Le peuple de la mer : mutations européennes dans le secteur de la pêche

Par admin | 13 janvier 2008

Pour citer cet article : admin, “Le peuple de la mer : mutations européennes dans le secteur de la pêche”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 13 janvier 2008, http://www.nouvelle-europe.eu/node/395, consulté le 26 avril 2018
picdave1.jpgarticle.pngLe continent européen est, par sa géographie, largement ouvert sur la mer. Une mauvaise gestion des ressources au cours de l’histoire récente a eu un impact décisif sur la vie des poissons mais aussi sur celle des pêcheurs. Qui sont nos pêcheurs ? Enquête sur des Européens méconnus.
picdave1.jpgarticle.pngLe continent européen est, par sa géographie, largement ouvert sur la mer. Une mauvaise gestion des ressources au cours de l’histoire récente a eu un impact décisif sur la vie des poissons mais aussi sur celle des pêcheurs. Qui sont nos pêcheurs ? Enquête sur des Européens méconnus.
 
 
 
Les pêcheurs vivent en bancs

Il est nécessaire de marquer la différenciation qui peut exister en Europe entre des zones maritimes très sollicitées par les pêcheurs et d’autres où ils sont bien moins nombreux. Par ailleurs, le secteur est structuré différemment selon les mers concernées.

Ainsi en mer Baltique et en mer du Nord, 30% des travailleurs du secteur de la pêche sont embarqués, 65% travaillent dans la transformation et 5% dans l’aquaculture.
Les pêcheurs de l’Atlantique, par comparaison, sont 46% à être embarqués et ceux de la Méditerranée sont plus de 76% !

Quelques grands pays concentrent la majorité des pêcheurs européens, avec en tout premier lieu l’Allemagne qui comptait plus de 35 000 pêcheurs en 2005. L’Espagne, la Grèce et l’Italie ont, elles, moins de pêcheurs en nombre absolu, mais occupent plus de 60% du marché européen.

Un métier en profonde mutation

Notons que les pêcheurs comme les poissons sont en voie de disparition en Europe : leur nombre est en constante diminution depuis une vingtaine d’années. Les chiffres montrent que les Européens travaillant dans le secteur de la pêche (pêche et secteur de la transformation) sont de moins en moins nombreux.
Depuis 1995, on estime que leur population a baissé de 4 à 5% chaque année en moyenne. Ainsi, il y avait environ 421 000 personnes travaillant dans le secteur en 2002/2003 dont 209 000 pêcheurs et un tiers de femmes, surtout dans le domaine de la transformation.
L’élargissement n’a pas profondément changé la donne : on estime que les pêcheurs embarqués étaient environ 190 000 en 2005, dont 15 000 seulement des nouveaux Etats membres (sans compter la Bulgarie et la Roumanie). Le nombre des bateaux a lui aussi largement diminué : il a chuté de plus de 21% entre 1998 et 2005.

Le secteur reste très traditionnel : la plupart des pêcheurs travaillent sur de petits bateaux, en petite équipe. Début 2005, ils étaient 99 000 à travailler le long de côtes et 110 000 en haute mer.
En réalité, la majorité travaille dans des équipes inférieures à 4 hommes, dans des bateaux de moins de 10 mètres : en 2005, 62400 des 74200 bateaux de pêche européens mesuraient moins de 10 mètres.

Le secteur n’est pas propice à l’éclosion d’un vrai capitalisme de la pêche : les entreprises de pêches possédant deux ou trois bateaux sont rares, et l’aggravation des conditions de travail est synonyme de crise des vocations.

Quel avenir pour le peuple de la mer ?

En effet, les conditions de travail sont de plus en plus dures : l’amélioration de la législation sur la sécurité combinée au manque d’attrait du métier pour les jeunes générations a créé une situation complexe. Les marins respectent des standards minimums : le nombre de pêcheurs sur un navire excède rarement le quota obligatoire.

Par ailleurs, la paie est misérable. L’augmentation des prix du carburant, comptant souvent pour le tiers des dépenses liées à l’activité, entrave les capacités d’investissement des marins. Résultat : la flotte européenne est vieillissante.
Au moins 40% des pêcheurs côtiers exercent déjà une autre activité et leur nombre devrait encore augmenter dans les années à venir.

La crise des vocations reste l’un des enjeux centraux pour le XXIe siècle, si bien que l’appel aux travailleurs européens et non-européens est devenue courante. Ainsi, la France a maintenu, comme le lui permet la législation européenne, des entraves à la circulation des travailleurs issus des pays des derniers élargissements, mais les métiers de la pêche figurent en bonne place des places à prendre. Qu’ils soient « matelots à la pêche », « marins de la navigation maritime », « maintenicien en mécanique marine » ou « cadre pont à la pêche », les Européens de l’Est sont bienvenus en France.
Mais l’enjeu est bien plus large que celui d’un simple transfert de main-d’œuvre intra-européen : les grands pays pêcheurs font déjà appel depuis longtemps à des travailleurs non-communautaires. Ces derniers sont aujourd’hui déjà majoritaires parmi les pêcheurs de nos côtes. Les Espagnols embauchent des Marocains, les Italiens des Tunisiens et les Grecs des Egyptiens en nombre pour maintenir une pêche dans nos eaux européennes malgré les conditions de travail.

Les pêcheurs sont peu nombreux au sein de la population active globale : seuls les Maltais atteignent 1% de la population active. Pourtant, entre « amis des poissons » et « amis des pêcheurs », l’Union européenne ne peut pas choisir, il lui faut absolument maintenir une balance qui puisse assurer l’avenir des deux populations. D’ailleurs, les pêcheurs sont très bien organisés au niveau de leurs capitales respectives et comme le souligne Christian Lequesne, leur concentration leur permet de peser sur leurs élites nationales avec efficacité.

Les derniers élargissements ont très fortement contribué à l’agrandissement du domaine maritime de l’UE sans régler les problèmes structurels de celui-ci. Si la politique européenne de la pêche est l’une des plus intégrées – car partie de la PAC – il n’en semble pas moins que les défis pour demain restent encore à relever.

 
 
 
 
Pour aller plus loin :
 
site20x20.png Sur Nouvelle Europe
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Pêcher une politique ? L’élaboration de « L’Europe bleue »
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SOS ! Mers européennes en danger ?
   
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European Commission, Employment in the fisheries sector: current situation
(FISH/2004/4) Final Report April 2006 (en anglais)
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LEQUESNE, C. L'Europe bleue : à quoi sert une politique communautaire de la pêche ?, Presses de Sciences Po, 2001
   
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La mer différente , Thalassa : le magazine de la mer, FR3 - 28/05/1977 - 00h29m27s
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Enquête : La pêche en mer , JA2 20H A2 - 11/06/1997 - 00h04m08s
 

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