Le 9 mai dans l'imaginaire européen

Par Oriane Cépède | 26 mai 2011

Pour citer cet article : Oriane Cépède, “Le 9 mai dans l'imaginaire européen”, Nouvelle Europe [en ligne], Jeudi 26 mai 2011, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1145, consulté le 16 décembre 2017

Divinité grecque, continent ou encore, idéal mégalomane ou pacifique, parfois assimilée à la chrétienté médiévale ou au « concert des nations » mais souvent théâtre des rivalités étatiques, l'Europe est une idée ancienne à la définition mouvante. Aujourd'hui, l'identité européenne est trouble. Une enquête Eurobaromètre réalisée en 2006 montre que 63% des citoyens se sentent davantage attachés à l'Europe qu'à l'Union européenne, contre 50% qui affirment le contraire. Il est donc intéressant de se poser rétrospectivement la question : que signifie le 9 mai dans l'imaginaire européen ? 

L'Europe fête ses 61 ans ?

« Les journalistes qui s'attendaient à une conférence de presse de routine furent stupéfaits, cet après-midi-là, d'entendre Robert Schuman leur donner lecture, d'une voix sourde et sans effets oratoires, d'un texte véritablement explosif »

L'historien Pierre Gerbet, à propos de la déclaration Schuman du 9 mai 1950, in La construction de l'Europe, Éditions Imprimerie nationale, 1999.

Après la boucherie des deux guerres mondiales, les mouvements pacifistes et pro européens ont enfin la possibilité de faire entendre leurs idées jusque-là mises de côté par les rivalités nationales. Désormais, les hommes et les femmes politiques européens et américains agissent dans le sens d'un développement de la coopération entre gouvernements afin d'en finir avec la guerre.

L'Europe pacifique naît d'une initiative française. Jean Monnet, Commissaire au plan, et Robert Schuman, ministre des Affaires étrangères, proposent une base franco-allemande et économique à cette Europe : une Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). Cette proposition apaise ainsi les tensions internationales autour de la question du réarmement allemand et permet à l'idéal pacifique européen de prendre corps sous la forme d'une communauté d'États.

Dans ce contexte, la déclaration Schuman, lors de la conférence de presse organisée le 9 mai 1950 au salon de l'horloge au Quai d'Orsay, marque un pas décisif dans la construction européenne. D'abord, la proposition Schuman/Monnet se fonde sur l'union des principaux belligérants européens. De plus, cette conférence rend public un plan qui prévoit une autorité supranationale garante d'intérêts communs auxquels les États membres accepteraient de se plier. Cette déclaration en donnant un timide écho démocratique à ce début d'intégration européenne influencera les négociations diplomatiques autour du futur traité.

La petite Europe, communauté supranationale, verra, ainsi, le jour un an plus tard lors de la signature du traité de Paris par l'Allemagne, la France, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et l'Italie.

La fête de l'Europe : retour en arrière ou projections ?

Nous sommes citoyens européens depuis le traité de Maastricht ratifié en 1992. Nous sommes, enfin, associés à ce merveilleux projet ! L'Europe est donc une démocratie... Nous sommes citoyens  d'un « OVNI » institutionnel, qui n'est ni un État, ni une confédération d'États !

Tragique problème identitaire qui sous-tend le projet européen et nous place, nous citoyens, dans une situation bien inconfortable : « oui ou non à l'Europe ? » mais « quelle Europe voulons-nous ? »

La journée de l'Europe nous réconcilie autour de la commémoration du projet pacifique de nos chers « père fondateurs », Schuman, Monnet... D'ailleurs, ne vaut-il pas mieux célébrer le 9, plutôt que le 8 mai, symbole de la défaite allemande et de la division ? C'est aussi le choix de Valéry Giscard d'Estaing, alors président de la République française et du Conseil européen, qui institue cette journée en 1985.

Pourtant, fêter l'Europe ne signifie pas « tirer un trait » sur les échecs ou tentatives inabouties. Notre Europe comme marché unique est critiquée : c'est un projet froid, économique. La « construction sociale d'un récit des origines » rappelle les volontés « d'encadrer le marché par des institutions politiques constitutionnellement définies et directement élues en charge d'objectifs tels que le plein emploi ou la protection des droits de l'homme et des libertés fondamentales » estime Antonin Cohen dans son article « Le « Père de l'Europe »».

L'Europe sociale et politique reste à construire.

Le 9 mai est un lieu de mémoire, mais surtout un événement qui doit permettre de créer une rupture, un moment d'échange, de réflexion. L'Europe est un projet en construction, le 9 mai est un moment pour se l'approprier, le faire évoluer.

 

Pour aller plus loin

Sur Nouvelle Europe

À lire

  • COHEN A., « Le « Père de l'Europe ». La construction sociale d'un récit des origines », Actes de la recherche en sciences sociales, 2007/1 n°166-167, p.14-19
  • GERBET P.,  La construction de l'Europe, Éditions Imprimerie nationale, 1999

Sur Internet

Source photo : Salon de l'horloge.2, par USER:EU, sur wikimedia commons

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