L'école selon EMILE : apprendre les langues autrement

Par Virginie Lamotte | 11 décembre 2007

Pour citer cet article : Virginie Lamotte, “L'école selon EMILE : apprendre les langues autrement”, Nouvelle Europe [en ligne], Mardi 11 décembre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/367, consulté le 14 novembre 2018
emile_-_eurydice_couverturearticleL’enseignement des langues est très variable d’un pays à l’autre. Il dépend de la volonté des États de leur accorder plus ou moins de place dans les programmes scolaires. Un programme européen permet cependant de leur accorder davantage d’importance et de leur rendre un rôle qu’elles ont peu à peu perdu : l’appropriation de la diversité linguistique comme élément de l’identité commune européenne.

emile_-_eurydice_couverturearticleL’enseignement des langues est très variable d’un pays à l’autre. Il dépend de la volonté des États de leur accorder plus ou moins de place dans les programmes scolaires. Un programme européen permet cependant de leur accorder davantage d’importance et de leur rendre un rôle qu’elles ont peu à peu perdu : l’appropriation de la diversité linguistique comme élément de l’identité commune européenne. 

 
 
 
Vous avez dit EMILE ?

Ce que l’on appelle conceptuelelment en français l’Enseignement d’une Matière Intégrée à une Langue Étrangère (EMILE) est plus communément connu pour le grand public sous le nom d’enseignement bilingue ou de section/classe européenne. Il s’agit d’apprendre une langue par la pratique, en dehors de simple cours de langue, c’est-à-dire par l’intermédiaire d’une ou de plusieurs matières, à tous les niveaux du parcours scolaire. Ce sont ainsi des cours d’histoire donnés en allemand dans les classes européennes au collège ou au lycée en France. Mais cela peut être aussi des cours de mathématiques, d’économie ou de sciences donnés en anglais en Norvège.

 
En commençant l’éveil linguistique très tôt, comme en Espagne avec ses projets d’étendre de manière généralisée le début de l’apprentissage de la première langue étrangère dès l’âge de 3 ans, cela permet aux enfants d’être plus réceptifs aux différences linguistiques européennes. C’est pourquoi de nombreux pays développent de plus en plus tôt ces programmes d’enseignement bilingue.
EMILE vise avant tout à préparer les élèves à une société internationalisée en y intégrant les réalités d’une mobilité de plus en plus accrue tant au niveau des études que dans la vie professionnelle. Il souhaite également transmettre aux élèves des valeurs de tolérance et de respect vis-à-vis des autres cultures.

Cela apporte de surcroît l’avantage, pour les élèves ayant participé à ce type de programme, de pouvoir parfois partir étudier dans le pays de la langue cible d’enseignement sans avoir à apporter de justificatif de leur niveau de langue. C’est de cette façon que les élèves des lycées français à l’étranger peuvent venir étudier en France ; en Hongrie, les élèves qui ont passé au moins deux examens dans la langue cible obtiennent un certificat bilingue. Ce type de possibilités accroît considérablement les facilités de mobilité pour les étudiants en abaissant les lourdeurs d’une procédure de reconnaissance des compétences linguistiques.

État des lieux de l'enseignement des langues : faits et réalités

Certains pays n’ont pas attendu les recommandations européennes pour mettre en place des enseignements de type EMILE. Ainsi, le Luxembourg et Malte, pays tous deux plurilingues, ont intégré dès le XIXe siècle dans leurs programmes scolaires ces réalités linguistiques. Français et allemand sont ainsi langues conjointes de l’enseignement au Luxembourg et anglais et maltais sur l’île de Malte. D’autres États tels que la Pologne, l’Estonie, la Slovaquie ou le Royaume-Uni ont introduit petit à petit ces enseignements, guidés par les réalités plurilingues internes et la présence de langues régionales ou minoritaires. Cependant, l’anglais, le français et l’allemand sont les langues les plus prisées de ces programmes.

EMILE consiste en un enseignement conjoint de la langue nationale avec une langue étrangère, mais cela peut être aussi une combinaison entre des langues régionales ou minoritaires d’un État avec la langue officielle comme le suédois en Finlande ou le frison au Pays-Bas. Sept pays ont même décidé d’aller plus loin en proposant l’enseignement en trois langues combinant la langue nationale et deux langues étrangères (Espagne et Autriche) ou la langue nationale, une langue étrangère et une langue régionale ou minoritaire (Estonie, Lettonie, Luxembourg, Pays-Bas et Suède).

