de Lisbonne

Ses objectifs et ses méthodes ont été complétés par plusieurs Conseils européens. Cette initiative en faveur de la croissance et de l’emploi repose sur trois piliers complémentaires :

  • Un pilier économique afin de conduire les pays de l’UE vers une économie compétitive, dynamique et fondée sur la connaissance. Il est pour cela nécessaire de s’adapter aux évolutions de la société de l’information et d'accroître notamment les dépenses de recherche et développement (R&D).
  • Le second pilier est le pilier social. Le modèle social européen doit être modernisé en investissant dans les ressources humaines et en luttant contre l’exclusion sociale. Des mesures en matière d’éducation et de formation ont été prises par les Etats membres de l’UE ainsi que la mise en place d’une politique active pour emploi.
  • Enfin, le pilier environnemental a été ajouté lors du Conseil européen de Göteborg en juin 2001. La croissance économique ne doit pas se faire au détriment de l’environnement mais au contraire, dans un souci de développement durable.

Des objectifs chiffrés ont été annoncés, tels qu’atteindre 70 % de taux d’emploi ou encore consacrer 3 % du PIB de l’UE aux dépenses de R&D.

Une nécessaire révision

La révision à mi-parcours et le rapport rendu par Wim Kok (ancien Premier ministre des Pays-Bas) en 2005 font état d’un bilan mitigé dû en partie à une trop grande dispersion des objectifs. C’est pourquoi, lors du Conseil européen de mars 2005, les objectifs ont été revus. La priorité est donnée à une croissance plus forte et durable et, à la création d’emplois plus nombreux et de meilleure qualité. On parle aujourd’hui de stratégie de Lisbonne « révisée » ou de « stratégie pour la croissance et pour l’emploi ».

Un fonctionnement combinant échelles européenne et nationale

La plupart des politiques concernées (emploi, éducation, protection sociale…etc.) relèvent de la compétence des Etats membres. C’est pourquoi, une méthode ouverte de coordination (MOC) a été mise en place. Elle vise à favoriser une meilleure coordination entre les Etats membres et ainsi conduire à la réussite de cette stratégie. Il s’agit de définir des objectifs communs, des instruments de mesure, de comparer les performances entre pays et d’échanger des « bonnes pratiques ».
La Commission a présenté en juillet 2005 son programme communautaire de Lisbonne. Des financements communautaires sont revus afin de favoriser la connaissance et l’innovation. Il s’agit de faire de l’Europe un lieu attrayant pour les investissements mais également de favoriser l’emploi. Son activité législative est poursuivie (recherche d’un accord sur le brevet communautaire, directive sur les services, législation pour l’intégration des marchés financiers, etc.). Trois processus sont donc renforcés : le processus de Luxembourg pour l’emploi, le processus de Cardiff pour le fonctionnement des marchés et enfin, le processus de Cologne sur le dialogue macroéconomique. Un fonds d’aide pour faire face aux restructurations économiques a aussi été créé, en 2006: le fonds européen d'ajustement à la mondialisation.

Aujourd’hui, les grandes orientations européennes en matière d’économie et d’emploi sont appelées les Lignes directrices intégrées (LDI). Celles-ci sont déterminées conjointement par les Etats membres, sur proposition de la Commission. Ces LDI sont fixées pour une période de trois ans (2005-2008).
Vingt-quatre recommandations sont présentées. Ces LDI se composent des Grandes orientations de politique économique (GOPE) et des Lignes directrices pour l’emploi (LDE).
Les GOPE sont un instrument de coordination des politiques économiques des Etats membres. On y retrouve, dans un premier volet, les lignes directrices macroéconomiques qui prônent une meilleure stabilité de l’environnement économique afin de réussir les réformes structurelles. Le second volet est consacré aux lignes directrices microéconomiques. Ses objectifs doivent permettre l’ouverture des marchés, un environnement favorable aux entreprises et à l’innovation.
Quant aux les Lignes directrices pour l’emploi, elles visent à améliorer la productivité, moderniser les systèmes de protection sociale. Elles sont un instrument de coordination des politiques de l’emploi des Etats membres.

