Lettonie – France : des relations qui s’épanouissent

Par Antoine Lanthony | 19 mars 2007

Pour citer cet article : Antoine Lanthony, “Lettonie – France : des relations qui s’épanouissent”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 19 mars 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/142, consulté le 16 décembre 2018

analyselettonieLa Lettonie. Voisins : Lituanie, Estonie, Biélorussie, Russie. Influences extérieures durant les siècles derniers : Pologne, Lituanie, Suède, Allemagne, Russie… Influences les plus récentes : Etats-Unis, Danemark, Suède… Commentaires possibles d’un Français sur ce pays : « La Lettonie, c’est où ? » ou « Ah oui, la Lituanie, Kaunas, le pays du basket »… Ouverture de la première ligne aérienne directe entre Paris et Riga : mai 2005. Et pourtant, au milieu de cet environnement en apparence peu favorable, la France et la Lettonie entretiennent des relations de plus en plus fortes, tout particulièrement sur le plan culturel.

Les relations entre la France et la Lettonie datent de la première indépendance lettonne. La France avait en effet été engagée militairement dans la région contre l'Allemagne. Elle a longtemps hésité avant de reconnaitre la Lettonie: les Alliés espéraient que les forces révolutionnaires russes finiraient par être vaincues. A la fin de la guerre, Lord Balfour, le Ministre des Affaires étrangères britannique reconnait "de facto" le gouvernement letton sans pour autant exiger réellement le départ des troupes allemandes vaincues qui semblent devoir être le dernier rempart contre les forces révolutionnaires russes.

Par ailleurs, les barons germano-baltes montent un coup d'Etat et installent un gouvernement parallèle chassant celui de Ulmanis entre avril et juin 1919. Le gouvernement letton, chassé de Riga par les soviétiques qui avancent et rejetté à la mer par le gouvernement germanique de Niedra trouve refuge sur un bateau à vapeur - le Saratov - protégé par la flotte anglaise avant de reprendre pieds dans les semaines qui suivent. 

A force de persuasion et grâce aux efforts des Lettons exilés en Europe de l'Ouest, les Alliés se laissent peu à peu convaincre. Une attaque impromptue des troupes allemandes franches sur une corvette britannique en octobre 1919 oblige les gouvernements français et britannique à la contre-attaque. Ils exigent le départ des troupes allemandes.

La Lettonie signe un traité de frontière en 1920 avec l'URSS mais peine toujours à se faire reconnaitre par les Alliés. Elle tente de le faire par l'intermédiaire de la SDN mais elle essuie un refus de la France, du Royaume-Uni et des pressions américaines.

Il faut attendre 1921 et l'arrivée d'Aristide Briand au pouvoir en France pour que la Lettonie soit reconnue "de jure" et que d'officielles relations diplomatiques commencent.

Comme les autres pays occidentaux, la France n'a pas reconnu l'annexion de la Lettonie par l'URSS en 1940. Néanmoins, dans les faits, le pays étant annexé, les relations se sont également éteintes à partir de 1940. On peut estimer que les « nouvelles » relations entre la France et la Lettonie ont débuté le 30 août 1991, jour de la reprise des relations diplomatiques avec le nouvel Etat letton. François Mitterrand a d’ailleurs été le premier chef d’Etat occidental à fouler le sol letton nouvellement libéré de l’URSS, lors de sa visite du 15 mai 1992, date à laquelle il a inauguré l’Ambassade française actuelle, qui occupe en réalité l'hôtel particulier de l'ancienne légation française.

Economie, politique, culture : des axes de coopération inégalement développés

De manière générale, les relations entre les deux Etats s’articulent autour de deux grands axes : la coopération politique et la coopération culturelle.

Les relations économiques sont quant à elles relativement faibles, la Lettonie se situant dans un espace nordico-baltique qui est une terre « naturelle » d’investissements suédois, danois, finlandais ou allemands. Ceux-ci sont plus particulièrement visibles dans les services, notamment banque et assurance, ainsi que dans les nouvelles technologies, même si ce secteur est moins développé qu'en Estonie. De plus, l’influence et les capitaux russes restent évidemment présents, à travers le secteur énergétique en premier lieu, mais également certains services et investissements financiers. Face à cela, force est de constater que les relations commerciales entre la France et la Lettonie sont limitées et demandent à se développer, la France n’étant que le 12ème partenaire commercial de la Lettonie, au même niveau que la Biélorussie ou l'Ukraine. Il convient de signaler que l’approche des firmes françaises, à de très rares exceptions, est la suivante : la Lettonie et souvent les trois pays baltes sont couverts par une filiale située en Suède, en Finlande, en Allemagne ou en Pologne.

Les relations politiques se situent actuellement au beau fixe et sont notamment illustrées à travers la bonne entente entre le président français Jacques Chirac et la présidente lettonne Vaira Vike-Freiberga, francophone, tout comme une part non négligeable des élites lettonnes. Les fréquences des visites d’officiels entre les deux pays ont augmenté ces dernières années : Jacques Chirac, Michel Barnier ou Catherine Colonna pour la France, tandis que la présidente Vaira Vike-Freiberga ou le ministre des affaires étrangères Artis Pabriks sont des visiteurs fréquents à Paris.

