Les JO, un moment de répit pendant la crise ?

Par Maria Belen Zambrano | 9 août 2012

Pour citer cet article : Maria Belen Zambrano, “Les JO, un moment de répit pendant la crise ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Jeudi 9 août 2012, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1510, consulté le 19 juillet 2018

C’est la compétition la plus attendue par le monde sportif, qui rassemble cette année plus de 10 500 athlètes venus des quatre coins du globe. Un petit moment de répit pour des esprits européens obnubilés par la crise ?

Le 22 juin dernier, l’OCDE a estimé que la zone euro ne connaitrait pas de croissance et qu’elle était considérée comme la plus grande source de risques pour l’économie mondiale. Tous les regards sont actuellement tournés vers l’Espagne, dans l’attente de pouvoir évaluer l’impact des nouvelles mesures décidées par Bruxelles avec le support du FMI lors des dernières réunions de l'Eurogroupe. L’aide des autres Etats et de la Banque Centrale Européenne apparaissent déterminantes pour l’économie du pays, dont le taux de chômage est le plus haut de l'Union.

La Grèce est évidemment un sujet de préoccupation récurrent. Cette dernière négocie actuellement le versement d'une nouvelle tranche d’aide, mais celle-ci n’arrivera que lorsque l’Eurogroupe aura constaté et approuvé la mise en place d'un nouveau plan de réduction des dépenses publiques.

Cependant une question surgit au milieu des sommets européens et autres réunions pour sauver l’Europe de la crise : qu’en est-il de l’esprit européen ? Qu’en est-il de l’idée de solidarité entre Etats, dans un moment où les difficultés financières des uns menacent la prospérité économique des autres ? On constate désormais la montée des partis d’extrême droite et des positions eurosceptiques en faveur du retour aux monnaies nationales.

Néanmoins, un petit espoir subsiste dans ce sinistre paysage. What about les Jeux Olympiques ?

Ils représentent les valeurs telles que le développement durable, l’humanisme ou encore la non-discrimination, en mettant l’homme toujours au centre des préoccupations. « Plus vite, plus haut, plus fort », la devise olympique créée par Pierre Coubertin en 1894 n’a jamais été plus vraie qu’aujourd’hui. Ce sont des valeurs universelles qui nous rappellent que la poursuite d’efforts toujours plus importants face à l’adversité et la solidarité doivent être les moteurs dans la compétition. Ce sont eux qui uniront les différentes nations qui devront s’affronter durant les épreuves.

En cela, on peut s’interroger tout d’abord sur l’existence d’un sentiment européen. L’Europe s’est formée pour des raisons économiques et politiques, avec l’objectif primordial de sauvegarder la paix entre les deux grands, l’Allemagne et la France. Ce sont les deux piliers de la construction européenne.

L’Allemagne justement donne du fil à retordre aux autres nations européennes depuis le début de la crise. On a remarqué son appréhension pour aider la Grèce et sa méfiance envers les gouvernements socialistes qu’elle accuse de ne pas vouloir mettre en œuvre de véritables plans de rigueur. Une partie de l’opinion était très opposée à aider la Grèce par peur des répercussions sur le pays comme l’ont montré les manifestations contre le plan de sauvetage. Les Allemands trouvaient injuste de devoir payer pour des pays qui n’avaient pas bien géré leurs finances publiques.

Ce n’est donc pas évident de trouver un terrain d’entente tant dans le domaine économique que dans le domaine social. Les différences sont là mais ne sont pas définitives et le sport peut être ce facteur de rapprochement entre les nations européennes.

L’exemple le plus récent est l’Euro 2012, qui a accompli l’exploit de mettre la crise entre parenthèses le temps d’un match. La victoire de l’Espagne a été fêtée en grande pompe par tous les supporters espagnols en Espagne et dans toute l’Europe. Rien de telle qu’une victoire pour effacer la crise le temps d’une nuit magique.

Les JO pourraient créer le même effet. C’est peut-être la piqûre de rappel qu’il manque aux Européens pour retrouver un peu d’enthousiasme. On verra peut-être émerger l’idée d’équipes représentant différents blocs, comme le bloc asiatique, sud-américain ou européen. Cette solidarité européenne peut se fortifier peu à peu, et accompagner le mouvement actuel de régionalisation du monde. Pour avoir un poids économique et un rôle sur la scène internationale, il faut se rassembler. Le monde se divise en ensembles régionaux et les populations se retrouvent ainsi à fonctionner dans une même logique avec des objectifs communs. Les « Etats-Unis d’Europe » de Victor Hugo constituaient le premier échelon d'une entreprise se voulant universelle pour parvenir à une association planétaire entre les hommes. Cette utopie est encore loin d’être vraie à l’échelle mondiale mais a l’échelle régionale, elle semble se réaliser peu a peu. Cette crise peut aussi être un facteur de rapprochement entre les  nations européennes unis dans l’objectif commun de lutter contre la speculation et les difficultés économiques. Georges Simmel parlait de l’alternance entre la guerre et la paix comme des éléments expliquant la cohésion sociale et la pérennité des sociétés. Cette crise, de ce point de vue, peut être analysée comme pouvant soit renforcer la cohésion du groupe, soit mener a son implosion. Ce sera aux Européens et à eux seuls de décider de la portée qu’ils donneront à la suite des évènements.

Malheureusement les contrariétés de la crise ont également atteint l’organisation des Jeux. Le principal souci est de nature économique : évalué à 3,5 milliards d’euros lors de la présentation en 2005, le budget a finalement atteint 13,7 milliards cette année. Le gouvernement anglais prévoit tout de même de fortes retombées économiques, avec la création de 50 000 emplois, le bureau du maire insistant sur les bénéfices sociaux pour la région de l’East End où le taux de chômage atteint jusqu’à 35 % dans certains quartiers.  

Néanmoins, malgré les retards et les petits dépassements du budget initial, Londres nous offre des Jeux spectaculaires, a l’image de la cérémonie d’ouverture dont la presse a salué la magnificence. La ville, connue pour son cosmopolitisme et sa créativité, leur donne déjà une saveur particulière. Dernier exemple en date de la folie londonienne, l’inauguration de la Shard tower, éclat de verre transperçant le ciel capricieux de Londres, offrant une vue imprenable sur la ville. En créant l’émerveillement et l’enthousiasme, surtout, ces Jeux nous permettent d’échapper aux préoccupations du quotidien, et de vivre l’espace de quelques semaines au rythme des performances sportives plutôt que dans la peur de nouvelles secousses financières. L’avenir montrera s’ils seront un réel facteur de cohésion européenne ou une simple parenthèse dans la crise traversée par le continent.


Aller plus loin

Sur Nouvelle Europe

Philippe Perchoc, Une équipe européenne pour les Jeux olympiques?, 3 mai 2010

Virginie Lamotte, Équipe Europe : balle(s) au centre?, 30 avril 2010

Sur Internet

RFI, Grèce : discussions avec les experts pour le déblocage d'une nouvelle tranche d'aide, 5 août 2012

La Tribune, L'Espagne au bord du gouffre financier, 22 juillet 2012

 

Source image: flickr

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