La politique mémorielle en Pologne

Par Dorota Szeligowska | 31 octobre 2007

Pour citer cet article : Dorota Szeligowska, “La politique mémorielle en Pologne”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 31 octobre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/300, consulté le 24 mai 2019

Mémoire – toujours là ou un grand come-back ?

La « mémoire » constitue un thème très en vogue depuis un moment en Pologne. Elle est de retour tant au premier plan de la scène politique que dans les débats scientifiques. Ce terme est utilisé abondamment, sans qu’une définition précise en soit donnée. Il faut, au contraire, constater une tendance à l’utiliser d’une manière interchangeable avec un autre terme crucial : « l’Histoire ». Souvent, même, la mémoire collective, est appelée une « nouvelle histoire » . Elle prend une allure de l’histoire critique qui cherche à creuser et analyser les questions qui pèsent, qui ôtent aux nations le sentiment d’autosatisfaction. Il est possible de constater une utilisation démesurée des deux termes. Il faut, par ailleurs, souligner le fait que les auteurs qui les utilisent, et les intellectuels qui promeuvent de nouveaux concepts, dont nous allons parler ensuite, ne font même pas l’effort de s’inscrire ou se référer au débat développé dans le champ de la sociologie de la mémoire, par Maurice Halbwachs, Pierre Nora, Paul Ricoeur, Marie-Claire Lavabre.

IIIe République : l’antipolitique historique ou la politique historique ?

Dans le cas polonais, il faut poser la question de savoir si après la chute du communisme, la mémoire a été effectivement rejetée et maintenant si elle ne fait que revenir à la surface, ou bien si elle était toujours présente d’une manière ou d’une autre. La première perception de la transition démocratique polonaise est plutôt soutenue par les radicaux, comme le PiS, Prawo i Sprawiedliwość (Droit et Justice), qui sous son gouvernement 2005-2007, s’acharnait à promouvoir un nouveau concept, théorisé par les intellectuels conservateurs, la « politique historique ». Cette lecture soutient que les classes politiques qui ont été au pouvoir en Pologne après 1989 se sont complètement tournées vers l’Occident et elles ont rejeté tout le soin (nécessaire selon la droite radicale) envers l’enseignement de l’histoire et la promotion de la culture nationale qui est pourtant le fondement et le moyen de transmission le plus important de l’identité nationale. Cette action perverse sous le signe du slogan électoral d’Aleksander Kwaśniewski du 1995 « Choisissons l’avenir », combinée avec la promotion d’une vision libérale de la société en tant qu’un amas des individus atomisés a provoqué le rejet de la possibilité de promotion d’une mémoire commune, collective.

Cette vision de la IIIe République comme régime sous le signe de l’antipolitique historique est défiée par une lecture plus modérée qui soutient que dès la chute du communisme d’importants changements ont eu lieu en Pologne, notamment dans la sphère symbolique. Paweł Machcewicz soutient que dès le début de la IIIe République, une politique historique a bien existé, mais que personne ne l’appelait de telle manière . Comme preuve, il mentionne le fait que le 29 décembre 1989 (entrée en vigueur le 31 décembre) la Diète contractuelle, élue dans les élections semi-libres du 4 juin 1989, a effectué le passage symbolique entre la PRL, Polska Rzeczpospolita Ludowa (République Populaire de Pologne) et la Rzeczpospolita Polska (République de Pologne) et le changement de l’emblème du pays (l’Aigle a récupéré sa couronne).

Ainsi cette politique historique n’était pas aussi ostentatoire , du moins au niveau discursif, que celle qui est maintenant à l’ordre du jour. Machcewicz conclut : « peut-être la nouvelle politique historique sera meilleure, plus active, plus sage, mais elle ne sera qu’une nouvelle présentation de ce qui était fait avant ».

Connaître la bête : qu’est-ce que la « politique historique » ?

