La France est-elle de retour en Europe (de l'Est) ?

Par Philippe Perchoc | 6 juin 2008

  

Au temps de l'arrogance ...

Souvent, les personnalités politiques de la Nouvelle Europe rappellent que la France n'a été rien moins que maladroite dans les Balkans comme en Europe centrale depuis la chute du Mur de Berlin. Méconnaissance et un peu d'arrogance sont les maux les plus couramment diagnostiqués.

Tout d'abord, il y eut une période de relative indifférence française.

Les déclarations du Président Chirac, à la veille de l'adhésion de dix nouveaux Etats membres à l'UE, sont restées dans toutes les mémoires. Il faut dire que la déclaration de Vilnius, par laquelle huit Etats d'Europe centrale et orientale, apportaient leur soutien à la guerre américaine en Iraq. Ce fut alors un véritable choc des cultures entre la France, partisane de la légalité internationale et les anciens satellites de l'URSS dont la souffrance avait été passée sous silence pendant cinquante ans au nom même de cette légalité internationale.

Pourtant, l'influence française, si elle est plus discrète que l'attraction allemande ou que le tropisme anglo-saxon, n'en est pas moins importante. De nombreux leaders européens de l'Est aiment la France, parlent sa langue et attendent plus de Paris. Pensons à Bronislaw Geremek, ancien leader du mouvement Solidarnosc et ancien Ministre polonais des Affaires étrangères, ou à Vaira Vike Freiberga, ancienne présidente de Lettonie qui parlent tous les deux fort bien la langue de Molière.

Opération séduction

Depuis un an, la France s'essaie à une opération de (re-)conquète de ses partenaires européens de l'Est. Jean-Pierre Jouyet, le Ministre des Affaires européennes, semble optimiste quant aux résultats de cette stratégie. Il me confiait à Lille le 7 mai 2008 :

"Je pense que la perception de la France dans les pays est nettement meilleure que ce qu’elle a été et c’est un des grands changements depuis un an. J’ai pour ma part visité les 26 partenaires de l’Union européenne. Je suis allé dans tous les pays d’Europe centrale et orientale et dans les Etats baltes. Je crois pouvoir dire que ces pays sont parfaitement accoutumés à l’UE, qu’ils jouent parfaitement le jeu, qu’ils ont compris les avantages qu’ils y avaient sur le plan européen et qu’ils voient bien quelle valeur ajoutée peut avoir la France, notamment dans le domaine énergétique, notamment ce qui concerne la politique agricole, notamment dans le fait qu’il faut plus de solidarité, qu’il faut plus de partage. Nous sommes également prêt à libéraliser un certain nombre de secteurs pour faire en sorte que les salariés de ces pays profitent pleinement des avantages de l’Europe en terme d’emploi et que le syndrome du plombier polonais a disparu : ce n’est pas le moindre des mérites de cette dernière année. "

La France a d'ailleurs signé un certain nombre de "partenariats stratégiques" avec des Etats d'Europe centrale et orientale, tournés vers les questions de l'énergie et de l'agriculture.

Pourtant, tous les Etats ne semblent pas logés à la même enseigne, comme l'ambassadeur de Slovénie le souligne dans ce dossier : alors que le Président s'était engagé à ce que lui ou son Premier ministre se rende dans chacune des 26 capitales européennes, la Slovénie - pourtant pays qui préside actuellement l'UE-, la Slovaquie, la Lituanie et l'Irlande ne seront pas visitées. La pilule semble difficile à avaler à Vilnius ...

Le chemin de la reconquète des coeurs sera sûrement long, comme le souligne Bronislaw Geremek à qui je posais la question, mais elle sera sûrement longue :

"Je crois que la France aussi doit être consciente que ces moments d’arrogance à l’égard des pays de l’Est ont laissé des traces, mais pas des blessures. Mais la France est en train de récupérer sa place primordiale dans l’œuvre de l’intégration européenne. Car pour cela, ce n’est pas le problème de l’économie, ou de l’armée, c’est aussi le problème de la volonté et de l’attachement a l’idée européenne. La France maintenant me semble, après l’expérience de l’initiative franco-allemande du traité de Lisbonne, jouer le rôle que l’Europe attendait d’elle".

Il faut pourtant que la France n'oublie aucun de ses partenaires pour ne pas les froisser tous ...

Ce mois-ci dans notre dossier :

Crédits photo: Flick'r>Présidents des matriochkas par Europhilou

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