Fiche pays : la Lituanie

Par Antoine Lanthony | 31 décembre 2007

Pour citer cet article : Antoine Lanthony, “Fiche pays : la Lituanie”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 31 décembre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/345, consulté le 17 juillet 2019

drapeau_lituaniePremier pays à avoir déclaré son indépendance vis-à-vis de l'Union soviétique, la Lituanie est souvent connue à travers son sport fétiche : le basket-ball. Retour sur l'histoire du plus méridional des pays baltes.

drapeau_lituaniePremier pays à avoir déclaré son indépendance vis-à-vis de l'Union soviétique, la Lituanie est souvent connue à travers son sport fétiche : le basket-ball. Retour sur l'histoire du plus méridional des pays baltes.

carte_lituanie

Photos de la Lituanie sur Nouvelle Europe

Toute l'actu de la Lituanie sur Nouvelle Europe
{play}lithuaniahymn.mp3{/play}L'hymne lituanien  

Les origines

Le territoire de l’actuelle Lituanie a été peuplé par des tribus indo-européennes plusieurs millénaires avant Jésus Christ. Les Lituaniens formaient l’une des plus importantes tribus baltes à s’être implantées sur ce territoire.

Le Grand Duché de Lituanie

Au XIIIe siècle, plusieurs peuples baltes se rassemblent sous les ordres de Mindaugas pour résister aux Lives et aux Chevaliers teutoniques. Les Lituaniens, qui avaient commencé à s’unir au siècle précédent, conquièrent alors leur liberté, notamment par un accord avec les Chevaliers teutoniques alors présents plus au nord.

Sous les règnes successifs de Mindaugas, Vytenis, Gediminas et Vytautas le Grand, le Grand Duché de Lituanie s’étend jusqu’aux rives de la mer Noire à son apogée, en 1430, incluant des villes comme Minsk, Brest ou Kiev. Néanmoins, les Lituaniens sont à cette époque toujours aux prises avec les Chevaliers teutoniques, qu’ils défont lourdement en 1410 avec le concours des forces russes.

A la fin du XIVe siècle et au début du XVe siècle, Pologne et Lituanie partagent le même roi, mais restent des entités politiques distinctes. Cependant, la christianisation de la Lituanie est en marche, tandis que la montée en puissance de la Russie menace la Lituanie. Celle-ci recule, perd des territoires, et est contrainte à l’alliance avec la Pologne, entérinée par le Traité de Lublin en 1569, qui scelle l’incorporation à la Pologne, en lieu et place de l’union polono-lituanienne en vigueur depuis 1386.

Dominations polonaise et russe

Alors que la vie intellectuelle lituanienne était très développée, une polonisation se met en place à travers la langue polonaise. De plus, la République des Deux Nations ou Rzeczpospolita (en polonais), bien que reconnaissant officiellement les mêmes droits à ses deux composantes, est de fait dominée par les Polonais.

L’apogée de la République est atteinte durant la première moitié du XVIIe siècle. Ensuite, jusqu’en 1795 et sa mort, son territoire ne cessera de reculer et de se morceler, au profit d’une influence russe grandissante sur des terres aujourd’hui ukrainiennes et biélorusses.

En 1795, la Lituanie est annexée par la Russie et la russification succède à la polonisation. La résistance à la russification s’y effectue alors par les soulèvements brutaux de 1830-1831 et 1863-1864, mais aussi par la langue et la littérature populaire, le lituanien étant davantage la langue des masses pauvres, tandis que le polonais et le russe étaient les langues des élites.

D’une guerre mondiale à l’autre

Envahie par l’armée allemande pendant la Première Guerre mondiale, la Lituanie redevient indépendante après la guerre, avec Kaunas pour capitale temporaire, Vilnius étant sous contrôle polonais suite à la guerre polono-soviétique.

Engagée sur une voie démocratique de 1922 à 1926, la Lituanie est victime d’un coup d’État mené par le tandem nationaliste Augustinas Voldemaras – Antanas Smetona qui gouverne jusqu’à l’arrivée des Soviétiques. Négociant la cession de Klaïpeda aux Nazis en 1939, les Lituaniens refusent d’attaquer la Pologne. Ils sont alors eux aussi victimes du pacte germano-soviétique et se retrouvent en zone d’influence soviétique alors qu’il était initialement prévu qu’ils se trouvent en zone d’influence allemande.

Comme dans les deux autres pays baltes, les troupes soviétiques pénètrent en Lituanie en 1940, le pays est annexé et rattaché à l’Union soviétique par un Parlement fraichement élu et aux ordres de Moscou.

Réoccupée par l’Allemagne nazie en 1941, la Lituanie est l’un des théâtres les plus sanglants de l’Holocauste. En effet, certains Juifs polonais avaient cru y trouver refuge. Moins de 10 % des 250 000 Juifs présents sur le territoire lituanien en 1941 survivent, ce qui anéantit presque totalement la culture litvake de la Jérusalem du nord (nom donné à Vilnius) et de sa région.

En 1944, l’Armée rouge occupe à nouveau la Lituanie.

De nombreux groupes de Lituaniens ont combattu : certains aux côtés des Nazis, certains aux côtés ou prônant un rattachement à l’Union soviétique, tandis que d’autres combattaient en espérant une hypothétique reconquête de Vilnius par les Polonais.

