Le triangle de Weimar

Par Pauline Joris | 1 novembre 2006

Pour citer cet article : Pauline Joris, “Le triangle de Weimar”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 1 novembre 2006, http://www.nouvelle-europe.eu/node/35, consulté le 24 mai 2019

jpeg La construction européenne n'a pas, avec ses grandes réunions des chefs d'État et de gouvernement, fait disparaître les rencontres bilatérales entre gouvernements européens. Elles ont au contraire toujours un rôle à jouer dans une Union européenne à bientôt 27 membres. Les pays du Bénélux (Belgique - Pays-Bas - Luxembourg) continue ainsi à se rencontrer régulièrement. La France, l'Allemagne et la Pologne sont ainsi tous les trois engagés dans le "Triangle de Weimar".

Les chefs d'État français, polonais et allemands, mais aussi d'autres ministres, ont pris l'habitude de rencontres tri-partites. Cette coopération s'appelle le "Triangle de Weimar"; elle a débuté il y a 15 ans, en août 1991, à l'initiative des ministres des affaires étrangères des 3 pays (H. Genscher, R. Dumas et K. Skubiszewski).

L'objectif, en 1991, était alors que la réconciliation franco-allemande inspire les relations entre l'Allemagne et la Pologne. Les spécialistes des relations internationales rappellent que d'autres questions étaient alors en jeu. La France appréhendait alors une Allemagne dominant l'Europe centrale dont elle serait absente. Et conscient de ces craintes, le ministre allemand des affaires étrangères invita son confrère français ; ce dont, par ailleurs, la Pologne se réjouissait lui permettant d'éviter un tête-à-tête tant les relations germano-polonaises ont peu être tendues et difficiles.

Avec le temps, le triangle de Weimar est devenu un instrument de politique européenne, pour préparer puis aider à accomplir l'adhésion du plus important des dix nouveaux États membres de 2004.

Comme bien souvent en relations internationales, la bonne collaboration du triangle de Weimar dépend d'autres enjeux internationaux. Ainsi, quand Jacques Chirac, en pleine crise sur l'Irak en 2003, trouve la fidélité atlantiste de certains futurs États membres déplacée, ses paroles ("Ils auraient mieux fait de se taire") refroidissent glacialement la coopération tri-partite…

L'année 2006 est à peine plus détendue. Le président Kaczynski a demandé une redéfinition plus précise du triangle de Weimar lors de sa visite officielle en France en février 2006. La veille du sommet des chefs d'États Français, Polonais et de la chancelière allemande le lundi 3 juillet 2006, Lech Kaczynski a annulé, se déclarant souffrant. Mais la publication d'une caricature dans un journal berlinois ne semble guère étrangère à cette décision soudaine. Et tandis que le gouvernement polonais n'apprécie pas l'exposition à Berlin sur les expulsions en Europe, les déclarations tapageuses des Kaczynski sur le rétablissement de la peine de mort agacent à Berlin.

Mais n'est-ce pas finalement la décision du gouvernement allemand de construire un gazoduc partant de la Russie vers l'Allemagne en passant sous la mer Baltique qui est le réel problème des relations germano-polonaises et de la coopération au sein du triangle de Weimar ?
Ce projet de gazoduc, mettant Varsovie comme les États baltes sous la dépendance énergétique de Moscou, montre que les questions énergétiques sont la clé de beaucoup des enjeux internationaux.

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Pour aller plus loin :

- Le site, principalement en allemand, du triangle de Weimar (Weimarer Dreieck)
- Une tribune engagée de l'universitaire Henri Ménudier , spécialiste des relations franco-allemandes, dans Libération (29 août 2006)

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