Les PME européennes, entre recherche et croissance: les "triangles de connaissance" ou KICs (Knowledge and Innovation Communities)

Par Capucine Goyet | 8 avril 2013

Pour citer cet article : Capucine Goyet, “Les PME européennes, entre recherche et croissance: les "triangles de connaissance" ou KICs (Knowledge and Innovation Communities)”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 8 avril 2013, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1671, consulté le 25 juin 2017

Les petites et moyennes entreprises européennes (PME) apparaissent comme un vecteur économique majeur : elles font le lien entre les politiques de recherche et innovation et l’objectif de « croissance intelligente, durable et inclusive » (leitmotiv de la stratégie Europe 2020). Comment l’UE a-t-elle alors cherché à renforcer ces liens ?

L’Union européenne compte 20,8 millions de PME européennes : représentant deux tiers de la main d’œuvre, elles sont à l’origine de 85 % des nouveaux emplois créés. José Manuel Barroso et Antonio Tadjani, Président et Vice-président de la Commission européenne, ont d’ailleurs rappelé à quel point les PME jouaient un rôle important dans la sortie de crise et qu’il était essentiel de renforcer leur compétitivité sur les marchés mondiaux. Quels rapports ces entreprises européennes entretiennent-elles alors avec les politiques d’innovation et de croissance de l'Union ?

Les effets du Grand Marché sur les politiques d’innovation des entreprises

Dès 1957, les Pères fondateurs de la communauté européenne rêvent d’un grand marché facteur de croissance, mais il faut attendre l’Acte unique européen de 1986 pour que celui-ci soit mis en œuvre. L’un des aspects essentiels de ce grand marché consiste en l’ouverture des marchés publics. En permettant de baisser les prix d’achat du secteur public et de développer les échanges intracommunautaires, cette ouverture contribue à son tour à une réforme structurelle des entreprises, afin que celles-ci puissent accroitre leurs gains de productivité. Parmi les effets bénéfiques engendrés par ce marché unique, on cite souvent celui de l’innovation et du progrès technique. Certaines petites entreprises ont en effet choisi d’adopter une stratégie de niche via le développement de produits fortement différenciés. C’est l’adaptation à la nouvelle donne. On peut par exemple penser au développement de la microchirurgie et d’appareils médicaux de plus en plus sophistiqués. Dans ce cas précis, la compétitivité-qualité est un facteur de croissance potentielle.

Toutefois, cette logique a priori vertueuse s’accompagne également d’effets pervers. Tout d’abord, si les investissements de capacités, comme la modernisation des équipements, semblent encourager la recherche technique, ils peuvent également être destructeurs d’emploi. Il s’agit donc de trouver le juste équilibre entre innovation technologique et création d’emploi. Par ailleurs, le marché unique accroît le risque de monopoles d’entreprises via les phénomènes de fusions et acquisitions. Or, non seulement ces monopoles peuvent défavoriser le consommateur en termes de prix (qui deviennent davantage fixés plutôt que résultant de l’offre et de la demande), mais ils peuvent également ralentir les politiques entrepreneuriales d’innovation technologique (l’innovation étant un facteur de compétitivité).

Vers un retour de la coopération en matière de recherche et développement (R&D)

En raison des effets pervers précédemment énoncés, le choix de la concurrence pure et dure, au détriment de celui de la coopération, a été à plusieurs reprises critiqué par des agents économiques et hommes politiques. Progressivement, l’UE a décidé de renforcer sa politique de coopération en tant qu’elle favorise la R&D et l’innovation. Dans le 4e programme-cadre de l’UE (1994-1998), la DG Industrie a par exemple lancé ESPRIT, un programme qui englobait des projets de R&D et des mesures visant à l’adoption des technologies de l’information et de la communication (TIC). La mise en place de ces programmes spécifiques pour le développement de la technologie et télécommunications a ainsi permis de développer quelques partenariats entre monde de la recherche et monde de l’entreprise. La réussite d’un projet comme Airbus en est une illustration.

Le premier pilier: des communautés de connaissance et d’innovation (KICs)

Récemment, l’Union européenne a décidé de réfléchir à de nouveaux outils de coopération transnationale triangulaire. L’une des priorités d’Androulla Vassiliou, commissaire européenne à la Culture et à l’Education, a été de mettre en place un Institut européen d’innovation et de technologie (EIT). Créé en 2008, cet institut fonctionne autour de KICs (Knowledge and Innovation Communities), qui rassemblent les partenaires les plus créatifs des secteurs de l’industrie, de l’enseignement supérieur et de la recherche. Ces KICs prennent la forme de partenariats public-privés gérés par un chef d’entreprise et se concentrant sur des domaines d’avenir pour l’Europe, tels que le changement climatique (Climate KIC), l’énergie durable (InnoEnergy KIC) et la société d’information et de communication (EIT ICT Labs). Mme Vassiliou voit dans ces KICs un modèle de « cross fertilisation » (un processus de collaboration et d’enrichissement).

