Lettonie : un chirurgien méconnu élu président

Par Antoine Lanthony | 10 juin 2007

Pour citer cet article : Antoine Lanthony, “Lettonie : un chirurgien méconnu élu président”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 10 juin 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/221, consulté le 20 avril 2019

freiberga-nvpdtarticleLe 31 mai, au cours d’un vote parlementaire, Valdis Zatlers, chirurgien et directeur d’hôpital public, a été élu président de la république de Lettonie, fonction en partie honorifique, aux dépens d’Aivars Endzins, ancien président de la Cour constitutionnelle, par 58 voix contre 39.

freiberga-nvpdt articleLe 31 mai, au cours d’un vote parlementaire, Valdis Zatlers, chirurgien et directeur d’hôpital public, a été élu président de la république de Lettonie, fonction en partie honorifique, aux dépens d’Aivars Endzins, ancien président de la Cour constitutionnelle, par 58 voix contre 39.

(Vaira Vike-Freiberga et le  nouveau président Zatlers)

 

Des candidatures de dernière minute

Ancien membre dirigeant du front populaire letton, Valdis Zatlers, sans étiquette, a reçu le soutien de la coalition gouvernementale actuelle, menée par le Premier ministre Aigars Kalvitis. Sa candidature a émergé dans la dernière ligne droite de la campagne, éclipsant du même coup celles de Maris Riekstins et Karina Petersone, présentées par les partis de la coalition.

En réaction, le Parti de la Concorde (centre-gauche) a proposé la candidature d’Aivars Endzins, juge renommé et ancien président de la Cour constitutionnelle. Sa candidature a reçu le soutien des partis d’opposition, notamment des partis russophones, mais aussi, plus inattendu, le soutien de Sandra Kalniete, qui s’est retirée de la course à la présidence à la dernière minute.

Le soutien de la Nouvelle Ere et du Parti de la Concorde a été principalement motivé, comme l’a expliqué Krisjanis Karins, le leader de la Nouvelle Ere, par « l’indépendance de la Cour constitutionnelle pendant les 10 ans de présidence Endzins ».

Néanmoins, le passé d’Aivars Endzins, qui a travaillé en tant que juge pendant 30 ans pendant la période soviétique, a clairement joué en sa défaveur, le Parti populaire du Premier ministre Aigars Kalvitis l’ayant même appelé à retirer sa candidature par « décence ».

La présidente sortante Vaira Vike-Freiberga a également montré sa désapprobation quant à la candidature d’Aivars Endzins en déclarant « qu’il ne serait pas possible pour une personne ayant occupé de hautes fonctions au Parti communiste pendant 30 ans de continuer dans la même voie [en termes de politique étrangère] ». 

Elu mais peu populaire

Elu avec 58 voix sur 100 par les parlementaires, Valdis Zatlers n’était pas le favori de la population.

Aivars Endzins était pour sa part le favori de la population et aurait vraisemblablement été élu si l’élection s’était déroulée au suffrage universel direct. Krisjanis Karins, s’est d’ailleurs déclaré à la suite de l’élection en faveur d’une modification du mode de scrutin dans les années à venir.

Valdis Zatlers doit en partie son manque de soutien populaire au fait d’avoir admis avoir reçu des enveloppes pleines de billets de la part de ses patients, pratique soviétique encore répandue et peu populaire. L’ONG Transparency International a d’ailleurs mené campagne contre lui.

Le directeur du bureau de lutte et de prévention de la corruption, Aleksandrs Loskutovs, a dernièrement annoncé dans une interview que le bureau avait ouvert une enquête à son encontre. Le président nouvellement élu a quant à lui promis de rencontrer les institutions concernées. 

L’héritage de Vaira Vike-Freiberga

Valdis Zatlers prendra ses fonctions début juillet. Selon plusieurs sondages, seulement 16 à 28 % de la population souhaitaient son élection. De son côté, Vaira Vike-Freiberga termine son second mandat avec une côte de popularité oscillant autour de 70 % et une réelle aura internationale, bien au-delà des pays baltes.

Peu après son élection, Valdis Zatlers a mis l’accent sur la nécessité de continuer le travail de Vaira Vike-Freiberga, consolider la société civile et diminuer les clivages ethno-linguistiques en Lettonie.

A cet égard, le fait que le nouveau président parle russe, à l’inverse de Vaira Vike-Freiberga, lui permettra peut-être de se rapprocher des russophones. Le journal Baltic Times rapporte que Valdis Zatlers a par ailleurs répondu aux questions de deux journalistes étrangers en russe, événement qui a choqué beaucoup d’observateurs.

Sur le plan international, le nouveau président a également plaidé pour une plus large coopération balte, pour le moment relativement difficile. A ce sujet, Marko Mihkelson, président du comité des affaires européennes du Parlement estonien, a présenté sur son blog le président estonien Toomas Hendrik Ilves comme « le vainqueur des élections présidentielles lettones », mettant en doute les compétences de son nouvel homologue letton sur le plan international.

Candidat de dernière minute comme Vaira Vike-Freiberga lors de sa première élection, Valdis Zatlers semble donc confronté à un double défi.

Il devra d’une part se faire accepter par sa propre population et succéder dans les cœurs à celle qui a incarné la Lettonie pendant 8 années en utilisant au maximum les pouvoirs présidentiels qui lui étaient conférés, et d’autre part pérenniser l’œuvre de Vaira Vike-Freiberga sur le plan international. En somme, assumer et développer l’héritage freibergien.

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Sources : The Baltic Times

Photo : www.president.lv 

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