La poursuite de l'élargissement de l'UE : candidats et parrains

Par Pascal Orcier | 17 mai 2010

Pour citer cet article : Pascal Orcier, “La poursuite de l'élargissement de l'UE : candidats et parrains”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 17 mai 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/843, consulté le 22 janvier 2018

Au cours du premier trimestre 2010, et alors que la Commission européenne a donné un avis favorable au lancement des négociations d’adhésion avec l’Islande, plusieurs États ont souhaité à leur tour le démarrage de ces négociations. On constate un soutien régionalement différencié à celles-ci de la part des États membres.

 

 

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Il existe un parallélisme entre le soutien apporté simultanément par les États nordico-baltiques à l’adhésion de l’Islande et celui de neuf États du sud et du sud-est du continent pour celles de l’Albanie et du Monténégro ; à quoi il convient d’ajouter que la Roumanie et Chypre ont explicitement demandé que la même procédure soit engagée avec la Serbie, dernier État à avoir officiellement déposé sa candidature à l’UE, comme elle l’avait annoncé depuis plusieurs mois, le 22 décembre 2009. Le Monténégro et l’Albanie avaient respectivement déposé leur candidature en décembre 2008 et avril 2009.

La géographie des soutiens fait apparaître un phénomène  régional qui n’est pas nouveau, mais celui-ci s’inscrit dans la logique de « chaînage » qui a guidé les élargissements successifs de l’Union européenne. Cette logique repose sur le principe qu’un État membre a tout intérêt à ce que son ou ses voisins adhèrent à leur tour, et soutient par conséquent ses efforts en vue de l’adhésion. L’Allemagne a ainsi soutenu l’adhésion de la Pologne, la Finlande celle de l’Estonie, la Suède celle de la Lettonie. Aujourd’hui encore, il existe de telles dynamiques en faveur d’une poursuite de l’élargissement : la Pologne soutient l’Ukraine, la Roumanie soutient la Géorgie… de la même manière, la Pologne et la Lituanie œuvrent en faveur du rapprochement UE-Biélorussie.

Ce chaînage répond à une logique de voisinage ou de proximité culturelle. L’appartenance à un même ensemble régional, les liens historiques sont un aspect important dans cette répartition géographique des soutiens. Ils témoignent des intérêts propres à chaque État quant à la gestion et leur conception de leur voisinage. On peut même parler d’une communauté d’intérêts régionale en faveur de nouvelles adhésions. Les soutiens roumain et chypriote à la Serbie relèvent d’une solidarité culturelle, les trois pays étant majoritairement orthodoxes, dans un ensemble communautaire où cette confession est peu représentée. Chypre et la Roumanie sont en outre parmi les rares État de l’UE à soutenir officiellement la position serbe concernant le Kosovo et à ne pas avoir reconnu l’indépendance de ce territoire.

On peut aussi y lire des logiques de soutien entre « petits États », solidaires lors des sommets et des négociations, face aux grands États. Ainsi, la République tchèque (78 866 km² pour 10,5 millions d’habitants) et le Portugal (92 391 km² pour 10,7 millions d’habitants) soutiennent la Serbie (88 361 km² pour 7,3 millions d’habitants) ; dans ce cas, il est intéressant d’observer la similitude entre les profils de ces trois États, indépendamment de considérations de voisinage ou de culture ; de la même manière, cette solidarité entre « petits » s’est une nouvelle fois illustrée au début 2010 par le soutien apporté par la Lettonie à l’Islande dans son refus de rembourser la dette d’Icesave. Rappelons ici que la Lettonie est toujours reconnaissante envers ce pays d’avoir été le premier au monde à reconnaitre officiellement son indépendance en 1991 !

Il existe toutefois des blocages au lancement de négociations immédiates, du fait de différends bilatéraux anciens ou récents. Le Royaume-Uni et les Pays-Bas, par exemple, souhaitent prendre le temps d’examiner le dossier islandais, en raison du non règlement de la question de l’indemnisation par l’Islande des clients britanniques et néerlandais de la banque Icesave. Les Islandais se sont exprimés le 5 mars dernier par référendum sur la question et ont rejeté à plus de 90% la loi qui prévoyait ce remboursement. Bruxelles a toutefois demandé aux États membres de séparer cette question de celle des négociations d’adhésion.

Les autres candidats sont aux prises avec d’autres blocages bilatéraux qui entravent leurs avancées dans le processus de négociation. Si le contentieux slovéno-croate au sujet de la délimitation de leur frontière maritime a pu être débloqué en 2009 et permis l’ouverture de nouveaux chapitres, il reste pour l’heure une exception. La Macédoine est toujours entravée par le véto de la Grèce en raison de la « querelle du nom » qui oppose les deux pays depuis le début des années 1990, et qui avait déjà valu à la Macédoine le report de son adhésion à l’OTAN en 2009. De son côté, la Turquie n’a toujours pas mis en œuvre le protocole d’Ankara et autorisé l’ouverture de ses ports et aéroports aux compagnies chypriotes, ce qui a entraîné le blocage de huit chapitres d’adhésion de ce pays. La Bulgarie a en outre fait part en janvier 2010 d’un possible véto à la poursuite des négociations d’adhésion avec ce pays : elle lui réclame des compensations financières à l’expulsion de populations bulgares de Turquie en… 1913 !

 

Pour aller plus loin 

 

Sur Nouvelle Europe

À lire

  • Foucher Michel,2006, L’Union européenne un demi siècle plus tard : Etat des lieux et scénarios de relance, Notes de la Fondation Robert Schuman 

  • Article sur le véto bulgare

Source carte : Pascal Orcier, pour Nouvelle Europe (avril 2010)

 

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