Le futur pour l'Union européenne : extrémiste ou enthousiaste ?

Par Cloé Ragot | 30 septembre 2013

Pour citer cet article : Cloé Ragot, “Le futur pour l'Union européenne : extrémiste ou enthousiaste ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 30 septembre 2013, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1736, consulté le 24 mai 2017

La crise depuis 2008, autant économique que sociale et identitaire, a révélé la fragilité de l’Union Européenne (UE) qui paraissait être un modèle économique, social et diplomatique d’intégration dans le monde. En plus des graves conséquences économiques, cette crise a suscité un euroscepticisme, un renforcement de la poussée nationaliste et une menace au niveau des élections directes du Parlement européen. Quelle serait donc l’influence des partis d’extrême droite sur le fonctionnement du Parlement européen - institution démocratique - de l’UE?

Prise d’importance du Parlement européen et renforcement des valeurs de l’extrême droite en Europe

Après des années d’asymétrie institutionnelle, le Parlement européen – cœur de la démocratie européenne – s’est battu pour un pouvoir de codécision législative égal à celui du Conseil et pour ainsi donner la parole directe aux citoyens européens. Suite aux premières élections au suffrage universel direct en 1979, à l’Acte unique européen (1986), ainsi qu’au Traité de Maastricht (1992), le Parlement européen reprend du terrain. Il possède trois fonctions essentielles: adopter le budget de l’UE avec le Conseil, contrôler les activités des autres institutions afin de préserver un fonctionnement démocratique, et voter les actes législatifs européens. Cette dernière fonction porte sur toutes les décisions liées à la protection des consommateurs, l'environnement, l'agriculture, la politique énergétique, l'immigration, les fonds européens, le principe d'égalité de traitement… Le déficit de démocratie de l’Union européenne semble alors être sur la voie de l’apaisement, les décisions étant désormais prises en coopération avec le Conseil sur la majorité des articles de l’UE, à l’image du pouvoir législatif national divisé entre deux chambres.

Alors que d’une plus grande participation des citoyens européens et d’une conscience de ce co-pouvoir législatif grandissant aurait dû résulter un regain d’intérêt pour l’UE, les citoyens européens au contraire se désintéressent des institutions supranationales : on le remarque notamment à travers ce qu’on peut appeler des élections « fantômes », se réduisant à une participation à hauteur de 43% en 2009, comparé à 62% –résultat déjà bien mince – lors de la première élection en 1979. Ce désintérêt ajouté à une connaissance flou des pouvoirs du Parlement européen – prenant multiples décisions auparavant du ressort des seuls gouvernements nationaux – livre donc en partie le sort des décisions à une poignée d’électeurs. Le Parlement européen devient alors une plateforme idéale pour les partis afin de gagner de la légitimité aux niveaux européen et national.

Prête à tout pour devenir un courant politique influent, l’extrême droite européenne a trouvé un nouveau créneau de mobilisation. Il faut souligner que l’idéologie des extrêmes en Europe reflète le projet bien défini d’une renonciation du projet européen, initié depuis 1950, en vue de reconstruire l’Europe d’après-guerre et d’assurer paix, stabilité et coopération entre les anciens ennemis. La construction européenne est considérée par ces partis extrémistes comme un “échec total” et l’Euro une “aberration économique”, comme l’explique le Front national français, préconisant dans cette même perspective une hard line concernant l’immigration. Tout comme le Front national, d’autres partis d’extrême droite d’Europe (Dansk Folkeparti, Freedom Party, Jobbik party, ChrysiAvyi, Freedom Party en Autriche, FinnishPerussuomalaiset en Finlande, et la Lega Nord d’Italie pour ne citer que les plus influents) gagnent du terrain nationalement, s’ouvrant des opportunités d’accès au niveau européen.

Cependant, malgré une base commune idéologique, il est difficile pour les partis d’extrême droite de chaque Etat de préserver une coalition d’extrême droite européenne, étant donné leur préférence nationaliste. Afin d’être reconnu officiellement comme un parti au Parlement européen, il faut 20 membres venant d’au moins un cinquième des Etats membres. Cette difficulté d’organisation et de coalition a minimisé leur influence au Parlement jusqu’à ce jour, mais cette menace n’est pas à mettre de côté.

Montée de l’extrême droite : les raisons pour lesquelles les partis d’extrême droite acquerraient plus de sièges au Parlement européen

Pendant que la crise économique heurte le continent et que l’euroscepticisme submerge les esprits, les partis d’extrême droite en profitent pour mobiliser les électeurs pour les élections européennes de 2014 arrivant désormais à grands pas. Cet euroscepticisme croissant passe par le rejet et la peur de la monnaie commune, de l’intégration politique et culturelle ainsi que du retrait de certains pouvoirs nationaux provoquant un dilemme identitaire parmi les Européens. En effet, selon le baromètre européen de juin 2012, 44% des citoyens européens ne considèrent que leur identité nationale, 43% considèrent d’abord leur identité nationale puis leur identité européenne et 6% pensent être européens puis nationaux. Ces chiffres ont évolué en faveur de l’identité nationale depuis ces dernières années.