Ainsi, afin de poursuivre l’analyse de ce qu’est la politique mémorielle, il faut essayer de définir la politique historique, dont elle fait visiblement part. Nous suivons ici le professeur Rafał Stobiecki qui présente une définition neutre : « Si nous tombons d’accord, que la politique historique, dans son acception la plus large, est un synonyme des actions conscientes et intentionnelles des pouvoirs publics au sens large, qui ont pour but de raffermir dans la société une vision concrète du passé, donc, nous pourrions dénommer deux traditions, au risque d’une certaine facilitation, parmi les différentes manières de comprendre cette catégorie. La première d’entre elles est communément raccordée avec l’État totalitaire. Nous y avons affaire à une situation où le pouvoir à l’aide d’une propagande massive, de répressions de différentes sortes et de moyens de pression essaie d’imposer à la société sa propre vision de l’histoire. Le but, c’est d’éliminer tout autre discours concurrentiel sur le passé. (…) La deuxième tradition est liée à l’État démocratique. Dans ce cas, comme écrivait Michel Foucault, « l’histoire est le discours du pouvoir », mais dans un autre sens. La relation entre le pouvoir et le savoir devient l’objet d’une sorte de jeu mené dans la sphère de la culture. (…) Nous avons davantage affaire à une rivalité, à la confrontation entre différents discours sur le passé » .

Nous avons eu recours à une définition académique de la politique historique, car ses promoteurs directs n’en donnent que les définitions partielles. Elle est décrite comme une politique dédiée à l’héritage national par Robert Kostro et Kazimierz Ujazdowski, ou une politique de mémoire d’État par Zdzisław Krasnodębski. Tomasz Merta préconise, pour sa part, le choix de la tradition, opéré pour cimenter la communauté nationale

Il est, par ailleurs, important de comprendre que c’est un concept crucial qui s’est déjà bien ancré dans le discours politique et dans l’esprit tant des hommes politiques que des intellectuels et des gens ordinaires. Il faut aussi tenir à l’idée que le concept de politique historique ne fait pas de consensus, particulièrement concernant son essence. Les critiques veulent l’assimiler à la tradition de propagande officielle. D’autres réticences reposent sur le fait qu’elle évoque de facto une action politique sur l’Histoire. Ses partisans soulignent, par contre, sa nécessité. Anna Wolff-Powęska  constate que le slogan de « politique historique » apparaît dans différents contextes, que ce soit dans la presse, ou en tant que titre des conférences, mais pour le moment il est dépourvu d’essence scientifique car il ne fait pas l’objet d’une recherche approfondie. Chacun veut en tout cas mener une politique historique, et ainsi promouvoir sa vision particulière de l’Histoire.

Il paraît nécessaire de se demander pourquoi cette imposition du concept de politique historique a pu avoir lieu. Il semble raisonnable de lier ce fait avec la victoire électorale des représentants du PiS, qui étaient les premiers à introduire cette notion dans leur programme dès 2004 et plus particulièrement dans leur programme électoral de 2005 dont un des auteurs a été Kazimierz Michał Ujazdowski. La double victoire de PiS aux élections législatives, le 25 septembre 2005, et ensuite la victoire de Lech Kaczyński aux élections présidentielles, le 23 octobre 2005 (deuxième tour), a ouvert la voie à la réalisation du programme du parti. Nous pouvons appeler cette situation, d’après John Kingdon, une « fenêtre d’opportunité ».

En 2005, PiS, créé en 2001, arrive en tête du peloton électoral avec une vision globale et un projet d’ « étendard » d’assainissement de la vie politique – la « IVe République ». Cette dernière devient vite un label de référence pour une « révolution morale ». Mais, dans son essence, ce projet reste relativement flou. Ce concept veut introduire un bouleversement complet de l’ordre institutionnel en place. L’argumentaire souligne que la IIIe République est un système corrompu, enfant « bâtard » de la Table Ronde, où les représentants de l’opposition démocratique ont pactisé avec les communistes. Même si les frères Kaczyński ont participé à la Table Ronde, ils en rejettent les conclusions, car selon eux, il fallait abandonner les accords au moment où le climat y était propice et le communisme en voie de disparition de la carte européenne. Ce projet accorde une grande place aux valeurs, notamment morales et traditionnelles de la société polonaise et s’inscrit parfaitement dans le projet conservateur de PiS. La politique historique qui doit être un des instruments cruciaux pour fonder le nouvel ordre institutionnel tant dans la politique intérieure qu’extérieure. 

