Marzi et le quotidien polonais des années 1980

Par Véronique Antoinette | 31 mai 2009

Pour citer cet article : Véronique Antoinette, “Marzi et le quotidien polonais des années 1980”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 31 mai 2009, http://www.nouvelle-europe.eu/node/667, consulté le 14 novembre 2018

marzi.pngOn connaît surtout la Pologne des années 1980 pour sa vie politique et les divers rebondissements du pouvoir. Pourtant, on oublie qu’elle était avant tout constituée d’hommes, de femmes et d’enfants qui y vivaient quotidiennement. La BD humoristique de Marzena Sowa, Marzi, donne une idée de ce qu’était la Pologne dans les années 1980. 

 

La bande dessinée Marzi, montre la vie quotidienne d’une enfant dans les années 1980. Sa vision est très pragmatique puisqu’elle ne comprend pas tout ce qui se passe sur le plan politique ou économique. Les petits détails de sa vie sont d’une grande richesse pour celui qui s’intéresse à la Pologne et aux années 1980 dans le bloc soviétique. Elle a déjà rencontré en France un grand succès. Elle a d’abord été publiée dans le journal Spirou puis éditée en trois tomes (Petite carpe en 2005 ; Sur la terre comme au ciel en 2006 et Rezystor en 2007). Les éditions Dupuis ont finalement réuni en 2008, les trois premiers tomes dans une édition collector sous le titre Marzi 1984-1987.

La période Gierek (Premier secrétaire du Parti Ouvrier Unifié Polonais - POUP - entre 1970 et 1980) a permis une certaine détente en autorisant les crédits occidentaux, l’importation de biens et la libéralisation du marché des devises. Dans l’ensemble, toute la population profite de cette embellie et le problème majeur ne provient pas tant du manque d’argent, mais du manque de biens. L’épargne forcée, organisée par le régime qui joue sur la pénurie des biens pour limiter l’inflation, crée chez les Polonais un fort sentiment de frustration. À la fin des années 1970, la crise économique internationale atteint la Pologne. Le régime procède donc régulièrement à des hausses de prix provoquant de grandes manifestations dans la population. Dans les années 1980, la pénurie est tellement présente que les magasins fonctionnent sur le mode du rationnement pour la nourriture. Personne ne se déplace donc sans son filet à commission pour le cas où un magasin annoncerait l’arrivée d’un produit. Chacun en achète un maximum et si cela fait trop pour la consommation du ménage, les revend ou les échange avec ses voisins qui n’auraient pas eu la nouvelle à temps. Ce « marché noir » est très présent de sorte que tout Polonais ayant la chance d’avoir un jardin potager, organise des ventes pour ses voisins et amis. Pour les autres biens, notamment l’électroménager ou les voitures, les gens doivent s’inscrire sur une liste d’attente car il y a plusieurs mois voire plusieurs années d’attente. Marzi raconte notamment comment sa cousine devait être présente chaque semaine devant le magasin pour l’appel. En cas d’absence, la personne est retirée de la liste et doit recommencer le processus pour obtenir son bien. De même, le système des banques est quasi inexistant. Très peu de Polonais ont un compte bancaire (encore en 2004 près d’un cinquième de la population n’avait pas de compte dans une banque).

 

En ville, nombreux sont les Polonais qui vivent dans des immeubles collectifs. La solidarité entre voisins est très développée. La religion est aussi très présente et le fait que le Pape soit polonais constitue une grande fierté nationale. À chaque visite du Pape, la foule est très dense et les médias couvrent tout l’événement. Marzi raconte aussi comment elle a vécu la Proclamation de l’état de guerre ou encore l’explosion de Tchernobyl. L’école, ses jeux, sa famille, tout est raconté et montre une existence où la rigueur pour les enfants et la crainte des adultes sont omniprésentes. En dehors des grands événements, la vie quotidienne reste marquée à la fois par la monotonie (par exemple la fourniture à tous les ouvriers d’une grande usine d’un même réfrigérateur) et à la fois par la recherche permanente de biens extraordinaires illustrée par la ruée sur les oranges lorsqu’elles arrivent au magasin. L’engouement pour les pays occidentaux se fait de plus en plus sentir puisque certains films d’Hollywood sont autorisés depuis les années Gierek. Ainsi Marzi raconte comment sa tante s’inspire des catalogues de vêtements français (ramenés par un neveu dont le travail consiste justement à ramener en Pologne des biens occidentaux interdits en Pologne pour les revendre) pour confectionner les vêtements pour sa famille.

La bande dessinée Marzi devient incontournable pour les amoureux de la Pologne. Mais au-delà de son caractère humoristique et culturel, elle permet d’aborder la vie quotidienne des Polonais dans les dernières années du socialisme. À l’automne 2009 doit sortir le prochain tome Marzi 1987-1989. À lire absolument…

Pour aller plus loin :

A lire

  • Savoia Sylvain et Sowa Marzena, Marzi 1984-1987, Paris, Dupuis, 2008

Illustration: Couverture de Marzi 1984-1987, Dupuis 2008

 

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