La Lituanie soviétique

Dès le retour de l’armée soviétique en 1944, les répressions et les déportations à destination de Sibérie reprennent. Le nombre de personnes déportées pour les périodes 1940-1941 et 1945-1952 s’élève à 132 000. Jusqu’à la fin des années 1950, les « frères de la forêt » continuent la lutte clandestine contre l’occupant soviétique, à l’instar des deux autres pays baltes ou de l’ouest de l’Ukraine.

Pays rural, la Lituanie connaît une industrialisation durant la période soviétique. Cette remise sur pied de l’économie du pays s’opère en parallèle d’une nouvelle russification, notamment par l’afflux de main d’œuvre russe. Elle est cependant moins importante qu’en Lettonie et Estonie. La Lituanie devient avec la Biélorussie et ses voisines baltes l’une des républiques soviétiques les plus industrielles et les plus riches, elle profite de plus de sa position privilégiée sur la mer Baltique.

Néanmoins, à la reconstruction, à l’urbanisation, à la hausse de l’instruction et du niveau de vie des années 1950 et 1960 succède la stagnation des années 1970 et 1980. La perestroïka lancée par Mikhaïl Gorbatchev est alors pleinement utilisée par les nationalistes Lituaniens. Premier acteurs de la « Révolution chantante », ils créent le mouvement pour l’indépendance Sajudis (emmené par Vytautas Landsbergis) en 1988, qui permet l’élection à la tête du Parti communiste lituanien d’un homme réputé favorable à une émancipation par rapport à Moscou : Algirdas Brazauskas.

Vers l'indépendance

Le 23 août 1989, en souvenir du 50e anniversaire du pacte germano-soviétique, la « voie balte », une chaîne humaine de 600 kilomètres entre Tallinn, Riga et Vilnius est formée pour attirer l'attention internationale sur le droit des pays baltes à la souveraineté.

Lors des élections pour le renouvellement du Soviet suprême lituanien de mars 1990, les indépendantistes de Sajudis obtiennent un triomphe et proclament la restauration de l’indépendance le 11 mars 1990, Vytautas Landsbergis devenant le nouveau chef d’Etat.

La réaction de Moscou s'est dans un premier temps limitée à des sanctions économiques, avant de déraper dans le sang en janvier 1991, avec l’attaque de la tour de télévision de Vilnius, dont le bilan s’élève à 14 morts civils.

L’indépendance est ensuite approuvée par référendum à hauteur de 90 % des votants, et après le coup d'État manqué d'août 1991 à Moscou, elle est reconnue par la Russie en septembre de la même année. Le pays retrouve très rapidement sa place sur la scène internationale avec admission à l'ONU et à l’OSCE en 1991.

Au niveau interne, au contraire des deux autres pays baltes, la citoyenneté est accordée à toutes les personnes résidant sur le sol lituanien le 1er décembre 1991. Cette « option zéro », facilitée aux yeux des dirigeants locaux par une population plus homogène, a d’emblée ôté une épine du pied à la Lituanie dans ses relations avec la Russie.

Le pays s’est en outre signalé en élisant un ancien responsable communiste à sa tête très rapidement (Algirdas Brazauskas en 1992), ainsi qu’un ancien haut fonctionnaire américain républicain quelques années plus tard (Valdas Adamkus en 1998, à nouveau élu en 2004).

 

La Lituanie a par la suite suivi le même chemin que ses homologues baltes, se rapprochant des structures euro-atlantiques UE et OTAN, avant de les intégrer en 2004. En 2003, l'adhésion à l'UE avait été approuvée par référendum avec un score de 69 %.

 

Il est en outre intéressant de noter que, malgré les élections de figures politiques avec des orientations politico-sociales différentes dans les années 1990, puis une grave crise politique en 2003-2004 (ayant mené à la destitution du président Rolandas Paksas et à la seconde élection de Valdas Adamkus), les grands objectifs internationaux de la Lituanie qu'étaient les adhésions à l'UE et à l'OTAN n'ont jamais été remis en cause ou retardés.

Données politiques
Capitale : Vilnius
Régime politique : Démocratie parlementaire
Membre de l'Union européenne depuis : mai 2004
Président de la République : Valdas ADAMKUS (depuis juillet 2004)
Premier ministre : Gediminas KIRKILAS (depuis juillet 2006)
 
Données socio- démographiques (2006)
 
Population : 3 408 (en milliers)
IDH : 0,857
Espérance de vie : 73
Taux de fécondité : 1,26
 
Données économiques (2006)
 
PIB : 54 857 (millions de $)
PIB/hab : 15 858 $
Taux de croissance : 7,5 %
Inflation : 3,8 %
Chômage : 5,3 %
Monnaie : litas (LTL)
 
Quelques articles sur Nouvelle Europe pour aller plus loin
 
 
Ailleurs sur Internet
 
Présidence de la république de Lituanie
Institut lituanien
 
A lire
CHAMPENNOIS, S. & de LABRIOLLE, F., Dictionnaire historique de la Lituanie, Armeline, 2001
 
   

Ajouter un commentaire