Le défi démographique ukrainien

Par Antoine Lanthony | 9 septembre 2007

Pour citer cet article : Antoine Lanthony, “Le défi démographique ukrainien”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 9 septembre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/266, consulté le 17 juillet 2019

kiev_place_centralearticleTous les pays d’Europe connaissent, à des degrés divers, des problèmes démographiques. A de très rares exceptions près, ils subiront, selon les estimations, une diminution de leur population d’ici 2050. Le nord et l’ouest de l’Europe semblent relativement épargnés, tandis que de l’Italie à la Grèce et de la République tchèque à la Russie, les perspectives les plus alarmistes se succèdent. Focus sur l’Ukraine, à la croisée de nombreux problèmes démographiques et pays le plus touché au monde par le dépeuplement.

kiev_place_centralearticleTous les pays d’Europe connaissent, à des degrés divers, des problèmes démographiques. A de très rares exceptions près, ils subiront, selon les estimations, une diminution de leur population d’ici 2050. Le nord et l’ouest de l’Europe semblent relativement épargnés, tandis que de l’Italie à la Grèce et de la République tchèque à la Russie, les perspectives les plus alarmistes se succèdent. Focus sur l’Ukraine, à la croisée de nombreux problèmes démographiques et pays le plus touché au monde par le dépeuplement.

Des chiffres édifiants

Si le vieillissement des populations occidentales, la faible espérance de vie des hommes russes ou la politique de limitation des naissances en Chine sont des réalités démographiques bien ancrées dans les esprits, ce n’est pas encore le cas de la décroissance de la population en cours et à venir en Europe.

Pour autant, environ un tiers des pays du continent voit déjà sa population diminuer, avec peu d’espoirs de changements à court terme. Si la Russie est la plus touchée quantitativement, l’Ukraine paie proportionnellement un plus lourd tribut en ayant perdu chaque année un peu moins de 1% de sa population depuis son indépendance.

En effet, l’Ukraine comptait environ 52 millions d’habitants en 1992. De 48,5 millions lors du recensement de 2001, la population est aujourd’hui tombée aux alentours de 46,5 millions selon les dernières estimations de la CIA ou du Comité national statistique ukrainien. Ce reflux est davantage marqué dans l’est du pays (régions industrielles de Donetsk et Dnipropetrovsk) et en Crimée, tandis que Kiev tend à voir sa population augmenter légèrement.

Selon la projection médiane des Nations Unies, la population ukrainienne pourrait s’élever à seulement 26 millions d’habitants en 2050. L’Ukraine serait donc, sur les 40 prochaines années, le pays au monde le plus touché par le dépeuplement, avec une chute de plus de 40 % de sa population entre 2005 et 2050, précédant dans ce classement prévisionnel, outre quelques pays ou territoires des Caraïbes et du Pacifique, la quasi-totalité des Etats issus de l’ancien bloc communiste, en premier lieu la Bulgarie et la Géorgie. En termes bruts, selon cette étude, l’Ukraine perdrait donc 20 millions d’habitants, contre 31 à la Russie, alors que sa population était en 2005 (date de l’étude) égale au tiers de la population russe, soit une hémorragie annoncée deux fois plus rapide en Ukraine.

Ce dépeuplement est le fruit de causes multiples, souvent communes aux pays post-communistes, mais dont certaines sont plus marquées en Ukraine.

De nombreuses causes…

En premier lieu, tout comme les autres pays non-musulmans issus de l’ancien bloc communiste, l’Ukraine connaissait déjà une natalité relativement faible à la fin des années 1980, avec environ 2 enfants par femme, malgré les politiques familiales en vigueur. La chute de l’Union soviétique et le changement de société, particulièrement brutal en Ukraine, ont entraîné une chute supplémentaire de la natalité, à des taux inférieurs à ceux observés en Russie ou en Pologne voisines. L’Ukraine a ainsi connu l’indice de fécondité le plus bas au monde durant la période 2000-2005 : 1,12 enfant par femme selon l’ONU. Le pays conserve aujourd’hui l’un des dix taux les plus bas, aux alentours de 1,2 enfant par femme, avec d’autres pays d’Europe centrale et orientale et les pays est-asiatiques les plus riches.