Les lignes directrices intégrées servent de base au « Programme National de Réforme » (PNR). Chaque Etat membre y établit ses propres priorités en fonction des défis à relever. La mise en œuvre de cette stratégie est évaluée annuellement lors des Conseils européens de printemps. La Commission européenne publie également à la fin de chaque année un rapport général ainsi que des évaluations par pays, complétées de nouvelles recommandations. Qu'en est-il de l'avancée de la stratégie de Lisbonne du côté de l'Europe élargie ?

Et à l’Est, comment marche la stratégie de Lisbonne ?

Le nouvel élan souhaité par la Commission européenne s’y est-il opéré ? Fin 2007, la Commission européenne a publié son rapport annuel, évaluant l’avancement des réformes structurelles entre 2005 et 2007. Les rapports nationaux s’appliquent aussi à analyser aussi les politiques menées envers les quatre domaines prioritaires, fixés par le Conseil européen de printemps de mars 2006 : la connaissance, l'esprit d'entreprise, l'emploi et l'énergie.

Comme dans le reste de l’Union, certains Etats membres tirent mieux leur épingle du jeu. Il est possible de distinguer trois groupes d’Etats membres :

  • les Etats membres qui ont amorcé des réformes dès 2005 et dont les effets sont visibles et satisfont globalement la Commission européenne,

  • les Etats membres qui ont fait de réels efforts, mais qui sont jugés encore insuffisants. Ces Etats doivent ainsi redoubler d’efforts,

  • les Etats membres nouvellement entrés, que sont la Roumanie et la Bulgarie. La Commission européenne se donne encore du temps pour évaluer l’ampleur des réformes, puisque les deux Etats ont présenté leur PNR en mars 2007.

La mention « Bien, des efforts à poursuivre», attribuée à plus de la moitié des douze Etats de l’Est

Sept Etats membres l’ont reçu : Chypre, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la République tchèque, la Slovaquie et la Slovénie. Pour tous, les rapports de la Commission européenne soulignent de bons indicateurs économiques, avec une croissance dynamisée par la consommation des ménages. Cependant ces Etats doivent veiller à une bonne stabilité macro-économique, en se gardant de pressions inflationnistes menaçantes et d’un déséquilibre budgétaire. C’est en particulier le cas pour la Lituanie, la Slovénie et la Lettonie. La Slovaquie a, par contre, su maîtriser son inflation. Son chômage est même en baisse.

De manière générale, les recommandations formulées par la Commission européenne dans ses rapports fin 2006, entérinées par le Conseil, ont été respectées. De réelles réformes structurelles ont été engagées dans ces six Etats membres, avec de premiers effets notables, grâce à l’implication de toutes les parties prenantes : Etats, gouvernements, acteurs régionaux et locaux, partenaires sociaux, opinion publique.
Cependant, pour tous, une attention particulière doit être portée sur le capital humain, tant en terme de marché de l’emploi que de renouvellement des systèmes de retraites. La Slovénie devra faire face à un vieillissement de sa population dans les années à venir, pouvant de fait freiner la forte croissance économique qu’elle connaît depuis une décennie. Chypre et la République tchèque doivent également s’atteler à une telle réforme. Il est reconnu à la Slovaquie la réalisation de sensibles efforts en matière de politique sociale, de marché de l'emploi et de politique des soins de santé.

Pour stimuler le marché de l’emploi et disposer d’une main d’œuvre qualifiée, l’éducation doit être repensée et la formation tout au long de la vie doit être largement développée. Par exemple, la République tchèque aura notamment à combler les écarts de salaires entre hommes et femmes, ainsi qu’à intégrer les populations dites désavantagées.

Pour dynamiser leurs économies, ces six Etats devront veiller à simplifier le cadre réglementaire des entreprises, pour encourager l’esprit d’entreprise et la création de PME. En cette matière, l’Estonie est désignée comme une bonne élève, bien qu’il lui soit demandé d’engager parallèlement une modernisation de son droit du travail.

