Miljöpartiet de Gröna : un parti vert atypique

Par Antoine Lanthony | 28 janvier 2007

Pour citer cet article : Antoine Lanthony, “Miljöpartiet de Gröna : un parti vert atypique”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 28 janvier 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/103, consulté le 22 octobre 2019

arc_en_cielLe Miljöpartiet de Gröna est le parti vert suédois. Fondé en 1981, émergeant du mouvement d’opposition à l’énergie nucléaire (suite au référendum de 1980 sur ce thème), se développant dans un pays pionner au niveau environnemental, ses positions au niveau continental suscitent parfois l’incompréhension de ses collègues verts. Voici l’occasion de comprendre pourquoi.

On peut résolument classer le Miljöpartiet de Gröna à gauche sur l’échiquier politique suédois. Il occupe actuellement 19 sièges sur 349 au Riksdag (5,4 % des voix aux dernières élections législatives), le Parlement suédois, et a déjà participé à l’exercice du pouvoir (dans une large coalition de gauche). Néanmoins, sa rerésentativité semble en recul, ses derniers résultats électoraux, tant aux élections législatives qu'aux élections européennes, étant en régression. Ses deux porte-paroles actuels (le parti n’a pas de direction au sens formel) sont Peter Eriksson et Maria Wetterstrand.

Le parti vert suédois est membre du parti Vert européen, et est, comme ses confrères européens, attaché aux grandes valeurs que sont la solidarité, le respect de l’homme et de l’environnement, la démocratie, la lutte contre les discriminations. Mais, et c’est là sa singularité, il est totalement opposé à l’appartenance de la Suède à l’Union européenne. Nous allons exposer ici les raisons de cette opposition radicale.

L’un des thèmes forts de ce parti est la démocratie, participative et locale, qui passe part un « renforcement des influences des individus en politique ». C’est pourquoi le parti vert suédois prône la décentralisation du pouvoir, l’augmentation du nombre de référendums, l’abaissement de la majorité électorale à 16 ans. C’est ici que les premières grandes différences d’approche existent entre le parti suédois et nombre de ses confrères européens. En effet, il considère, que l’Union européenne, avec ces centres de décision que sont Bruxelles et Strasbourg, éloigne les individus de la politique et des décisions qui vont influer sur leur vie. Le renforcement de l’Union européenne est donc vu à l’heure actuelle par le Miljöpartiet de Gröna comme un « affaiblissement de la démocratie ». 

En termes de solidarité internationale et de politique étrangère, le parti vert suédois prône une coopération des plus étroites de la Suède avec les pays les plus pauvres, et il considère que l’Union est un frein à cette coopération dans la mesure où l’appartenance à l’Union implique un minimum de politique étrangère commune et un minimum de concertation avec les grandes puissances d’Europe. De plus, l’appartenance à l’Union est aussi vue comme une menace pesant sur la neutralité suédoise.

Il considère en outre que les pays riches, dont la Suède, doivent changer leur mode de vie radicalement. Les axes de ce changement doivent être environnementaux et économiques et aboutir à « subordonner le commerce international à des principes écologiques et sociaux », avec, par exemple, la fin ou, tout au moins, la diminution des barrières douanières que subissent les pays pauvres à l’exportation. Le Miljöpartiet de Gröna estime que cela n’est pas possible au sein d’une Union européenne qui « accentue les injustices à l’échelle mondiale ». Néanmoins, tant que la Suède sera membre de l’UE, le parti se battra pour la modification de la politique agricole commune (subventions à l’exportation, qu’il estime injustes envers les pays pauvres, en premier lieu), et des politiques commerciales en vue d’établir « des règles de commerce qui soient équitables ».

En conséquence de ces différents points, le parti vert suédois souhaite que « la Suède quitte l’Union européenne et œuvre pour une autre forme de coopération à l’échelle du continent », qui passerait, par exemple, par la création d’un corps civil européen de paix, en réponse à ce qu’il nomme la « militarisation » actuelle de l’Union.

Il est intéressant de noter que le parti demandait la tenue en Suède d’un référendum sur le traité constitutionnel européen, et était, logiquement, opposé à ce traité. Au niveau des partis verts d’Europe, il était rejoint ici par le parti vert britannique.

Globalement, les attentes du parti semblent proches de celles des partis vert français ou allemand, au niveau de la décentralisation, de la demande de mise en place de nouvelles pratiques environnementales, économiques, sociales… Néanmoins, il est plus exigeant, parfois de manière radicale, et c’est cette exigence qui le pousse à vouloir que la Suède quitte l’Union européenne, dont les critères sur ces questions clés que sont la décentralisation, l’environnement, la justice sociale, la solidarité avec les peuples et pays dans le besoin, lui paraissent faibles et peu contraignants, en particulier au vu des critères environnementaux et sociaux en vigueur en Suède, parmi les plus élevés au monde.

Cependant, il est tout de même permis de s’interroger sur l’intérêt et la cohérence pour ce parti et pour la Suède de quitter l’Union européenne au vu des arguments avancés. En effet, la Suède, tant de fois citée en modèle, peut être force de proposition tant qu’elle est au sein des institutions européennes, et tirer vers le haut les exigences communautaires. Qu’en sera-t-il si elle en sort ?

Pour aller plus loin :

picto_1jpeg Le programme du parti vert suédois (en français )

 

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