Ces nouveaux partenariats se font donc à double niveau : non seulement entre les Etats membres (aspect transnational), mais aussi entre les différents acteurs de la vie économique : le monde des affaires, le monde de l’éducation et le monde de la recherche. Dans cette sorte de triangularisation des relations, la recherche apparaît au croisement des  politiques et partenariats publics et privés.

Le Parlement européen a parallèlement invité les Etats membres à augmenter les fonds consacrés à la recherche et au développement, et a invité la Commission européenne à permettre l'émergence de secteurs industriels fondés sur les nouvelles technologies, créateurs de produits à forte valeur ajoutée et sobres en ressources énergétiques.

Les derniers livres verts de la Commission et les récents rapports des commissions parlementaires démontrent ainsi la volonté de mettre en place une véritable stratégie commune de ré-industrialisation de l'Union européenne.

 

Le second pilier : des mesures législatives complémentaires pour simplifier la vie des PME

Cette stratégie de ré-industrialisation de l’Union européenne via le soutien financier apporté à des filières porteuses de croissance est essentielle, mais demeure insuffisante si l’on souhaite que les entreprises redeviennent compétitives et innovantes sur le plan mondial. Les entreprises sont en effet fondées sur deux piliers : un pilier recherche et innovation, et un pilier distribution et commercialisation. Le renforcement du premier pilier doit alors s’accompagner du renforcement du second. Autrement dit, il s’agit d’encourager les découvertes pour les mettre au service de la croissance et de l’emploi (l’innovation en tant qu’instrument de croissance, et non en tant qu’acquis théorique absolu).

A cette fin de croissance et d’emploi, il convient d’instaurer un cadre juridique clair et stable et de soutenir l’accès des entreprises aux financements à long terme.

En premier lieu, un cadre juridique clair et stable permet non seulement de favoriser les investissements dans l'industrie, mais aussi de faciliter le développement et l'internationalisation des PME européennes. Pour améliorer ce cadre juridique, la Commission avait lancé une grande consultation publique à la suite du Small Business Act de 2008, dont l’objectif était de promouvoir la croissance des PME. Il s’agissait de demander à environ 1000 PME d’identifier les actes législatifs qui leur semblaient les plus lourds et les plus contraignants. Les résultats ont été publiés le 7 mars dernier et ont permis de dégager un top 10 des actes législatifs les plus contraignants. On peut notamment citer la modernisation de la législation REACH (enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des produits chimiques) et celle du code des douanes communautaire. L’objectif de la Commission est désormais de cibler les mesures les plus pertinentes afin de simplifier ces 10 actes législatifs contraignants et ainsi favoriser la création d’emplois et la croissance.

Le 25 mars dernier, un livre vert sur le financement à long terme de l’économie européenne a parallèlement été adopté par la Commission européenne. Ce livre vert lance une consultation publique d'une durée de trois mois sur la manière d'améliorer et diversifier le système d'intermédiation financière pour l'investissement à long terme en Europe. Rappelons que l’investissement à long terme est un facteur essentiel d’innovation industrielle (avec une rentabilité des projets souvent différée), mais que son financement a une dépendance traditionnellement élevée à l’égard des banques. M. Michel Barnier, commissaire chargé du marché intérieur et des services, a déclaré à ce sujet: « L'économie européenne est confrontée à des défis majeurs, notamment à de vastes besoins d'investissements à long terme. Ces investissements sont essentiels pour doper l'innovation et la compétitivité, afin de permettre à l'Europe de renouer durablement avec la croissance et l'emploi. Ils nécessitent des financements à long terme. »

Toutefois, en raison de la crise financière et bancaire, on a pu observer un ralentissement de ces politiques d’investissements à long terme. La question majeure est désormais de développer un système de financement plus diversifié (par exemple via les marchés de capitaux (financement obligataire), les investisseurs institutionnels ou d'autres alternatives).

Les réponses à cette consultation permettront alors à la Commission de dégager des solutions, de nature législative ou non législative, afin de surmonter les obstacles au financement à long terme. 

Enfin, le Parlement européen estime primordial d'établir la réciprocité en matière d'accès aux marchés publics, de protéger les droits de propriété industrielle des entreprises européennes (politique des brevets notamment) et de renforcer l'efficacité des instruments de défense commerciale de l'Union. Aider la recherche au service des PME, c’est alors aider la politique de sortie de crise.

Pour aller plus loin

Sur Nouvelle Europe

Sur Internet 

Source photo: Knowledge Triangle sur Wikimedia commons.

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