Les Balkans, dernier arrêt avant l'Union européenne

Par Jean-Baptiste Kastel | 7 avril 2015

Pour citer cet article : Jean-Baptiste Kastel, “Les Balkans, dernier arrêt avant l'Union européenne”, Nouvelle Europe [en ligne], Mardi 7 avril 2015, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1882, consulté le 12 décembre 2017

 Les migrants et demandeurs d’asile sont de plus en plus nombreux dans les Balkans occidentaux. Les responsables nationaux et européens sont actuellement dépassés par ce phénomène. Enclavée, la région représente une porte d’entrée pour l’Union européenne. Cependant, les infrastructures ne sont pas adaptées et les conditions d’accueil restent très précaires. De plus, les Etats de la région doivent faire face à un double phénomène. La région sert de zone de transit pour les personnes fuyant les conflits en Asie et en Afrique et ce mouvement est complété par les migrants balkaniques qui cherchent eux aussi à tenter l’aventure européenne.

Les migrants qui passent par les Balkans occidentaux tentent d’éviter la porte offerte par la Bulgarie et la Grèce. En effet, ils fuient de plus en plus les conditions précaires auxquelles ils font face dans ces deux pays où le traitement des migrants est rude. A tel point que la Hongrie devient un nouvel accès privilégié. Avec cette nouvelle route, c’est la Serbie qui doit désormais gérer un flux important de migrants sur son territoire.

Serbie : l’arrêt obligatoire  

Selon le bureau national serbe chargé des questions d’asile, près de 16 500 demandeurs sont entrés en Serbie en 2014, dont 7 000 demandeurs d’asile politique. Les migrants sont surtout originaires de Syrie, d’Afghanistan et d’Afrique subsaharienne. Avec le conflit syrien, le nombre de migrants a explosé en Serbie ces dernières années. Les autorités nationales sont dépassées et incapables de gérer la situation. Cette gestion est dénoncée par plusieurs associations se mobilisant pour montrer que les conditions d’accueil mettent en danger la santé des migrants. C’est le cas de l’ONG Médecins sans frontières qui évoque une situation « catastrophique ».

Il n’existe actuellement que cinq centres d’accueil dans le pays dont les capacités d’hébergement sont insuffisantes pour aider les demandeurs d’asile, réfugiés et migrants. Il est assez fréquent de trouver des camps dans les forêts ou bâtiments abandonnés. Généralement, à leur arrivée en Serbie, les demandeurs d’asile dorment dehors dans des campements de fortune. Actuellement, ce problème n’est pas traité par le gouvernement. La politique d’austérité ne permet pas de financer ou moderniser les centres d’accueil.

Depuis plusieurs mois, Médecins sans frontières a mis en place des cliniques mobiles et distribue des produits de première nécessité. Dans la ville de Subotica, située près de la frontière hongroise, les migrants s’abritent à la nuit tombée dans des bâtiments abandonnés et en ruine pour éviter de tomber sur la police quand ils n’essaient pas de traverser la frontière furtivement.

Les associations de défense de migrants appellent les États membres de l’Union européenne, et en particulier la Hongrie, à s’abstenir de renvoyer vers la Serbie les ressortissants des pays tiers. De plus, ils rappellent les engagements internationaux de la Serbie qui doit fournir une assistance adéquate et une protection internationale aux demandeurs d’asile.

Cette situation est utilisée par les trafiquants de la région. Les passeurs et les fabricants de faux papiers et visas sont désormais nombreux à Subotica. Récemment, un réseau de passeurs qui moyennait entre 2 800 et 7 000 euros par famille la fabrication de faux documents et la traversée de la frontière a été démantelé par Europol. De leur côté, les autorités serbes annoncent qu’environ 500 personnes sont arrêtées chaque semaine, dont de nombreux passeurs.

Cependant, les migrants ne proviennent pas uniquement des zones de conflit. La grande majorité provient des pays des Balkans occidentaux, qui traversent une période économique difficile. Cette situation contraint la population à essayer de rejoindre l’Union européenne. Le Kosovo connaît notamment un exil notable qui perturbe ses relations avec l’Union européenne.  

Le dur exil du Kosovo vers l’Union européenne

Cette situation prend tellement d’ampleur que des députés allemands souhaitent réviser certains accords devant l’afflux de réfugiés kosovars. En effet, la formation démocrate-chrétienne (CSU-CDU) d’Angela Merkel souhaite mettre la Serbie sur la liste des pays sûrs. Cela permettrait de rejeter  les demandes d’asile émanant des citoyens kosovars. Lorsque qu’un pays est classifié comme  sûr, les demandes d’asile sont en effet automatiquement rejetées.

En Allemagne, et uniquement pour le mois de janvier 2014, le nombre de demandes d’asile déposées s’élevait à plus de 3 000. Ce chiffre représente déjà  50% des demandes déposées en 2014. Le Kosovo est désormais en deuxième position derrière la Syrie. De plus, toujours durant le mois de janvier, environ 18 000 citoyens kosovars sont entrés dans le pays, la plupart attendant encore de déposer leur dossier.

Cependant, le gouvernement allemand souhaite un meilleur contrôle de la frontière serbo-hongroise via un renforcement de l’agence Frontex. Depuis le début de l’année, près de 500 Kosovars arrivent chaque jour à la gare routière de Subotica et franchissent la frontière hongroise. Selon Frontex, en six mois, 50 000 personnes auraient quitté le Kosovo, dont 6 000 enfants.

Du côté hongrois, le maire d’Ásotthalom, situé en face de Subotica, souhaite que des fonds versés par l’Union européenne pour la sécurité des frontières soient utilisés pour bâtir une clôture. Désormais, la frontière entre la Serbie et la Hongrie est le troisième point de passage le plus fréquenté pour tenter de pénétrer clandestinement dans l’espace Schengen.

Afin de limiter le nombre de migrants à Subotica, les contrôles se multiplient entre les différents postes frontaliers du Kosovo et de la Serbie. Pour échapper aux contrôles serbes, les familles kosovares passent de plus en plus par le Monténégro afin de rejoindre les pays de l’Union européenne.

Les raisons de cet exode massif sont essentiellement liées à la situation économique et sociale du Kosovo. Malgré l’aide internationale, il reste l’un des pays les plus pauvres d’Europe. Un tiers de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté et le chômage atteint 35% pour l’ensemble de la population et plus de 55% pour les jeunes…

Cette situation nécessite un changement de stratégie venant de l’Union européenne. Considérée  comme son antichambre, les Balkans occidentaux subissent une crise importante. L’Union européenne, en choisissant de délaisser une politique libérale qui ne semble pas faire effet pour le moment, pourrait plutôt orienter ses programmes d’aide financière dans la création de centre d’accueil des migrants et opter pour une stratégie d’intégration qui prendrait en compte l’évolution des normes sociales et favoriserait l’emploi. L’efficacité d’une politique migratoire commune passe inévitablement par la résolution des problèmes économiques et sociaux dans les Balkans.

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Crédit photos : Jérôme Cid pour Nouvelle Europe

Gare frontalière de Subotica - Arrêt de bus de Kelebija, dernier avant la Hongrie

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