La Suède et les pays Baltes : la fin du second empire suédois ?

Par Philippe Perchoc | 2 janvier 2010

Pour citer cet article : Philippe Perchoc, “La Suède et les pays Baltes : la fin du second empire suédois ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Samedi 2 janvier 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/774, consulté le 19 novembre 2017

2010.jpgIl fut un temps où les banques suédoises paraissaient toutes puissantes dans les Etats baltes. Implantées rapidement après l'indépendance en 1991, elles ont largement financé la croissance à deux chiffres des petits tigres baltes. Mais la crise a-t-elle remis cette domination en cause ?

Alexandre Toulon le disait lors d'un colloqué consacré à la Suède et aux pays Baltes en novembre à Saint-Denis, "ce ne sont pas les Russes qui dominent les pays Baltes, ce sont les Suédois". Cette affirmation avait de quoi surprendre, notamment en Lettonie où les dépôts sont largement alimentés par des clients russes. En effet, ce pays est celui de l'UE où le taux de dépôts par des non-résidents est le plus élevé en Europe : plus d'un quart !

Néanmoins, tous les connaisseurs des Etats baltes savent bien qu'il ne faut pas s'arrêter à ces discours de façade. En effet, les banques suédoises dominent totalement le marché bancaire des trois Etats. Les deux plus grandes d'entre elles, SEB et Swedbank, contrôlaient soit directement, soit par le biais de banques locales, une grande partie des dépôts et des investissements. 

Il faut dire que la croissance des trois pays s'est largement appuyée sur un développement important du système bancaire et particulièrement en Lettonie. Ce dernier pays avait en effet misé sur le secteur bancaire quand sa voisine du Nord investissait dans les nouvelles technologies et que la Lituanie misait sur un développement plus équilibré entre différents secteurs. 

La croissance a été largement achetée à crédit. Les Estoniens, Lettons et Lituaniens se sont lourdement endettés après des années d'occupation soviétique. Il n'était pas rare de voir circuler à Tallinn ou Riga des voitures de luxe qu'on ne croise en France que sur les Champs-Élysées ou sur les circuits de course. La confiance en l'avenir était grande et personne ne semblait prêter attention à des crédits libellés en euros alors que les monnaies baltes étaient liées à la monnaie unique par un taux de parité fixe. Les Baltes ont fait le choix du crédit et les Etats baltes ont fait le choix de la croissance, préférant retarder de quelques années leur entrée dans l'euro en laissant filer l'inflation. 

Quand la crise est survenue, les banques suédoises qui avaient permis ces développements se sont trouvées dans une situation délicate. Un alerte du FMI en 2008 indiquait qu'elles pourraient perdre des milliards d'euros sur les marchés baltes à cause de défauts de paiements. L'affaire est donc devenue une affaire d'Etats. La Suède a apporté sa garantie à ses banques, ce qui a paradoxallement tué les dernières banques locales.

En novembre 2008, les petits porteurs de Lettonie retirent brutalement leurs avoirs de Parex Banka. Parex était la success story d'une petite cabine de change de la gare de Riga devenue la plus grande banque du pays. Devant la garantie du gouvernement suédois à SEB et HansaBank (devenu plus tard Swedbank) et compte-tenu de la faible confiance des Lettons en leurs institutions, Parex n'a pas pu résister. Elle a été nationalisée dans l'urgence avant que la BERD (Banque Européenne de Reconstruction et de Développement) viennent acheter 25% de ses parts. 

Paradoxallement, la crise a renforcé la place des banques suédoises dans les Etats baltes bien que la question soit devenue très politique, notamment à l'approche des élections suédoises. Leurs politiques de crédit parfois irresponsables ont accéléré la crise, mais la garantie du gouvernement suédois a aussi permis à l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie d'éviter la banqueroute. 

Face à cette situation, la réponse des gouvernements baltes semble plus que toujours l'Euro. Mais quand plus personne ne respecte le pacte de stabilité, il est bien difficile de dire quand la zone Euro s'élargira pour la prochaine fois.

Illustration :Fred. Happy 2010 ! , Janvier 3, 2010. Flickr

 

 

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