Fiche pays : la Moldavie

Par Marine Michault | 31 décembre 2007

Pour citer cet article : Marine Michault, “Fiche pays : la Moldavie”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 31 décembre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/339, consulté le 15 décembre 2018

md-flag.gifLa Moldavie, état indépendant enclavé entre l'Ukraine et la Roumanie, devenu le pays le plus pauvre d’Europe, est encore en transition : poursuivant sa voie vers une économie de marché, elle reste une plaque tournante pour les activités mafieuses. Très liée à la Roumanie, la Moldavie a développé des relations ambiguës avec la Russie dont elle reste dépendante énergétiquement, mais se tourne de plus en plus vers l’Union européenne.

md-flag.gifLa Moldavie, état indépendant enclavé entre l'Ukraine et la Roumanie, devenu le pays le plus pauvre d’Europe, est encore en transition: poursuivant sa voie vers une économie de marché, elle reste une plaque tournante pour les activités mafieuses. Très liée à la Roumanie, la Moldavie a développé des relations ambiguës avec la Russie dont elle reste dépendante énergétiquement, mais se tourne de plus en plus vers l’Union européenne.

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L'hymne moldave  

Les origines

La Moldavie a toujours représenté une zone stratégique, carrefour entre de nombreux empires (romain, puis byzantin, polono-lituanien, russe et ottoman), et entre deux mondes (latin et slave), qui n'ont cessé de se disputer ce territoire, notamment depuis le XVIIe siècle. Le territoire actuel de la Moldavie a marqué l'extrême limite des conquêtes de Trajan en Dacie au début du IIe siècle de notre ère. Après le retrait de l'armée romaine au-delà du Danube à la fin du IIIe siècle, la population autochtone a été affectée par plusieurs vagues migratoires (Sarmates, Vandales, Goths, Huns, Avares, etc.). Mais elle s'était convertie au christianisme et avait adopté le latin. Au Ve siècle, les Slaves s'y établirent. Ces migrations se sont unifiées en une seule culture au cours du Haut Moyen-Age, les indigènes conservant leur ancien nom de Ro(u)mains.

Le Moyen Age

A partir du Xe siècle, des principautés et des voïvodats apparaissent dans l'ancienne Dacie, de religion chrétienne orthodoxe et de langue daco-roumaine. A l'est des Carpates se forme au XIVe siècle un nouvel État, la Principauté de Moldavie, qui recouvre l'actuelle République de Moldavie et la province roumaine du même nom, grâce à Bogdan Ier, le premier prince indépendant, et à Alexandre le Bon (1400-1432). Ses frontières naturelles sont alors le Danube et la mer Noire au sud, le Dniestr à l'est, la Pologne au nord. Cet Etat se consolide sous le règne d'Etienne le Grand dans la deuxième moitié du XVe siècle, où il atteint son apogée économique, politique et culturelle, et fait front aux envahisseurs hongrois, polonais, tatars et turcs.

Epoque moderne

Au XVIe siècle, la Moldavie accepte la suzeraineté ottomane tout en conservant son autonomie. A la fin du XVIIIe siècle, l'Autriche annexe la partie de la Moldavie nommée ultérieurement Bucovine, berceau de l'Etat Moldave. A l'issue des guerres russo-turques entre la fin du XVIIIe siècle et 1812, la Bessarabie (actuelle République de Moldavie) est annexée à l'Empire russe, mais va temporairement revenir sous contrôle de la Principauté de Moldavie entre 1856 et 1878. La région est alors secouée par de grands redécoupages, puisqu'en 1859, la Principauté de Moldavie et la Principauté de Valachie s'unissent pour former la Roumanie.

Avant 1945

Le 2 décembre 1917, la Bessarabie devient indépendante, et prend le nom de République Démocratique de Moldavie ; son Parlement vote le 27 mars 1918 l'union de la Moldavie avec la Roumanie. En réaction, et voulant exporter la révolution russe vers l'Ouest, le Gouvernement soviétique crée en octobre 1924 sur la rive gauche du Dniestr (Transnistrie), la République autonome soviétique socialiste de Moldavie, censée justifier les prétentions territoriales soviétiques à l'égard de l'ensemble de la Bessarabie. Dès sa création, les Roumains sont minoritaires sur ce territoire (30%, contre 70% de Slaves).

En juin 1940, en application des dispositions secrètes du pacte Molotov/Ribbentrop, l'Union Soviétique exige de la Roumanie la rétrocession de la Bessarabie et de la Bucovine du Nord. Les territoires du sud, débouchés sur la Mer Noire, sont cédés à la RSS d'Ukraine. De 1941 à 1944, le pays est occupé par les armées roumaine et allemande : plusieurs centaines de milliers de personnes sont déportées (principalement des Juifs et des Roms), notamment vers la Transnistrie.

Depuis 1945

La reprise de contrôle du territoire par l'Armée Rouge en 1944 marque le retour du régime soviétique dans une République qui aurait perdu 1/3 de sa population entre 1940 et 1950 : déportations de masse, collectivisation forcée des terres agricoles et soviétisation accélérée de la société. L'industrialisation de la Moldavie dans les années 1960-80 entraîne une forte immigration russe et ukrainienne, qui accentue son caractère pluriethnique, au détriment des Moldaves : en 1978, 86 % des dirigeants de la République sont des non-Roumains. L'alphabet cyrillique est rendu obligatoire pour écrire le moldave (nouveau mot pour désigner le roumain), dans le but de rompre les liens historiques entre Moldaves et Roumains.