Dans le présent article, l’aspect intérieur de la politique historique, sous le gouvernement du PiS sera privilégié, car le rôle de la politique mémorielle, que nous pourrions assimiler aux actions concernant la culture et l’histoire, y est le plus perceptible. Pourtant il faut bien souligner le fait que l’aspect extérieur de la question et la diplomatie historique, maintenant à l’épreuve, est aussi fort intéressant.

 

Le premier canal de transmission de la politique mémorielle – la culture

L’acteur principal dans ce secteur est le Ministère de la Culture et de l’Héritage national. Il faut premièrement souligner le fait que le nom même du Ministère est significatif, car Kazimierz Ujazdowski a souscrit à la tradition de la droite conservatrice d’accentuer le rôle de l’héritage national. Par conséquent, il paraît ainsi intéressant de voir quels programmes ont la chance d’être promus par le Ministère.

Instinctivement viennent à l’idée ceux qui restent en relation avec l’héritage national et la promotion de la conscience historique et du patriotisme dans sa version traditionnelle. Effectivement, la structure des programmes opérationnels a été refondée, les objectifs « Fryderyk Chopin (Frédéric Chopin) » et « Patriotyzm jutra (Patriotisme de demain) » ont été créés, le programme « Dziedzictwo kulturowe (Héritage culturel) » élargi et le programme « Znaki czasu (Signes du temps) », censé promouvoir l’art moderne, rétréci. Kazimierz Ujazdowski souligne trois programmes qui sont cruciaux dans sa vision  : « Patriotisme de demain » (qui a remplacé les fonds alloués au « troisième secteur » des organisations culturelles non gouvernementales, promu par Waldemar Dąbrowski (SLD – Alliance de Gauche démocratique), le prédécesseur d’Ujazdowski au poste du Ministre de la Culture), « Héritage culturel », « Wyspiański ».

Ce choix des valeurs est suivi par une réallocation des ressources qui constituent une arme forte pour promouvoir un domaine ou un autre. Piotr Sarzyński, commentateur de l’hebdomadaire Polityka, en analysant les premiers mois de l’activité du Ministre, constate que le nom le plus approprié pour le Ministère ce serait le Ministère du Passé .

Les projets muséographiques constituent un autre point très important de l’action du Ministère. Le MPW – Muzeum Powstania Warszawskiego (Musée de l’Insurrection de Varsovie), « enfant chéri » des créateurs de la politique historique, sa personnification, en constitue un exemple fort qui a engendré d’autres projets : le Musée de l’Histoire de Pologne (MHP), le Musée de l’Histoire des Juifs polonais et le Centre européen de Solidarność à Gdańsk qui va traduire la volonté de ses créateurs de redonner à Solidarność la place qui lui est due, et aussi, selon Marek Cichocki (un des plus importants promoteurs de la politique historique), toute proportion gardée, essayer de faire de Gdańsk la deuxième capitale européenne après Bruxelles.

Le MPW a été amorcé en 2002 pour être inauguré le 1er août 2004, le jour du 60e anniversaire du déclenchement de l’Insurrection de Varsovie. Finalement, après 60 ans d’absence de l’espace public, voire du bannissement aux temps du communisme, les derniers survivants de cette génération « perdue » de 1944 ont été commémorés.

Concernant son idée directrice, Piotr Kosiewski mentionne le Musée de l’Holocauste de Washington, créé en 1993, qui a été un des premiers musées à montrer la nouvelle voie de penser et de parler du passé en soulignant la mémoire des victimes. C’est effectivement un des exemples auxquels se réfèrent les constructeurs du musée. Le MPW est réalisé de façon très moderne, utilisant de nouvelles technologies, pour attirer l’attention des visiteurs. Cette mission paraît être accomplie : le musée a en effet enregistré 1,5 million de visiteurs depuis son ouverture, il y a 3 ans. Włodzimierz Borodziej, membre du Conseil de programme du Musée, le décrit comme un projet génial dans sa simplicité, qui attire l’attention à la fois des jeunes et des plus âgés. Selon lui, ce lieu de mémoire présente une sélection consciente de certains motifs tout en omettant d’autres. Un « autel moderne » a été créé qui accentue le côté héroïque et martyrologique de l’Insurrection.