Ce phénomène de montée des extrêmes lors de crises économiques n’est pas nouveau, le paradigme étant l’apparition du Nazisme en Allemagne, mais ces cinq dernières années de crise rampante en Europe n’ont fait qu’envenimer les tensions xénophobes et nationalistes à travers un soutien de plus en plus accru en faveur des mouvements d’extrême droite. Entre les politiques d’austérité des pays sous le “bail out” européen, les nouveaux entrants soumis aux restrictions de l’UE, ainsi que les plus anciens membres de l’UE subissant à leurs yeux l’injustice de payer pour les autres, les votes sanctions sont à prévoir, comme l’ont montré les élections locales et nationales. Concernant les résultats aux élections nationales (présidentielle ou parlementaires), avec 18% pour le Front National en 2012 (France), 12% pour le Dansk Folkeparti en 2011 (Danemark), 7% pour le ChrysiAvyien 2012 (Grèce), 16% pour le Jobbik partyen 2010 (Hongrie) et 10% pour le Party for Freedom en 2012 (Pays-Bas), ces partis n’ont plus un statut marginal. Il est vrai que plus leur scores sont élevés, plus ces partis sont amenés à gagner de la légitimité et de l’influence sur le plan européen, et sont, par conséquent, plus à même de mobiliser un plus grand nombre d’adhérents. Ces votes peuvent être considérés comme protestataires face à un immobilisme et un désenchantement des courants politiques dominants ne reflétant pas les demandes des citoyens. Ou bien ils peuvent résulter d’un réel soutien des citoyens européens pour ces partis, non liés à la crise identitaire que traverse l’Europe.

Malgré des résultats nationaux probants depuis 2009, les partis d’extrême droite, aux dernières élections européennes, restaient minoritaires – dépendant de la définition accordée à la composition des partis extrêmes – avec moins de 60 parlementaires européens sur un total de 754 pour les 27 Etats membres. Si l’on se réfère aux résultats nationaux, ce chiffre est amené à augmenter aux prochaines élections de 2014. En effet, quatre ans auparavant, 13 des 27 Etats membres n’avaient pas élu un seul parlementaire européen d’extrême droite. Les prochaines élections, selon les statistiques, devraient tendre vers une augmentation de ce chiffre, au plus grand désarroi des pro-européens majoritaires dans les institutions européennes, contrebalançant la tendance historique des courants dominants à l’UE.

Qu’est ce que cette montée des extrêmes peut changer pour le Parlement Européen ?

Tout d’abord, il est essentiel de mettre en lumière la position paradoxale des partis d’extrême droite vis-à-vis de l’UE. En effet, ces partis sont nationalistes, anti-immigration et à tendance autarcique, néanmoins ils mobilisent les électeurs afin d’être représentés auprès de l’UE - représentation directe d’un pouvoir supranational visant entre autres à la libre circulation des personnes et l’interdépendance des économies. Quels sont donc leurs objectifs? Leur intérêt démagogique est, semble t-il, d’acquérir une plus grande légitimité dans une institution de laquelle les citoyens se désintéressent, facilitant le passage d’élus provenant des extrêmes.

Le rôle des élus des partis extrêmes au Parlement européen est généralement fondé sur des stratégies d’opposition et de protestation, et non de proposition de programmes sensés ou constructifs. En d’autres termes, les extrêmes utilisent cette opportunité de représentation et de gains de pouvoir aux dépends du bon fonctionnement de l’UE ; soit en jouant la carte de l’absence sur la scène européenne afin de mener une campagne au niveau national, soit en utilisant leur charisme d’orateur pour divulguer leur idéologie anti-européenne et discréditer l’UE. Ainsi, ces parlementaires tentent de bloquer les décisions du Parlement européen.

Si cette prédiction de l’augmentation du nombre de sièges accordée à l’extrême droite s’avère vraie, il s’ensuivrait un blocage des discussions et débats au Parlement, ainsi qu’une influence voire application de leur politiques xénophobes et de cloisonnement nationaliste, avec un potentiel effondrement de l’UE qui remettrait en cause le futur économique, politique et diplomatique des pays actuellement membres.

Conclusion

Les votes protestataires soutenant les partis d’extrême droite peuvent avoir un impact considérable sur les politiques menées par l’UE ainsi que sur le principe démocratique de célébration des minorités que l’Europe a largement soutenu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et la fin du fascisme. L’UE ne peut glisser de valeurs communes unificatrices telles que défendre la démocratie et reconstruire l’économie européenne, à une tendance extrême, autarcique et d’exclusion. La montée des extrêmes droites aux élections nationales, et potentiellement au Parlement européen aux prochaines élections, est un nouveau défi que l’UE et les Etats membres doivent surmonter par un regain d'intérêt politique et un rappel des avantages que l’UE continue à apporter aux Etats membres, et ce même pendant la crise.

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Source photo : Hémycicle du Parlement européen à Strasbourg en 2006 sur wikimedia commons

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