Lituanie - Estonie: les tigres baltiques

Par Philippe Perchoc | 21 octobre 2006

Pour citer cet article : Philippe Perchoc, “Lituanie - Estonie: les tigres baltiques”, Nouvelle Europe [en ligne], Samedi 21 octobre 2006, http://www.nouvelle-europe.eu/node/14, consulté le 26 septembre 2017

Ces deux pays sont à la fois semblables et très différents par leur langue, leur culture, leurs religions, leur poids démographique (1,4 millions d’Estoniens et 3,5 millions de Lituaniens) … Ils partagent pourtant des atouts économiques importants, même si leur niveau de développement est un peu différencié : l’Estonie est à la fois plus libérale et plus riche, mais les inégalités y sont plus fortes.

Les secrets de la réussite

Au départ, ces pays ont des ressources naturelles limitées, pourtant, il savent s’appuyer sur des atouts communs : une positions géographique clef, une main d’œuvre bien formée mais peu onéreuse, un système fiscal léger et d’une grande simplicité.
Par ailleurs, leur décollage s’est appuyé sur des lignes directrices qui ont été tenues malgré les alternances politiques : orthodoxie budgétaire, rigueur monétaire, compétitivité, privatisations massives et réorientation des échanges vers l’Ouest (75% des échanges pour l’Estonie et 50% pour la Lituanie).

Ces deux pays ont mis en place des économies très libérales. L’Estonie peut même être considérée comme un modèle du genre, comparable au Royaume-Uni : seuls les secteurs très stratégiques sont préservés de la concurrence (énergie, ports …), dans les autres l’Etat n’a qu’une participation (contrôle aérien, rail, télécoms. Le marché de l’électricité sera totalement libéralisé en 2013.

Les réformes structurelles ont été radicales, notamment dans le secteur bancaire (qui a perdu 4/5 de ses acteurs dans la libéralisation) et dans le financement des retraites pour lequel un système mixte a été mis en place (répartition, fonds de pensions obligatoires, fonds de pensions optionnels).

La Lituanie et surtout l’Estonie ont su mêler traditions et modernité. En effet, le secteur du bois a toujours été une grande ressource des Baltes, et il s’est largement diversifié ces dernières années. A cela, l’Estonie (que l’on appelle parfois l’ « e-Estonie ») a profité des investissements finlandais de Nokia et d’Ericson qui y ont beaucoup sous-traité. Par ailleurs, elle a mis en place une grande politique de Recherche et Développement pour assurer sa croissance future dans ces domaines clefs.

Enfin, les Baltes savent profiter de leur position géographique. Ils sont aujourd’hui, les interfaces de l’Union Européenne avec la Russie, la Biélorussie et la CEI en général. Ils vont par ailleurs profiter des investissements de l’Union par l’intermédiaire de la via Baltica autoroute européenne qui rejoindra Helsinki à Prague, via Talinn, Riga, Kaunas (Lituanie et Varsovie) et du rail Baltica qui ira de Berlin à Tallin en passant par Varsovie et Kaunas (début des travaux 2008).

Stabilité / simplicité

La simplicité des systèmes permet la visibilité à long terme des acteurs économiques :
• Le déficit lituanien se situe à 2,5% du PIB • En Estonie, le déficit est interdit. L’Etat a fait un excédent de 1,7% de son PIB en 2004 qui sont venus s’ajouter à une réserve qui constitue 8,1% du PIB (le double de la dette)
Par ailleurs, les systèmes fiscaux sont d’une simplicité à toute épreuve :

• En Lituanie, l’impôt sur les sociétés est de 15% et l’impôt sur le revenu qui est de 33% aujourd’hui doit passer à 24% d’ici 2008
• En Estonie, c’est encore plus simple : 24% sur les revenus et les bénéfices des entreprises. Ce taux va passer à 20% en 2007 et les réinvestissements des bénéfices des entreprises sont entièrement défiscalisés

Des fragilités à surveiller

Plusieurs facteurs nuancent quand même cette réussite.
En premier lieu, les balances des paiements des deux pays sont déficitaires, même si des investissements directs importants viennent combler le trou : l’Estonie et la Lituanie pourraient être victimes d’un aléa de conjoncture.

Par ailleurs, l’inflation est forte dans ces pays (3% pour la Lituanie et 3,6% pour l’Estonie) et pourrait menacer leur entrée dans l’euro prévue pour 2007.

Les Baltes sont très dépendants des Russes en matière énergétique, nous y reviendrons dans un prochain article sur les relations des Baltes et des Russes.

Enfin, les clivages sociaux et régionaux sont importants dans les deux pays. L’ « e-Estonie » et surtout une e-Tallin et les différences de niveaux de vie, la non intégration de 10% de la population qui reste apatride et les fortes disparités de niveau de vie entre les régions risque de poser problème et de remettre en cause les politiques très libérales de baisses d’impôts.
Le même phénomène, atténué néanmoins, est aussi perceptible en Lituanie.
Le PIB par personne de l'Estonie est égal à 50% de la moyenne communautaire (salaire minimum 172 euros) et 40% pour la Lituanie (salaire minimum 145 euros).

Ainsi, ces deux petits pays ne sont pas loin de rivaliser avec ce que fut l’Irlande au moment de son intégration mais vont quand même avoir besoin de fonds communautaires pour assurer la création d’infrastructures pérennes. Cette absence de solidarités européenne les obligera à toujours plus de dumping fiscal, ce qui n’est pas dans l’intérêt de la vieille Europe.
 

 

Ajouter un commentaire