Le Musée, toute proportion gardée et le respect dû à l’audace du projet et sa réalisation intéressante et rapide, rencontre aussi une certaine réticence chez d’autres historiens qui l’accusent de présenter de manière réductrice la discussion concernant les raisons et le bien-fondé du déclenchement de l’Insurrection à ce moment précis de l’histoire et sur les coûts humains et matériels qu’elle a engendrés.

Karol Modzelewski va jusqu’à dire que c’est une banalisation de la mémoire de l’Insurrection qui n’y est pas présentée dans sa complexité. Selon lui, c’est un exemple du fait que les musées sont créés selon une conjoncture politique où un seul bord politique essaie de s’approprier des icônes de la mémoire nationale. Il y a une peur, par conséquent, que le Musée de l’Histoire de la Pologne dont la construction a été amorcée en mai 2006 ne répète pas les mêmes erreurs, d’autant plus qu’il veut jouer le rôle clé dans le programme de l’éducation patriotique et civique. Le Musée de l’Histoire de la Pologne, dont la création a été décidée le 3 mai 2006, quand le Ministre Ujazdowski a confié sa création à Robert Kostro, devait originairement porter le nom du Musée de la Liberté pour souligner le rôle joué par la Pologne au XXe siècle dans la lutte contre les totalitarismes. Toutefois après de longues discussions, le nom a été changé pour des raisons pragmatiques : le nom MHP serait directement et immédiatement compréhensible, tandis que le Musée de la Liberté, plus abstrait, serait plus difficile à expliquer aux gens. Toutefois, la liberté reste un thème fort du projet.

Dans la vision de Robert Kostro, le MHP « veut se concentrer sur les aspects positifs de l’histoire », sans pour autant éviter les questions difficiles. Dès le départ, les créateurs du Musée se prémunissent ainsi contre les critiques, en disant qu’il leur paraît quasiment impossible de construire ce genre d’exposition historique globale de manière absolument objective et dépourvue de toute émotion. Ainsi, il paraît que les réticences exprimées ci-dessus ont bien une raison d’être.

Concernant l’approche qui va être adoptée, ce sera plutôt une narration audiovisuelle, utilisant de nouvelles technologies, qu’une présentation sèche des objets. Un accent fort sera mis sur une perspective individuelle confrontée avec la « grande histoire ».

Cette démarche de double perspective a été déjà expérimentée par le MPW et semble bien fonctionner pour attirer l’attention des gens sur les histoires individuelles des insurgés. La même démarche de recueillir les témoignages a servi à l’élaboration d’un nouveau programme développé par le NCK, Narodowe Centrum Kultury (Centre national de la culture) sous l’égide du Ministère de la culture et de l’héritage national, « Świadkowie historii (Témoins de l’histoire) ».

Une initiative semblable est en cours de réalisation par le Centre « Pamięć i przyszłość (Mémoire et l’avenir) », qui a été crée par le Ministre de la Culture et de l’Héritage national le 11 mars 2007 à Wrocław. Ce projet se donne pour but de présenter l’histoire et la culture des habitants des terres occidentales (recouvrées) qui y sont venus après la Seconde Guerre mondiale et qui ont commencé le processus de création d’une nouvelle identité à partir, d’un côté, de l’héritage qu’ils ont apporté des confins orientaux et, de l’autre, de l’héritage millénaire des terres sur lesquelles ils ont trouvé refuge. Nous pouvons dire que ceci démontre une autre approche de la politique historique qui se veut plus proche des gens, qui veut aussi valoriser en quelque sorte, l’échelon local. Elle veut d’autre part, accentuer les bienfaits et le bien-fondé de la présence polonaise sur les territoires recouvrés après la Seconde Guerre mondiale sur les Allemands, en vertu des accords des Alliées à Yalta et à Potsdam.

 

Histoire – secteur au cœur du débat

Ce retour de l’histoire au premier rang du discours politique, profitant de la « conjoncture historique »  constitue, selon Rafał Stobiecki, une preuve du fait que le passé rappelé dans le présent prend une grande force. Il est possible en mentionner plusieurs exemples, entre autres, la toute nouvelle chaîne de télévision publique consacrée entièrement à l’histoire, TVP Historia. Selon Andrzej Paczkowski , cette initiative résulte de la critique que l’histoire était absente des média publics qui auraient une mission à remplir envers la société.

