Les jeunes face aux élections européennes

Par Audrey Duquenne | 7 novembre 2013

Pour citer cet article : Audrey Duquenne, “Les jeunes face aux élections européennes”, Nouvelle Europe [en ligne], Jeudi 7 novembre 2013, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1750, consulté le 19 octobre 2017

Le taux de participation est bien souvent la bête noire des élections européennes. En effet, de 61,99% en 1979, il a régulièrement baissé pour tomber à 43% en 2009. La proportion de jeunes ne votant pas à ces élections est encore plus frappante. Point de situation sur le mystère du vote des jeunes, ou plutôt de son absence, et comment le réveiller.

Autopsie d’une abstention massive

Les résultats du sondage publié par Eurobaromètre en mai 2013 intitulé « European Youth : participation in democratic life » laissent songeur. En effet, ce dernier indique notamment que 64% des jeunes entre 15 et 30 ans interrogés iront probablement voter en 2014. De quoi tordre le cou aux prédictions pessimistes issues des dernières expériences européennes. Pourtant, les chiffres de 2009 sont sans équivoque et n’engagent pas à un retournement de tendance. Ainsi, d’après un sondage TNS-Sofres, l’abstention des jeunes en France atteignait, en 2009, 70% pour les 18-24 ans, et même 72% pour les 25-34 ans. Ces chiffres font des jeunes la catégorie de la population s’étant le plus massivement abstenue lors des dernières élections européennes.

Un article du Monde publié peu après l’élection avance qu’il ne s’agit pas nécessairement d’un manque d’attachement à l’Union européenne. Comment alors expliquer cette désaffection ? Le sondage d’Eurobaromètre tente d’apporter quelques éléments de réponse. Il indique notamment que pour 64% des jeunes qui n’iront « probablement pas voter », la principale raison est la certitude que ce vote ne changera rien. 61% de ce même groupe considèrent qu’ils ne disposent pas de suffisamment d’informations, et 56% que le Parlement européen ne s’occupe pas suffisamment des problèmes qui les concernent. Il reste donc sept mois à la classe politique, mais aussi à la société civile et aux journalistes pour tenter d’inverser la tendance.

« Nous ne disposons pas de suffisamment d’informations sur le Parlement européen »

On l’entend régulièrement, l’Europe ne passionne pas les foules, sauf à la blâmer pour une grande partie des problèmes nationaux. L’information diffusée au grand public se fait rare, et il est particulièrement difficile de délaisser une logique partisane pour une approche plus pédagogique, comme l’ont montré plusieurs grands enjeux européens tels que le référendum sur le Traité établissant une Constitution pour l’Europe en 2005.

La solution serait donc ici de multiplier les initiatives pédagogiques sur le fonctionnement de l’Union européenne et ses enjeux en direction des jeunes. A cet égard, plusieurs actions méritent d’être détaillées et relayées.

Le problème est en premier lieu une méconnaissance des institutions européennes, qui alimente de nombreux préjugés et craintes. On peut alors prendre l’exemple de la Maison de l’Europe de Paris qui a mis en place des Ap’euro à destination des jeunes afin de développer le débat européen. Elle prévoit d’aborder successivement les questions du rôle du Parlement européen, des frontières de l’Europe, de l’emploi des jeunes et de l’intérêt du vote, ce afin d’expliquer et de rassurer, mais toujours de manière non partisane.

A un niveau européen, le site myvote2014.eu, dont Nouvelle Europe avait déjà parlé en février dernier, a été créé par la League of Young Voters en collaboration avec le site Vote Watch Europe, qui promeut une plus grande transparence au Parlement européen à travers l’accès aux votes des députés. Le site permet à chaque personne de se faire une idée précise des principaux sujets ayant été traités au Parlement européen entre 2009 et 2013, mais aussi d’affiner son choix en vue des élections en identifiant les partis politiques et les députés se rapprochant le plus de ses préoccupations.

Le maître mot concernant le manque d’informations sur le Parlement européen semble donc être de diffuser largement et sous plusieurs formes une information concrète, attractive et surtout non partisane afin de permettre aux personnes concernées d’échapper aux discours erronés, exagérateurs et ne se focalisant que sur des problèmes nationaux.

« Le Parlement européen ne s’occupe pas suffisamment des problèmes qui concernent les jeunes »

Que retenir des engagements de l’Union européenne pour les jeunes ? Les premiers mots qui viennent rapidement à l’esprit peuvent être « Erasmus » et « Leonardo », deux programmes de mobilité qui ont rencontré un succès certain. Mais au-delà de ces deux dispositifs, il est en effet difficile de déceler une action concrète et continue du Parlement européen en faveur de cette catégorie spécifique, ce qui pourrait expliquer que ces derniers ne se sentent pas concernés.

On peut alors penser à ce que certains qualifient déjà de « génération perdue », c’est-à-dire d’une partie de la population jeune principalement localisée dans le sud de l’Union européenne pour qui l’impact de la crise économique et financière prend des proportions inédites, avec notamment l’explosion du nombre de demandeurs d’emploi (55% en 2011 en Grèce et en Espagne). Le rôle des institutions européennes dans la mise en place des plans de rigueur successifs pourrait en effet entraîner un rejet important de la part des personnes touchées.

Les institutions ont probablement trouvé une piste de réponse avec l’adoption de la Garantie pour la Jeunesse. Son objectif est de pouvoir proposer à tous les jeunes de moins de 25 ans une offre d’emploi, une formation, un apprentissage ou un stage dans les quatre mois après leur sortie de l’enseignement ou la perte de leur emploi. 8 milliards de fonds ont été alloués aux Etats membres, à charge pour ces derniers de les utiliser en fonction de leurs besoins. Bien que largement salué au niveau européen, le dispositif semble curieusement connaître pour le moment des difficultés de mise en place. Ainsi, Herman van Rompuy, l’actuel Président du Conseil européen, mentionnait récemment dans une session de questions/réponses sur Twitter que les projets des Etats membres se faisaient malheureusement encore attendre.

Face à la difficile mise en place de politique répondant clairement aux préoccupations des jeunes, plusieurs initiatives visant à leur donner directement la parole se mettent en place.

Le Parlement européen a ainsi largement annoncé mi-octobre son intention de recevoir 5 000 jeunes à Strasbourg du 9 au 11 mai 2014 afin de participer à une réflexion autour d’environ cinquante ateliers de travail et laboratoires d’idées. L’objectif est ici de permettre aux jeunes rassemblés de présenter leurs propositions à l’attention de la nouvelle assemblée.

Le Forum Européen de la Jeunesse a, quant à lui, créé le site loveyouthfuture.eu afin d’inviter les députés européens à signer une « promesse pour la jeunesse ». Cette promesse est composée d’une liste de priorités déterminées par les jeunes eux-mêmes afin que leurs préoccupations soient prises en compte. On y trouve notamment des demandes en faveur d’une meilleure protection pour les jeunes travailleurs et les stagiaires, de lutte contre les discriminations en fonction de l’âge, d’accès à une éducation de qualité, d’une démocratie plus représentative ou encore d’un budget prenant en compte la durabilité environnementale et la cohésion sociale.

Conclusion

Restent au final les 64% chez les potentiels non votants qui considèrent que le vote aux élections européennes ne changera rien. Une combinaison des réponses aux deux premières affirmations devrait pouvoir améliorer les choses. Mais pour les sceptiques, le site myvote2014.eu a également mis en ligne une simulation de l’issue des principaux votes de la législature s’ils avaient été votés directement pas les citoyens. 

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Source image : Page Facebook du Parlement européen.

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