Les langues régionales ou minoritaires arrivent cependant à tirer leur épingle du jeu, le programme permettant une revitalisation rapide de la langue dans des zones qualifiées de haute mortalité linguistique : la réappropriation des langues sâmes par toute une génération, le frison aux Pays-Bas, ou le souabe en Allemagne.

Malheureusement, ces programmes ne profitent pas automatiquement aux langues des États limitrophes. Si l’on s’attend à avoir un développement de l’enseignement du polonais en Allemagne, ce n’est pas le cas. Partout où ce type de programme est expérimenté, l’anglais arrive largement en tête des propositions de langue enseignée, à l’est comme à l’ouest, au nord comme au sud. Par conséquent, au lieu de favoriser une meilleure intercompréhension linguistique entre pays voisins, EMILE continue de renforcer la prédominance de l’anglais dans l’enseignement des langues en Europe.

En effet, certains États ont vraiment développé cet enseignement bilingue avec un partage quasi égal entre la langue officielle et la langue étrangère, abandonnant ainsi certaines matières à cette dernière. C’est par conséquent la question de la langue nationale qui se trouve au coeur des débats. C’est un problème qui commence à être soulevé en Europe du Nord, notamment en Norvège, où les matières scientifiques sont parfois totalement enseignées en anglais. Les enfants ne s’approprient par conséquent pas ces vocabulaires thématiques dans leur langue maternelle et sont ainsi obligés de se retourner vers l’anglais. C’est un problème qui se poursuit dans l’enseignement supérieur où le développement de cursus intégralement en anglais, la publication de travaux de plus en plus fréquente dans la langue de Shakespeare amènent à un questionnement quant au renouvellement, à la modernisation des langues nationales.

Et l’Europe dans tout ça ?

Depuis le commencement de ses initiatives au milieu des années 1990, l’Europe a multiplié ses encouragements, plans d’action, recommandations vers un plus grand développement des programmes et projets de type EMILE. EMILE s’est ainsi trouvé inclus dans la deuxième phase du programme SOCRATES (2000-2006), favorisant le développement de telles actions d’enseignement.

Les initiatives de type EMILE se sont aussi retrouvée dans le programme COMENIUS, encourageant la mobilité des enseignants souhaitant enseigner leur discipline dans une langue étrangère. Enfin, le programme ERASMUS peut accorder certains financements afin que certains cours, dans une optique pluridisciplinaire, soient donnés en langue étrangère.

C’est en 2002 que l’Union européenne se décide à s’investir plus directement dans la promotion de l’apprentissage des langues étrangères. Le Conseil européen de Barcelone préconise ainsi aux États membres l’enseignement de deux langues étrangères en plus de la langue maternelle, et ce dès le plus jeune âge et des dispositions doivent en outre être prises afin que cet apprentissage soit possible tout au long de la vie.

Beaucoup de pays ont initié des projets pilotes afin de renforcer la place d’EMILE dans leur offre d’enseignement. Cela peut concerner un développement au niveau pré-primaire comme en Belgique, en Espagne ou en Slovaquie ; la revitalisation d’une langue régionale comme aux Pays-Bas ou la mise en place d’un projet trilingue comme en Lituanie.

Même si l’Union européenne n’a pas de compétences exclusives en matière d’éducation et de culture, elle n’en a pas moins une voix qui lui permet de coordonner ces actions innovantes, de contribuer aux échanges entre les États membres, de même qu’aux États associés à cette initiative, comme l’Islande et la Norvège. EMILE est une méthode moins pragmatique et surtout plus réaliste de l’enseignement des langues en Europe, dont chaque enfant devrait pouvoir bénéficier dans sa scolarité. En éveillant à la diversité culturelle européenne, il représente également un autre moyen pour (re)découvrir l'Europe à l'école.

 

Pour en savoir plus : 

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Sur Nouvelle Europe  
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Cartographie: parlez vous les langues? 
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La politique linguistique des institutions européennes
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Une centaine de langues en Europe : la situation des langues minoritaires
 
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Ailleurs sur Internet 
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Portail de la Commission européenne, Direction Générale Éducation et Formation (en français, anglais et allemand)
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 Site d'Eurydice, le réseau d’information sur l’éducation en Europe (en français, anglais et allemand)
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Le site Emilangues, le portail français du programme EMILE
   
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A lire 
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Un document publié par l’unité européenne d’Eurydice, le réseau d’information sur l’éducation en Europe, avec le financement de la Commission européenne (Direction générale de l’éducation et de la culture)  : L’enseignement d’une matière intégré à une langue étrangère (EMILE) à l’école en Europe.
source image : couverture du document d'Eurydice sur le programme EMILE 

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