Néanmoins, cela ne doit pas faire oublier que les relations entre Paris et Riga ont connu plusieurs zones de turbulences. Tout d'abord, de par sa portée symbolique, l'affaire des anciennes légations des Etats baltes à Paris (occupées par l'Allemagne de 1941 à 1944, puis par l'URSS et la Russie, y compris après l'indépendance recouvrée des trois pays baltes) a empoisonné les relations France-pays baltes-Russie pendant de longues années. La clôture de ce dossier a permis aux pays baltes et à la France d'apaiser leurs relations.

Il est un autre sujet de discorde dans les relations politiques bilatérales : la Russie. En effet, la relation privilégiée entretenue entre Paris et Moscou, et plus particulièrement entre Jacques Chirac et Vladimir Poutine, n'a jamais été vue très positivement depuis les rives de la Daugava. L'amitié franco(-germano)-russe est souvent perçue côté letton comme dommageable à ses intérêts, à ceux des Baltes, et plus généralement à ceux de l'Union européenne qui peine à avoir une politique unifiée envers Moscou.

Plus récemment, les grandes divergences de vue ont porté sur deux points : le dossier irakien, la Lettonie étant engagée en Irak aux côtés des Etats-Unis, mais aussi sur les enjeux européens. En effet, la France, vue comme un pays leader de l'Union européenne a déçu et provoqué l'incompréhension en votant "non" au projet de traité constitutionnel européen, approuvé à la Saeima quelques jours après. Plus éloignés des conceptions britanniques de l'Union que d'aucuns veulent le faire paraître, particulièrement sur les questions financières et de solidarité, la Lettonie et ses voisins baltes semblent attendre plus de la France en cette période de relance de l'Union.

Si les relations économiques sont relativement faibles, les relations politiques stables mais avec quelques turbulences, il est un domaine où les relations se portent au mieux : la culture.

Loin d’être anecdotiques, la langue et la culture (musique et cinéma en premier lieu) constituent donc en réalité les leviers d’action les plus dynamiques de la France en Lettonie. Le symbole le plus visible en est le récent centre culturel français de Riga, inauguré par Michel Barnier en février 2005, et dont la fréquentation ne cesse d’augmenter. Face à cette effervescence culturelle et à l'attirance exercée par la culture et la langue françaises, il est permis de se demander, si, comme son voisin lituanien, la Lettonie rejoindra prochainement l'Organisation internationale de la Francophonie avec un statut d'observateur. Néanmoins, pour le moment, loin des organisations internationales, les deux pays se rapprochent l'un de l'autre.

Les festivals : la concrétisation de relations culturelles intenses

Ces relations culturelles fortes se sont concrétisées pour la première fois aux yeux du grand public lors du festival Etonnante Lettonie organisé en France à l’automne 2005. L’engagement personnel des deux chefs d’Etats a rendu possible ce festival, qui, pour la première fois en France, a mis la Lettonie à l’honneur et a permis à de nombreuses personnes de découvrir de ce pays balte autre chose que les sujets sociaux-économiques traditionnellement évoqués. En effet, ce festival a permis de mettre en avant la Lettonie en tant que telle et pas seulement en tant que pays issu de la défunte Union soviétique, avec les problèmes inhérents à cette situation. Expositions, représentations théâtrales ou « pierres parlantes » ont été les événements majeurs du festival et ont été présentés à Paris, Lyon, Bordeaux et Strasbourg.

Le succès du festival Etonnante Lettonie a été réel et a conforté les tenants de ce projet dans leurs initiatives. C’est pourquoi, poursuivant sur la dynamique de ce succès, les deux pays ont décidé ensemble qu’une « réponse » devait donc avoir lieu : ce sera le festival Un Printemps français en Lettonie 2007 qui, comme son nom l’indique, durera trois mois et proposera tout un éventail d’évènements non seulement à Riga, mais aussi dans de très nombreuses villes du pays (Daugavpils, Liepaja, Valka, Madona…) mettant en avant des productions artistiques françaises mais aussi des productions franco-lettonnes.

Ce Printemps français sera la plus grande manifestation culturelle jamais organisée par la France en Europe du Nord. Il se clôturera le 21 juin 2007 en deux lieux différents et deux ambiances différentes : Riga avec un concert techno d’une part ; le château de Rundale avec un concert associant un chœur d’enfants lettons et un ensemble de musique baroque d’autre part. Quoi de plus naturel que de conclure un festival culturel en pays letton par des voix d'enfants, au pays des chorales ?

Pour aller plus loin :

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Le site du Printemps français en Lettonie 2007
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Le projet de loi (adopté) autorisant l'approbation de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la Fédération de Russie relatif à certaines questions immobilières (relatif aux légations baltes à Paris)

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