Les Moldaves d'origine roumaine profitent ainsi de la Perestroïka pour revendiquer la reconnaissance de leur identité, exigent de revenir à l'alphabet latin, et font du roumain une langue officielle avec le russe.

La Moldavie indépendante

Le 27 août 1991, au lendemain du putsch de Moscou, la Moldavie déclare son indépendance dans les frontières délimitées en 1940. Le pays va désormais devoir composer avec deux territoires profondément différents : la partie « roumaine » à l'ouest et la partie « soviétique », à l'est (la Transnistrie). Les Moldaves roumanophones constituent désormais les 2/3 de la population, ceux d'origine slave le tiers restant.

A une période de récession économique s'ajoute ainsi une situation politique plus qu'instable. La Moldavie va en effet devoir faire face, dès son indépendance, aux sécessions de la Gagaouzie, sa province turcophone (question rapidement réglée), et surtout celle de la Transnistrie, qui refuse la perspective d'une réunification avec la Roumanie et demande d'être rattachée à la Russie. La situation débouche en 1992 sur des affrontements armés auxquels le général Lebed, alors commandant de la 14e armée russe venue en « maintien de la paix », met fin. Un armistice est signé au mois de juillet 1992 et des négociations, jusqu'à présent infructueuses, sont engagées pour définir le statut de la Transnistrie. L'enjeu est de taille : 80% des industries du pays sont implantées dans la région rebelle.

Le reste du pays souffre d'une extrême spécialisation dans l'agriculture (il alimentait le marché soviétique en céréales, vignes et fruits notamment), qui fragilise sa situation économique avec l'effondrement du grand marché que formait l'URSS. Par ailleurs, la Moldavie indépendante est dépendante de la Russie pour son approvisionnement énergétique, et des pays voisins (Ukraine, Roumanie) pour assurer ses échanges commerciaux. La Moldavie a depuis 2006 le PIB le plus bas d'Europe, et une économie souterraine galopante. Environ 1/4 de la population active aurait émigré.

En février 1994, les premières élections multipartites de la Moldavie post-soviétique conduisent à l'élection d'un Parlement dominé par le parti démocratique agraire. Celui-ci ratifie la nouvelle Constitution et engage un programme de réformes macroéconomiques qui permet de réduire fortement l'inflation et de stabiliser la monnaie mais les réformes structurelles tardent à être mises en place. Un référendum montre le rejet par la population d'une union du pays avec la Roumanie.

La Moldavie cherche alors à marquer clairement son attachement au camp européen : en mars 1994, elle signe le partenariat pour la paix avec l'OTAN, et en novembre de la même année, un accord de coopération économique avec l'Union européenne. En juin 1995, elle adhère au Conseil de l'Europe, et, en 2001, au pacte de stabilité pour l'Europe du sud-est.

Depuis le 4 avril 2001, le chef de l'Etat est le communiste Vladimir Voronine ; il a été réélu en 2005. D'abord favorable à un rapprochement de son pays avec la Russie, il a depuis 2003 mis le cap vers l'Union européenne et l'OTAN, qui serait selon lui la meilleure solution pour parvenir à un règlement du problème de la Transnistrie qui soit favorable à la Moldavie. Il entend ainsi défendre avant tout une Moldavie indépendante, ni Russe ni Roumaine. Il a reçu le soutien de la Géorgie et de l'Ukraine.

Depuis l'adhésion de la Roumanie, la Moldavie est un pays frontière de l'UE. Les autorités européennes ont pris conscience de la nécessiter de s'impliquer davantage dans la stabilisation de ce pays. Dans le cadre de la politique de voisinage, l'UE a signé avec la Moldavie en 2005 un plan d'action, afin de renforcer la lutte anti corruption ainsi que la stabilité des institutions et de l'Etat de droit, de développer les infrastructures du pays, et de trouver un réglement au problème de la Transnistrie. L'UE a également envoyé une mission de surveillance de la frontière ukraino-moldave pour tenter de juguler les activités mafieuses de Transnistrie, où des troupes russes sont toujours présentes. A l'heure actuelle, aucun calendrier d'adhésion n'a été établi.

 

Données politiques

Capitale : Chisinau

Régime politique : Démocratie parlementaire

Etat Non Membre de l'Union européenne
Président de la République : Vladimir Voronin (depuis avril 2001)
Premier Ministre : Vasile Tarlev (depuis avril 2001 - démissionnaire)
 
Données socio- démographiques (2006)
 
Population : 3 833 (en milliers)
IDH : 0,694
Espérance de vie : 68,9 ans
Taux de fécondité : 1,4
 
Données économiques (2006)
 
PIB : 9 543 millions $
PIB/hab : 2 818 $
Taux de croissance : 4%
Inflation : 12,7%
Chômage : 7,3%
Monnaie : leu (RON)
 
Quelques liens sur Nouvelle Europe pour aller plus loin
 
  • Quand la Russie reprend ses marques en Europe centrale : l'exemple de la Transnistrie
 
Quelques liens pour aller plus loin
 
Site du portail francophone de la Moldavie
Site officiel du gouvernement moldave
Site sur la question linguistique en Moldavie
 
A lire
 
PARMENTIER F., La Moldavie à la croisée des chemins, Editoo.com, 2006
   

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