Un autre objectif majeur est l’augmentation des investissements pour la R&D et l’innovation. L’Estonie s’y impose aussi comme un bon exemple. Tous les Etats ont fourni de réels efforts, mais doivent désormais pouvoir proposer des réalisations et produits concrets innovants.

Pour ces six Etats, le bilan 2006-2007 est jugé satisfaisant par l’Union européenne. La Slovénie et Chypre ont d’ailleurs pu rentrer dans la zone euro, respectivement au 1er janvier 2007 et 1er janvier 2008. Encouragés à poursuivre leurs efforts, ces Etats doivent gagner en compétitivité pendant l’année 2008.

Mention « Satisfaisant, mais peut mieux faire » pour Malte, la Hongrie et la Pologne

Ces trois Etats membres connaissent tous des difficultés économiques plus ou moins marquées. Les problèmes majeurs soulignés par l’analyse de la Commission européenne sont le déséquilibre budgétaire et la mise en péril de la viabilité des finances publiques. Malte, la Pologne et la Hongrie doivent engager d’importantes réformes structurelles pour assainir leurs dépenses publiques. Ralenti au cours de l’année 2007, le rythme d’exécution de ces réformes doit impérativement s’accélérer en 2008.

Cela est jugé indispensable pour développer tous les pans de leurs économies : l’emploi et la formation de la main d’œuvre, l’intégration de populations défavorisées, la compétitivité des entreprises, la concurrence sur les marchés, l’investissement dans la R&D. La Hongrie a, par exemple, déjà opéré une fusion de ses services d’emploi.

La Commission européenne fait toutefois confiance à ces trois Etats membres pour lancer des réformes profondes, pour amorcer une réelle restructuration économique. Malte a rejoint la zone euro, la nomination d’un nouveau gouvernement en Pologne redonne espoir à la Commission, la Hongrie a fait de réels efforts dans les quatre domaines prioritaires.

Rendez-vous est donné fin 2008 pour connaître les avancements structurels réalisés.

La Roumanie et la Bulgarie, chacune « doit encore faire ses preuves »

La consigne est claire pour les deux Etats : « rattraper le reste de l'UE en assurant une croissance économique vigoureuse et en relevant le taux d'emploi ». Pourtant certains indicateurs économiques sont bons. La Roumanie connaît, par exemple, une forte croissance depuis 2003. Elle a atteint 6% en 2007, et les prévisions tablent sur 5,9% en 2008. Mais dans les deux Etats, le déficit extérieur est marqué et de réelles craintes inflationnistes sont nées, liées à un trop fort développement de l’emprunt et du crédit. La pénurie de main d’œuvre est également un véritable handicap pour le dynamisme des économies roumaine et bulgare.

Alors comme pour les autres Etats étudiés précédemment, des réformes structurelles profondes sont nécessaires, avec pour principal objectif un gain de compétitivité. La valorisation du capital humain et l’amélioration de l’environnement des entreprises sont deux chevaux de bataille. Pour "vaincre", il leur faudra en passer par une refonte des capacités administratives, à tous les niveaux.

La Commission européenne souhaite des réformes plus ambitieuses, qui auront eu, à la fin 2008, des effets réels. Pour cela, l’Union apporte un soutien conséquent pour la période 2007-2013 : la Bulgarie aura une aide structurelle de près de 6,852 milliards d’euros et la Roumanie peut espérer 19,67 milliards d’euros. Les défis ne restent plus qu’à être relevés.

 

Ambitieux programme destiné à dynamiser l’économie européenne, la stratégie de Lisbonne a permis, non sans difficultés, le lancement de réformes structurelles nationales, notamment dans les Etats membres issus du grand élargissement à l’Est. Le prochain Conseil européen de printemps (les 13 et 14 mars 2008), sous présidence slovène, abordera certainement les conditions nécessaires pour relever ce challenge d’ici à 2010, pour plus de croissance et d'emploi. Autrement dit, deux courtes années.

Pour aller plus loin

 

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