Du côté politique, la vision de la IVe République reposait sur quelques projets de lois qui étaient ses projets d’étendard. La vie publique devait être assainie par la décommunisation (dekomunizacja) qui repose sur la lustration (lustracja) et la désubékisation (dezubekizacja). Cependant, presque deux ans après la prise de pouvoir du PiS, ces desseins susmentionnés restent encore au stade de projets, ce qui met à mal l’analyse de leur contenu et de leur impact précis sur la société

Ou pire encore, ils se voient accusés de manque de conformité avec la Constitution, qui a eu lieu avec le verdict du Trybunał Konstytucyjny, Tribunal Constitutionnel, prononcé le 11 mai 2007, concernant une grande partie de la nouvelle loi de lustration, entrée en vigueur le 15 mars 2007.

Toutes ces lois rentrent dans le cadre du programme politique du PiS « Mémoire et responsabilité », lancé le 11 janvier 2007, qui se donnait pour principe « la libération de l’axiologie et de l’ordre juridique de notre Patrie de toute limitation résultant de l’héritage de la PRL » ; la coïncidence de nom avec l’ouvrage de Robert Kostro et Tomasz Merta  semble ne pas être fortuite.

Il est dommage que la taille restreinte de cet article ne permette pas de revenir sur tous les points intéressants concernant ces projets de lois, mais il faut tout de même en mentionner quelques-uns qui paraissent les plus importants

Ainsi, à côté de la décommunisation de l’ancien appareil de sécurité (dezubekizacja), le PiS a prévu de décommuniser l’espace public. Il s’y agit d’une autre facette de la politique mémorielle : la politique symbolique. Dans ce sens, elle se réfère aux symboles de l’État : l’emblème et l’hymne et aux noms des rues, des places, des lieux publics, aux statues, etc. Il ne faut pas oublier qu’après la chute du communisme, cette sphère a vu des changements significatifs que nous avons déjà mentionnés

Une première vague de changement de noms de rues et de places a également eu lieu. Maintenant, nous assistons ainsi à la « deuxième vague » des changements promus, qui font objet d'initiatives concurrentes. Tel est notamment le cas du projet de loi sur l’élimination des symboles de la dictature communiste, présenté le 15 mai 2007 par le club parlementaire du PiS et du projet de loi sur les lieux de mémoire, préparé par le Ministre de la Culture et de l’Héritage national, Kazimierz Michał Ujazdowski, rendu public le 22 mai 2007. Déjà la présentation du projet de loi du PiS à ce moment précis n’a pas fait objet de consensus, car le conflit entre l’Estonie et la Russie au sujet du déplacement, par les Estoniens dans la nuit du 26 au 27 avril 2007, d’un monument d’un soldat de l’Armée Rouge a provoqué une véritable crise diplomatique entre les deux pays.

Ce qui est aussi perçu comme paradoxal est le fait que cette deuxième vague de changement de noms de rues souscrit à une toute autre logique que la première. Il s’agirait, selon Ludwik Stomma, d’un aplatissement de l’histoire où p. e. tout le socialisme serait amalgamé avec la période communiste, jugé néfaste et pour cela éradiqué. Les administrations locales ayant suivi le signal donné par l’IPN, Instytut Pamięci Narodowej (Institut de la Mémoire Nationale) ont déjà commencé à dresser leurs propres listes de personnes à « éliminer ». Dans certaines villes, notamment Łódź et Wrocław, il a même été question du président américain Franklin D. Roosevelt, car il « a vendu la Pologne à Yalta »

Il a semblé préférable de parler de ces projets qui ne sont pas aussi couramment commentés, comme c’était le cas de la loi de la lustration, car ils sont aussi prégnants. Concernant la lustration, il semble juste important de mentionner une opinion de Jarosław Kurski, sur le verdict du Tribunal Constitutionnel que « le Tribunal a montré sur quoi repose la différence entre la loi et la vengeance, entre l’assainissement et la revanche (voulue par les radicaux) ».

