Les séries télévisées en Europe

Par François Dupré | 10 juin 2013

Pour citer cet article : François Dupré, “Les séries télévisées en Europe”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 10 juin 2013, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1702, consulté le 26 mars 2017

En 2013, les séries télévisées sont indéniablement liées aux Etats-Unis dans l’imaginaire collectif. En effet, les productions nord-américaines ne sont détrônées que par des événements sportifs ou politiques sur nos petits écrans. Pourtant, l’Europe n’a pas à rougir de ses créations télévisuelles. Quelques points sur le sujet.

L’exhaustivité n’est pas l’objet du présent article qui présente quelques idées personnelles et comporte sans doute des spoilers (éléments de l’intrigue dévoilés avant qu’un épisode n’ait été visionné).  Vous voici avertis !

Une domination britannique de ce médium artistique ?

La BBC s’est, en effet, intéressée dès les années 1930 à la production de séries télévisées. Bien que les Etats-Unis aient repris et développé le concept jusqu’à atteindre le Léviathan économique, objet d’une extraordinaire ferveur populaire, que l’on connaît aujourd’hui.

Pourtant, la force d’innovation et la qualité des productions britanniques ne peuvent souffrir de contestations. En effet, les concepts développés par les scénaristes du Royaume-Uni connaissent souvent des développements impressionnants. Par exemple, les séries The office ou Skins ont fait l’objet de remakes américains, avec le succès qu’on connaît à la première qui s’est achevée à la mi-mai au bout de neuf saisons et l’échec de la seconde, annulée au bout d’une saison. De même, House of Cards, la série politique qui marquait l’entrée de Netflix (service américain de vidéo à la demande) dans le monde fermé des producteurs de shows, est une adaptation d’une production de la BBC de 1990. Dans certains cas, cette force d’influence est moins visible mais bien présente. Par exemple, la série Sherlock diffusée sur BBC One depuis 2010 a connu un succès important en dépoussiérant sérieusement Sherlock Holmes qui utilise désormais un smartphone pour résoudre des enquêtes dans le Londres d’aujourd’hui. Est-ce un hasard que la série Elementary portée par CBS aux Etats-Unis depuis septembre 2012 adopte une liberté d’interprétation similaire en faisant évoluer le célèbre détective à New York et en transformant le fidèle Watson en femme ?

De même, le concept de série télévisée tournant autour de la vie d’un quartier, repris avec succès en France avec "Plus belle la vie", est né au Royaume-Uni où Coronation Street a débuté en 1960 et est en passe d’atteindre son 8000ème épisode ! 

Mais le plus souvent, les émissions anglaises sont reprises et traduites par les télévisions nationales : qui peut affirmer de nos jours, n’avoir jamais vu un épisode de « Chapeau melon et bottes de cuir », d’ « Amicalement Vôtre » ou bien du « Prisonnier » ?

Une explication plausible de cette tendance forte à l’innovation serait le monopole de la BBC sur le paysage audiovisuel britannique qui lui aurait permis de bénéficier d’une manne financière et donc de la possibilité de subventionner des projets un peu plus « risqués ». Par exemple les Monty Python qui ont débuté sous forme de série télévisée : le Monty Python's Flying Circus à la fin des années 60.

Toutefois, cette « domination » est à relativiser : tout spectateur français connaît la série télévisée allemande Derrick ! Et il faut également garder à l’esprit que certaines émissions réalisent de très bons scores d’audience, mais ne traversent pas les frontières : l’ « Homme du Picardie » ne peut avoir un écho qu’auprès d’un public français. De même, les Tatort (Le lieu du crime) allemands (Chaque Land produit le sien : ce qui en fait une série locale !) étaient regardés par près de 8,5 millions de personnes chaque semaine en 2010 en Allemagne et sont relativement inconnus dans le reste du monde.

Un phénomène global ? L’exemple des séries télévisées politiques

Les séries télévisées américaines réalisent les meilleurs scores d’audience dans de nombreux pays. Il s’agit là d’une preuve supplémentaire de la diffusion de l’American Way of Life. C’est pourquoi les séries « politiques » sont intéressantes, leur compréhension nécessitant un minimum de connaissance de la culture et du fonctionnement des institutions d’un pays. Ainsi, ces séries représentent une des limites à la globalisation télévisuelle.

House of Cards, que nous mentionnions plus haut, a été adaptée pour le public américain. De même, le spectateur européen pourra faire face à quelques difficultés lors du visionnage des sept saisons de The West Wing ou rester de marbre face aux plaisanteries de Veep s’il est étranger aux spécificités du système politique américain.

Toutefois, pour le spectateur informé à minima, cette catégorie de séries présente un intérêt certain : appréhender le système politique d’un pays étranger à travers les yeux de ses citoyens. En effet, les deux saisons de la série danoise Borgen donnent un éclairage sur la culture du compromis nordique et les difficultés qu’elle peut engendrer. Party Animals et Secret State au Royaume-Uni décrivent un univers politique guidé par les luttes de pouvoir, les groupes d’intérêt et la finance. On ne peut s’empêcher d’y voir la transposition en fiction du rejet de la politique par les citoyens britanniques écœurés par la guerre en Irak et les scandales de ses Members of Parliament

Le spectateur américain pourra, lui, faire son choix entre des univers politiques très variés ; depuis la très sage The West Wing qui met en exergue la « destinée manifeste » durant sept saisons jusqu’à la politique mafieuse d’un maire de Chicago sans scrupule dans la génialissime série télévisée intitulée Boss

Conclusion

En Europe, il y a une culture locale et nationale des séries télévisées qui cohabite avec les superproductions américaines exportées mondialement. Cependant, une influence européenne est manifeste et n’est pas uniquement britannique (nous aurions pu mentionner la série danoise The Killing qui a eu le droit à un remake américain). On peut se réjouir de cette force européenne au sein de ce médium qui devient peu à peu le vecteur privilégié des productions indépendantes et attire également de nombreux cinéaste reconnus : Steven Soderbergh a travaillé avec la chaîne câblée HBO pour son sulfureux Behind the Candelabra et Jane Campion s’est associée à plusieurs chaînes (dont BBC Two) pour Top of the Lake, tous deux présentés cette année à Cannes.

Pour aller plus loin 

Sur Nouvelle Europe 

Sur internet 

Sources photos : Linda Thorson, 1968 et Benedict Cumberbatch during filming of Sherlock, 2011

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