Carto / analyse : où va la Baltique ?

Par Philippe Perchoc | 3 février 2008

Pour citer cet article : Philippe Perchoc, “Carto / analyse : où va la Baltique ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 3 février 2008, http://www.nouvelle-europe.eu/node/392, consulté le 30 mai 2017

Où va la Baltique ? Cette mer qui a divisé les Européens pendant cinquante ans de Guerre froide est devenue un formidable lieu de retrouvailles et d'échanges. Pourtant, cette croissance exponentielle du trafic menace son écosystème fragile. Regard cartographique sur la seule mer intérieure de l'Union.

Une mer vivante mais fragile

La mer Baltique est très singulière. Presque fermée, ses eaux ne peuvent se renouveller que tous les vingt ans, tant son ouverture sur l'océan est ténue. Cette relative fermeture explique sa salinité très faible, 10 grammes/litre, alors que la moyenne des mers est de 35 grammes/litre. Combinée à sa faible profondeur (56 mètres en moyenne contre 1000 à 4000 mètres pour la Méditerranée), la quasi-fermeture de la Baltique rend l'environnement marin particulièrement sensible aux pollutions et aux changements induits par l'augmentation du trafic.

Car la région baltique est le principal moteur de la croissance européenne : les pays qui la bordent connaissent une forte croissance économique, surtout depuis que la transition économique en Pologne et dans les pays baltes a créé un fort dynamisme.

L'effet des retrouvailles européennes

Jusque là, le développement de la région avait été entravé par un Rideau de fer qui n'avait pas rouillé pendant plus de 50 ans de Guerre froide, et ce malgré la proximité géographique et culturelle des deux camps. Il faut rappeler qu'Helsinki et Tallinn sont toute proches et que la télévision finlandaise était captée en Estonie, malgré les tentatives soviétiques de brouillage.

Cette croissance de la Baltique est avant tout l'effet de la marche à l'adhésion de la plupart de ses riverains depuis le milieu des années 1990.

D'un côté de la mer, les nouveaux Etats membres de l'UE ont des taux de croissance à faire pâlir les économies de l'Ouest : l'Estonie 5.5%; la Lettonie 6.2%; la Lituanie 6.8% et la Pologne 3.7%.

Sans compter une économie russe revigorée par la hausse du prix des hydrocarbures depuis le début des années 2000, avec 5.5% de croissance moyenne. Si la Russie n'a plus que 41 des 92 ports que l'URSS comptait sur la Baltique, elle n'en a pas moins fait transiter ses exportations (particulièrement d'hydrocarbures) par les ports des pays baltes avant d'investir le fruit de ses ventes, ces dernières années, dans la remise aux normes et le renforcement de ses propres infrastructures.

De l'autre côté de la Baltique, on trouve l'économie solide de l'Allemagne, ou des économiques nordiques appuyées sur la recherche et l'innovation, comme celles de la Suède ou de la Finlande.

Les premiers ont besoin d'investissements et les seconds de débouchés. Et un lien entre tous ses pays : la mer Baltique qui fut plusieurs siècles durant le moteur des échanges entre les pays de la Ligue Hanséatique, que tous les riverains de cette mer intérieure gardent à l'esprit.

Eutrophisation et explosion du trafic

La hausse des échanges a été tout simplement exponentielle ces dernières années, traversant une mer fragile et polluée.

La Baltique est en effet la proie du phénomène d'eutrophisation : la saturation en phosphore et en azote de la mer, causée par les rejets non-contrôlés de ses plus de 50 millions de riverains. Celle-ci est aggravée par la hausse des rejets agricoles liés à l'explosion des engrais. Alors que la Pologne et la Lituanie posaient jusqu'ici peu de problèmes, aux dires des experts, leur entrée dans une agriculture hyper-productive financée par la PAC devrait en faire de gros pollueurs de la Baltique dans les décennies à venir.

Une seconde source d'inquiétude est liée à un important stock d'armes chimiques de la Seconde Guerre mondiale. Selon l'Institut Finlandais de Recherche Marine, au moins 50 000 tonnes ont été déposées en mer Baltique à la fin du conflit. Ces dépôts sauvages aggravent encore les risques en cas de collision ou de naufrage en Baltique.

Or, la hausse du trafic constitue la menace la plus grave à l'écosystème de cette mer fragile. Comme le montre cette carte, celui-ci est déjà intense : il représente plus de 15% du trafic mondial total.

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Or il pourrait encore augmenter, sous l'effet conjugué de plusieurs facteurs :

> le fait que les échanges dans la région se font principalement par voie de mer : sur les 327 millions de tonnes de marchandises échangées en 2003, déjà plus de 178 millions l'avaient été par cargos.

> le second paramètre de cet échange est lié au trafic des hydrocarbures en Baltique. La Russie exporte de plus en plus alors que ses ports d'exports se retrouvent coincés au fond du Golfe de Finlande et ses cargos croisent en permanence, les uns derrière les autres, entre l'Estonie et la Finlande, créant de graves risques de catastrophe environnementale dans ce chenal étroit. Il faut dire que c'est cette partie de la Baltique qui a, selon Arnaud Serry, concentré l'essentiel de la hausse du trafic depuis le début des années 1990, malgré des conditions de navigation relativement défavorables : englacement tout au long de l'hiver et étroitesse du passage. Les ports de Saint Petersbourg et de Tallinn ont vu leur activité plus que quadrupler de 1989 à 2002.

Les solutions ne sont pas légion : malgré le projet de gazoduc baltique entre la Russie et l'Allemagne, la première continue à exporter vers ses clients extra-européens par la Baltique. Il faut néanmoins souligner que la Baltique serait la mer la mieux équipée du monde en cas de catastrophe pétrolière, même si toute l'efficacité des actions à rebours ne pourrait pas entraver le déséquilibre irrémédiable de cette mer fragile.

> un troisième facteur est la hausse continue du trafic des ferrys. Certains ont affirmé que leur succès était avant tout lié aux possibilités d'achat hors-taxe - qui de fait ne sont pas un élément négligeable - mais il faut néanmoins souligner que cette explosion du trafic est due au développement du tourisme et des échanges humains en général.

Les prévisions de développement du trafic sont au coeur de nombreux débats. On s'accorde néanmoins pour dire que celui-ci pourrait bondir de 45% d'ici 2010 et de 58% d'ici 2020. Dès lors, on comprend les inquiétudes des associations de défense de l'environnement.

Entre croissance et protection du milieu, l'avenir de la Baltique est aujourd'hui bien incertain alors que certains experts ont déjà prédit qu'elle viendrait rejoindre la liste des mers mortes comme l'Aral ou la Caspienne. Pourtant, les riverains sont de bonne volonté, comme la Russie, qui a récemment construit une immense station d'épuration pour filtrer les rejets de sa capitale du Nord. Espérons qu'une action énergique pourra contredire les Cassandres écologiques.

 

Pour aller plus loin

Sur Nouvelle Europe

À lire

  • Baltic Maritime, Outlook 2006, Goods flows and maritime infrastructure in the Baltic Sea Region, disponible sur le site de la Commission Européenne.

  • SERRY, A., Les ports de la Baltique orientale, Persistance des territoires et mutations in Courrier des Pays de l'Est, n°1048, 2005/2, pp. 40-50

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