Les nostalgies du communisme

Par Philippe Perchoc | 30 novembre 2009

  

Papa, c'était mieux avant ?

"La nostalgie, c'est le désir d'on ne sait quoi" disait Saint-Exupéry. Les médias et la radio, 20 ans après la Chute du Mur, nous vantent "le retour de la Trabant", envoient des reporters spéciaux à Vilnius pour passer une journée dans un camps soviétique reconstitué. On nous "vend" ainsi la nostalgie d'un système que nous n'avons pas connu, avec un zeste de supériorité ouest-européenne dont nous avons le secret.

Pourtant, personne, hormis quelques anciens caciques du Parti, n'a la nostalgie des trois prisons soviétiques : la petite prison (les prisons du régime), la grande prison (l'URSS) ou la prison à ciel ouvert (le Goulag). Car, rappelons-le encore une fois, ce système bâtit pour l'homme a mangé ses propres enfants comme Chronos et avec le temps qui passe nous l'oublions peu à peu. Les oeuvres de Soljénitsyne ne sont pas avant tout des écrits universels, mais le chant funèbre d'un peuple broyé par son utopie. 

Il est donc globalement difficile de soutenir que c'était mieux avant au niveau collectif. Au niveau individuel, la donne est différente : les laissés pour compte de la transition peuvent légitimement être nostalgiques. La nostalgie relève ici de deux mécanismes, d'un côté la "nostalgie véritable", de l'autre une critique du temps présent.

Des nostalgies plurielles

La nostalgie est humaine, corolaire de l'oubli et de la mémoire sélective des individus et des collectivités. Chacun connaît ce sentiment, même s'il a grandi dans un système répressif, puisque cette nostalgie est avant tout nostalgie d'une jeunesse révolue, de l'enfance, de l'adolescence, le souvenir de ceux qui sont partis.

On le voit bien : les dessins animés soviétiques ont retrouvé leur audience, ainsi qu'un grand nombre des objets du quotidien. Il ne faut pourtant pas confondre ce regain de popularité avec une réhabilitation de la répression !

Pour ceux qui avaient 20 ans en 1989-1991, c'est toute leur adolescence qui s'est déroulée dans un autre système, mais ce système, ils ont peu eu l'occasion de s'y frotter. Cette nostalgie est donc avant tout celle des souvenirs de l'enfance. 

Ceux qui avaient déjà construit leur vie en 1989 ont été les gagnants ou les perdants de la transition, contrairement à la génération suivante pour laquelle s'ouvrait un espace totalement nouveau. Pour ceux qui se sont adaptés facilement, la nostalgie est absente ; pour les autres, elle est avant tout une critique du temps présent. Le système socialiste fournissait emploi, santé et éducation pour tous. Or, la transition a totalement bouleversé le paysage social, ils se sont retrouvés abandonnés dans un pays étranger. L'ancien système a donc eu peu à peu le goût de la patrie d'origine, d'un lieu prévisible. Mais ce sentiment est avant tout individuel. 

Promesses non tenues

Au final, ces nostalgies individuelles questionnent nos promesses non tenues. Le formidable souffle de 1989 s'est vite transformé en tempête, détruisant tout sur son passage pour ne laisser d'une chose, la liberté. Mais l'Europe de l'Ouest a souvent perçu sa soeur de l'Est plus comme une opportunité économique que comme un devoir fraternel. 

Pour tous les perdants de la transition, les retraités sans pension, pour tous ceux qui se sentent étranger dans des républiques qui ne sont plus "populaires", pour tous ceux-là l'Europe devrait être une nouvelle patrie. Alors que s'ouvre l'année européenne de lutte contre la pauvreté et l'exclusion en 2010, gardons-les à l'esprit.

Vingt ans plus tard, il est encore temps de tenir nos promesses, de réunifier le continent, de tendre la main au-delà de l'espace Schengen. 

Ce mois-ci dans notre dossier :

  •  À la recherche de la RDA perdue
  •  Prague : retour vers le passé ?
  •  Le bon vieux temps des blagues communistes
  •  Le Vita-Cola, pierre angulaire de l’Ostalgie ?

 

Ajouter un commentaire

HTML filtré

  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.