Le Sumo, sport ancestral japonais, à la conquête du vieux continent

Par Miroslava Ivanova | 3 mai 2010

Pour citer cet article : Miroslava Ivanova, “Le Sumo, sport ancestral japonais, à la conquête du vieux continent”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 3 mai 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/871, consulté le 14 août 2020

Le sumo, sport ancestral japonais, n'est plus pratiqué uniquement dans le pays du Soleil levant, mais aussi dans le reste du monde et notamment en Europe.  En même temps, des lutteurs de sumo européens évoluent dans le monde du sumo professionnel  au Japon. Voici comment ce sport, typiquement japonais, est apparu en Europe.

Les origines du sumo

Le sumo est un sport ancestral japonais qui existe depuis plus de 2000 ans. Les premiers écrits concernant le sumo datent du VIIIe siècle mais il est impossible de dire avec exactitude à partir de quand le sumo s'est développé au Japon. Il n'en reste pas moins que le sumo est le sport national japonais par excellence. Il est entouré de nombreuses anciennes traditions spécifiquement japonaises et de rites cérémonials shintoïstes qui sont rigoureusement respectés et gardés encore de nos jours. Ces rituels durent parfois plus longtemps que l'affrontement en soi qui ne prend que quelques minutes. Un de ces rites consiste à jeter du sel sur le dohyo (le ring circulaire sur lequel est mené le combat) afin de le purifier des mauvais esprits. Au Japon, il est strictement interdit aux femmes de monter sur le dohyo, car leur sang est considéré comme impropre.

Le sumo est considéré comme un des sports les plus difficiles, car il ne prend pas en compte les différences de taille et de poids entre les lutteurs. Pendant le combat, les sumotoris portent uniquement un mawashi, une bande de tissu en soie, serré autour des reins et dans l'entre-jambes, qui constitue la seule prise solide lors du combat. La saison de combats est annuelle et comporte six tournois officiels, appelés basho, qui ont lieu uniquement au Japon. Chaque basho représente 15 jours de combats pour chaque participant. Le vainqueur du tournoi est le sumotori ayant remporté le plus de duels.

Le sumo amateur en Europe

Le Sumo s'est internationalisé dans les années 1980 avec la création de la Fédération internationale du Sumo amateur. En Europe, une Fédération européenne du Sumo amateur est créée en 1995 par 25 Fédérations nationales. L'objectif de la Fédération européenne de Sumo est de promouvoir le sumo au niveau européen et d'organiser des compétitions. Aujourd'hui, parmi ses 27 membres, 17 sont membres de l'Union européenne. Le premier championnat d'Europe de sumo est organisé en 1995 et depuis il y en a un chaque année entre juin et août dans un pays différent. Ainsi en 2007, il s'est déroulé en Hongrie, en 2008 en Pologne, en 2009 en Suisse et cette année ce sera la Russie qui l'accueillera. Parallèlement, il existe en Europe, et notamment en France, des clubs de sumo ludique, c'est-à-dire des clubs où le Sumo est pratiqué pour le plaisir sans participation à des compétitions.

Le sumo peut être pratiqué professionnellement uniquement au Japon. Le sumo pratiqué en Europe est donc amateur et il n'est pas identique au sumo professionnel japonais. Il existe trois différences majeures. Tout d'abord, le sumo amateur européen n'est pas du tout ritualisé. Il n'y a pas de jet de sel avant le combat, le salut antre les lutteurs est abrégé, l'affrontement est direct. Deuxièmement, des catégories de poids ont été introduites dans le sumo amateur. Et enfin, les femmes sont autorisées de participer dans des combats de sumo et cela d'une manière officielle depuis 1999. L'objectif de cette « démocratisation » est de permettre au sumo de postuler pour devenir discipline olympique, mais selon M. Patrick Vial, ancien entraîneur de l'équipe de France de Sumo, cela est « peu probable étant donné la faible popularité de ce sport en dehors du Japon et son aspect peu esthétique ».

Au début de son apparition en Europe, le Sumo était un moyen de reconversion pour des vétérans sportifs qui souhaitaient continuer leur carrière sportive. Aujourd'hui, les lutteurs de sumo européens sont des sportifs ayant fait du judo ou de la lutte traditionnelle avant de s'orienter vers le sumo. En effet, il existe une certaine similitude entre ces sports et le sumo.

Les Européens dans le sumo professionnel au Japon

Le sumo professionnel s'est ouvert aux étrangers il y a environ 40 ans avec le sumotori hawaïen Takamiyama qui a été le premier étranger autorisé à participer aux combats de sumo professionnel. C'est notamment Takamiyama qui introduit en 1989, le premier Européen dans le sumo professionnel au Japon, l'Anglais Nathan Strange. Aujourd'hui, l'Union européenne est représentée dans le sumo professionnel par quatre lutteurs.

Le plus connu est le rikishi (lutteur de sumo professionnel) bulgare Kotooshu ("la cithare européenne"), de son vrai nom Kaloyan Stefanov Mahlianov. Il a commencé sa carrière sportive dans la lutte gréco-romaine avant de s'orienter vers le sumo professionnel au Japon. Depuis ses débuts dans ce sport en 2002, il a réussi à atteindre le rang d'Ozeki en 2005 (le deuxième le plus élevé dans la hiérarchie du sumo après celui de Yokozuna) après seulement 19 tournois, une progression spectaculaire qui représente un record absolu dans l'histoire du sumo moderne. En avril 2006, il a été nommé Ambassadeur de bonne volonté au Japon de l'Union européenne. En mai 2008, il entre dans l'histoire du sumo professionnel en devenant le premier rikishi européen à avoir gagné la Coupe de l'Empereur. Il mesure 2,03m et pèse 152 kg, mais comparé aux autres lutteurs de sumo, il a plutôt une allure élégante, ce qui a poussé les journalistes japonais à l'appeler « le David Beckam du sumo ».

L'Estonien Baruto (référence à la mer Baltique en japonais), ou Kaido Hoovelson, était le grand espoir dans le sumo professionnel et en mars dernier, il a réussi de se hisser au rang d'Ozeki et ainsi rejoindre l'autre Ozeki européen Kotooshu. Avant de se lancer dans le sumo, il faisait du judo dans son pays natal. Avec ses 188 kg, Baruto est le lutteur le plus lourd dans son rang. Cependant, il est très populaire parmi les Japonais en raison de sa bonne humeur, peu importe s'il gagne ou s'il perd.

Deux autres Européens, le Tchèque  Pavel Bojar ou Takanoyama  et le Hongrois Toth Attila  ou Masutoo évoluent dans le sumo professionnel au Japon. Tous les deux occupent pour l'instant le rang de makushita (3e rang le plus élevé).

Espérons que bientôt il y aura un Yokozuna européen, le rang le plus élevé dans le Sumo professionnel....

 

Pour aller plus loin

À lire

  • KASAI, Kaorie, « Le Sumo d'aujourd'hui est-il encore un sport national ou déjà international ? », Cités, n°27, 2006/3,  P.U.F

Sur Internet

  • Le premier magazine français consacré au Sumo 

Source photo : Ama vs Kotooshu sur Flickr

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