Il a été question d’étudier plusieurs éléments de la nouvelle politique mémorielle qui a été mise à l’œuvre par le gouvernement du PiS entre 2005 et 2007. Il est bien évident que cette analyse ne peut être complète, à cause de la taille de cet article. Il faudrait développer plus d’éléments concernant les institutions qui étaient à l’œuvre de la promotion de cette nouvelle politique historico-mémorielle, notamment le rôle joué par l’IPN ou encore les projets controversés du Ministre d’éducation nationale Roman Giertych, de la LPR – Liga Polskich Rodzin (Ligue des Familles Polonaises).

Pourtant nous avons centré notre analyse sur la culture et la législation dans le domaine de l’histoire où cette nouvelle politique mémorielle a été la plus présente. Notre but était d’analyser cette nouvelle stratégie d’historicisation du PiS qui, en vertu de la méthode réactive, essaye de « faire durer aussi longtemps que possible le gisement mémoriel en état d’exploitation »  pour en utiliser toutes les ressources politiques. Il sera intéressant de suivre les fluctuations de la question qui résulteront du changement de gouvernement qui suivra les élections du 21 octobre 2007, gagnées par la PO – Platforma Obywatelska (Plate-forme civique), parti proche du PiS sous certains points, mais jugé plus modéré.

Pour aller plus loin : 

picto_2jpeg

A lire 

picto_2jpeg

Dans la presse 

picto_2jpeg

Kosiewki, Piotr « Muzeum pamięci (Musée de mémoire) » in Znak de novembre 2004

picto_2jpeg

Kostro, Robert « Znaki orientacyjne (Signes d’orientation) » in Więź du janvier 2007

picto_2jpeg

Kurkiewicz, Michał « Pierwsza wystawa Muzeum Historii Polski (Première exposition du Musée de l’Histoire de Pologne) » in Więź de janvier 2007 

picto_2jpeg

Kurski, Jarosław « Lustracja to nie zemsta (La lustration n’est pas une vengeance) » in Gazeta Wyborcza du 12.05.2007 

picto_2jpeg

Machalica, Bartosz « Dekomunizacja pamięci (Décommunisation de la mémoire) » in Przegląd du 27.05.2007 

picto_2jpeg

Machcewicz, Paweł „Polityka historyczna to nic nowego (La politique historique ce n’est rien de nouveau)“ in Gazeta wyborcza du 20.04.2006 

picto_2jpeg

Pac, Grzegorz « Historia w trybach polityki (Histoire dans les modes de la politique) », Interview avec Karol Modzelewski in Więź de janvier 2007 

picto_2jpeg

Powęska-Wolff, Anna « Państwo precz od historii (État, va t-‘en de l’histoire) » in Gazeta Wyborcza du 02.06.2006

picto_2jpeg

Sarzyński, Piotr « Ministerstwo Ujazdowskiego. Przodem do tyłu (Ministère d’Ujazdowski. De l’avant vers l’arrière) » in Polityka du 13.05.2006

 

 

picto_2jpeg

Ouvrages

picto_2jpeg

Kostro, Robert, Merta, Tomasz (s.d.) Pamięć i odpowiedzialność (Mémoire et responsabilité) Ośrodek Myśli Politycznej, Centrum Konserwatywne, Kraków – Wrocław 2005

picto_2jpeg

Krasnodębski, Zdzisław Zmiana klimatu (Changement de climat), Ośrodek Myśli Politycznej, Wyższa Szkoła Europejska im. ks. Józefa Tischnera, Kraków 2006

picto_2jpeg

Mink, Georges, Neumayer, Laure (dir.) L’Europe et ses passés douloureux, La Découverte 2007

picto_2jpeg

Stobiecki, Rafał, « Historycy wobec polityki historycznej (Les historiens envers la politique historique) », in Actes du colloque Pamięć i polityka historyczna. Doświadczenia Polski i jej sasiadów (Mémoire et politique historique. Les expériences de la Pologne et de ses voisins), organisé à l’Université de Łódź, le 09-10.11.2006, à paraître

picto_2jpeg

Żakowski, Jacek Rewanż pamięci Sic! 2002

   
   
   
   
   
   

 

Ajouter un commentaire