D’autres phénomènes tels que l’alcoolisme, particulièrement chez les hommes, ajoutés à la déliquescence de certaines structures de santé, ont provoqué une diminution de l’espérance de vie et une augmentation de la mortalité. Ce phénomène, s’il accentue le déséquilibre entre naissances et décès, n’est cependant pas l’une des causes principales du dépeuplement ukrainien, l’espérance de vie y étant, à titre d’exemple, supérieure à celle du voisin russe. L’augmentation rapide du nombre de personnes séropositives pourrait également à terme peser sur la mortalité et donc sur la démographie ukrainienne.

Il est enfin un autre phénomène, très marqué en Ukraine, et dont les conséquences démographiques sont colossales : l’émigration.

… dont la fuite de la main d’oeuvre

A l’opposé d’une Russie dont le solde migratoire est positif depuis la fin de l’Union soviétique (particulièrement entre 1993 et 2000), le solde migratoire de l’Ukraine est continuellement négatif depuis 1994.

L’Ukraine est, avec la Pologne, l’un des deux principaux pays d’émigration en Europe. Cette émigration, à caractère principalement économique, aspire une partie de la population ukrainienne, tout d’abord vers la Russie, mais aussi vers la Pologne, où elle vient remplacer la main d’œuvre locale partie chercher de meilleurs salaires en Irlande ou au Royaume-Uni. Italie, Grèce, République tchèque, Portugal, Espagne, Hongrie, Israël, Etats-Unis ou plus récemment pays baltes sont les autres principales destinations des Ukrainiens en partance.

Quelles perspectives ?

Les populations ayant émigré, parmi lesquelles un grand nombre de travailleurs, n’ont pour la plupart pas été remplacées. Jouissant d’un taux de chômage officiellement inférieur à 3 %, mais tout de même sous-évalué, l’Ukraine pourrait rapidement se retrouver proche du plein emploi. La forte croissance économique de ces dernières années et celle à venir nécessiteront une main d’œuvre que le pays n’aura probablement pas à sa disposition. Kiev devrait alors à son tour vraisemblablement se tourner vers l’Est ou le Sud afin de combler son manque de main d’œuvre.

Cependant, le décollage économique de l’ensemble de l’Europe centrale et orientale pourrait également aboutir à terme à deux phénomènes. Une tendance à l’homogénéisation des niveaux de vie et des conditions salariales entre les différents pays du continent pourrait se faire jour, ce qui aurait pour effet d’une part une diminution des flux migratoires dans les décennies à venir, et d’autre part une remontée des taux de natalité.

Ces deux facteurs semblent être corrélés au succès économiques de ces pays, à une augmentation des salaires et à une sécurisation des conditions de vie, comme en Estonie, et même en Russie, où les taux de natalité sont en faible mais constante augmentation depuis plusieurs années.

Pivot géopolitique, tiraillée entre Occident et monde russe, l’Ukraine subit de multiples influences : politiques, économiques, mais aussi démographiques. Entre une Russie à la croissance économique qui ne devrait guère se tarir dans les années à venir et des pays de plus en plus prospères sur son flanc ouest, la carte ukrainienne semble difficile à jouer. Le développement économique de l’Ukraine apparaît donc comme la clé principale permettant d’atténuer ce reflux démographique.

Pour aller plus loin :

picto_1jpeg Sur Internet 
picto_1jpeg Prévisions de l’ONU sur la population (en anglais)
picto_1jpeg Comité national statistique ukrainien (en anglais)
picto_1jpeg Etude sur le développement démographique de l'Ukraine et de la Russie (en anglais)

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