Metelkova mesto : la Slovénie du côté underground

Par Tanguy Séné | 10 septembre 2014

Pour citer cet article : Tanguy Séné, “Metelkova mesto : la Slovénie du côté underground”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 10 septembre 2014, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1846, consulté le 26 juin 2017

Au cœur de Ljubljana, la capitale slovène, le quartier underground de Metelkova mesto est devenu une étape populaire auprès des voyageurs. Récit géographique et historique d'un lieu emblématique de la Nouvelle Europe.

Metelkova mesto est un espace à part, un quart d'heure à pied du square France Prešeren. Cette proximité géographique fait d'autant plus résonner les mots du poète slovène, chantés dans l'hymne national: « Amis, les vignes ont fait renaître/Pour nous ce vin capiteux,/Qui sait mettre le sang en fête,/Éclairer le cœur et les yeux,/Qui efface/Les menaces/Et rend l’espoir aux âmes lasses !" (Zdravljcia, "Le toast").

Car nombreux sont ceux qui viennent ici la nuit tombée pour boire, au milieu des bancs de pneus, des bouffées de tabac et sous les murs couverts de street artcriard, des bouteilles de bière locale et des shots de schnaps écoeurant. Des gargouilles humanoïdes s'entortillent le long d'une facade, surplombant la place principale avec toute la démesure surréaliste que leur accorde la pénombre. L'ambiance est festive et le décor post-apocalyptique. Le "centre culturel autonome de Metalkova", pour reprendre l'appellation, est un espace effectivement et résolument underground, dont les logiques échappent à la régularité du centre-ville, tout proche – une hétérotopie, pour reprendre l'expression de Michel Foucault.

Sur environ 12 500 mètres carrés, Metalkova représente ce que la culture alternative a de plus ouvert. Il héberge le seul club gay de Ljubljana (Klub Tiffany) ainsi que son seul bar lesbien (Klub Monokel). Des nombreuses ONG anti-racistes et LGBT s'y sont installées. Le quartier est aussi connu comme un repère artistique branché – un peu à l'image d'Hackney dans le Londres d'aujourd'hui -, où beaucoup de productions musicales, du punk hardcore à la techno, se réalisent.

Meltalkova est née de l'action de ces communautés "alternatives". Jusqu'en 1991, c'était une "hétérotopie" d'un autre genre: des casernes militaires, occupées d'abord par les soldats de l'empire Austro-Hongrois à partir de 1911, puis par l'Armée Nationale Yougoslave après 1945… jusqu'à l'indépendance de la Slovénie en 1991. Un réseau d'associations, le Réseau de Metelkova, exigea du nouvel Etat slovène des droits spéciaux pour faire vivre une nouvelle communauté pacifique sur l'espace des casernes abandonnées par l'armée yougoslave. La mairie de Ljubljana, cependant, avait d'autres plans (immobiliers) en tête: elle décida la destruction du site en 1993, mais se heurta au Réseau de Melkova: une foule d'associations et de locaux occupèrent le site. L'alternance politique en 1994 fut favorable à l'abandon des poursuites judiciaires lancées par la mairie précédente. Aujourd'hui encore, on se réfère au "squat de Ljubljana" pour évoquer Metelkova.

Ce qui reflète sans doute la fragilité de ce quartier, dont la vie repose sur une protestation répétée de la société civile – contre les attaques de skinheads dans les années 1990, contre la destruction de "la petite école" en 2006 (bataille perdue face à l'Etat et la police anti-émeute). Meltkova demeure ce "squat": un espace dont la précarité forme l'identité même.

 

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Source photo: Metelkova mesto6, par Nincha8, sur flickr

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