L'Europe mène-t-elle une géopolitique des mers ?

Par Philippe Perchoc | 3 mai 2008

  

Trois mers et un voisinage

En faisant un tour d'horizon des relations maritimes de l'Europe, on se rend compte que la majorité des Etats inclus dans la Politique Européenne de Voisinage sont avant tout riverains d'une mer commune avec l'UE.

D'un côté, la Russie partage deux mers avec l'UE, la mer Baltique, dont elle est le seul riverain non membre des instances communautaires à travers deux fenêtres (Saint-Petersbourg et Kaliningrad), et la mer Noire, dont deux Etats membres sont aussi riverains (la Bulgarie et la Roumanie).

Remarquons que la Finlande, l'Estonie et la Lettonie sont les seuls Etats membres à avoir une frontière terrestre avec la Russie. La Finlande, l'Estonie, la Bulgarie, la Roumanie ont des frontières maritimes avec la Russie et globalement, on peut dire que cette dernière est un grand voisin marin de l'UE.

D'un autre côté, la mer Méditerranée est largement une frontière européenne : seules l'Espagne, la Grèce et la Bulgarie connaissent une frontière terrestre avec un Etat du processus de Barcelone (le Maroc pour la première, la Turquie pour les deux secondes).

On peut donc en conclure que les frontières européennes sont largement maritimes et que cette spécificité européenne joue sûrement dans la manière dont l'Union gère ses rapports avec ses voisins.

Des enjeux maritimes contrastés

Ces mers ne sont pas que des frontières, elles sont aussi autant de liens entre l'UE et son environnement régional et cette dimension porte en elle plusieurs enjeux - différents selon les mers.

Les enjeux en Baltique et en mer Noire semble relativement similaires : ils recouvrent une dimension stratégique - les relations euro-russes -, une dimension environnementale et une dimension énergétique. Ces aspects sont largement illustrés dans le présent dossier.

Les enjeux en mer Méditerranée sont différents : la dimension sécuritaire y est beaucoup plus prégante depuis 2001, notamment à travers les nécessités de la lutte contre le terrorisme d'une part, et à travers la gestion des flux migratoires d'autre part.

Face à ces défis, les réponses européennes ont été multiples. En mer Baltique comme en mer Noire, les initiatives régionales ont avant tout été le fait des Etats membres. Les différentes organisations mises en place, comme le Conseil des Etats de la Mer Baltique ont été pensées avant tout comme des forum de résolution des problèmes communs sur un mode intergouvernemental. Cette dernière précision est importante compte-tenu du poids de la Russie. Dans ces coopérations, la Commission européenne a joué un rôle assez secondaire, mais a su mettre à disposition des acteurs les moyens financiers de réaliser les projets sur lesquels ils se mettaient d'accord.

En Méditerranée, les choses sont différentes. Le processus de Barcelone, et maintenant l'Union pour la Méditerranée, sont avant tout des instruments communautaires, mêmes promus par certains membres plutôt que d'autres.

Peut-on donc parler de géopolitique des mers pour l'Europe ? Oui et non. Elle y est obligée par la configuration géographique, mais les réponses qu'elle apporte sont loins d'être uniformes.

Ce mois-ci dans le dossier :

Illustration : Flickr >"Welcome to Europe " par ChromaticOrb

 

 

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