La Lituanie en plein remaniement énergétique

Par Antoine Lanthony | 1 septembre 2007

Pour citer cet article : Antoine Lanthony, “La Lituanie en plein remaniement énergétique”, Nouvelle Europe [en ligne], Samedi 1 septembre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/260, consulté le 17 juillet 2019

articleignalinaAlors que se profile un gazoduc sous la mer Baltique et donc un nouveau corridor sous-marin Allemagne-Russie, les relations entre la Russie et ses voisins promettent d’être tendues dès le prochain hiver, particulièrement pour la Géorgie, l’Ukraine ou la Lituanie. Voyons quelle est la situation énergétique de cette dernière, à deux ans de la fermeture de sa centrale nucléaire d’Ignalina.

ignalinaAlors que se profile un gazoduc sous la mer Baltique et donc un nouveau corridor sous-marin Allemagne-Russie, les relations entre la Russie et ses voisins promettent d’être tendues dès le prochain hiver, particulièrement pour la Géorgie, l’Ukraine ou la Lituanie. Voyons quelle est la situation énergétique de cette dernière, à deux ans de la fermeture de sa centrale nucléaire d’Ignalina.

Négociations à venir avec Gazprom

La Russie a commencé, et va continuer, à aligner sur les cours mondiaux les tarifs gaziers préférentiels qui étaient consentis aux pays issus du bloc soviétique. Ces hausses brutales, qui mêlent  aspect commercial et visées politiques ont provoqué leurs crises principales avec l’Ukraine, la Géorgie et la Biélorussie, et sont susceptibles de se reproduire. La Lituanie, par la voix de son Premier Ministre Gediminas Kirkilas, a récemment annoncé une hausse probable du prix du gaz et donc de l’inflation. En tout état de cause, les Lituaniens se préparent à une négociation cruciale avec Gazprom et la Russie, son unique fournisseur.

En effet, la Lituanie doit faire face à plusieurs préoccupations très importantes au même moment. Outre les tarifs gaziers, elle doit également se préparer à gérer la fermeture programmée du dernier réacteur de la centrale nucléaire d’Ignalina, centrale de type Tchernobyl, située au nord-est du pays, et qui doit fermer en 2009 à la demande de l’Union européenne. Cette centrale permet actuellement à la Lituanie d’être autosuffisante et même d’exporter de l’énergie électrique vers ses voisins baltes. La situation s’inversera dès la fermeture de ce dernier réacteur, et les Lituaniens devront acheter de l’électricité mais aussi augmenter considérablement leurs importations de gaz russe, d’où l’importance cruciale que revêt la négociation à venir entre Gazprom et la délégation lituanienne.

Ignalina 2 : un enjeu majeur

Néanmoins, le pays devrait être privé de centrale nucléaire de manière temporaire seulement, car la décision de construire une nouvelle centrale en lieu et place de l’ancienne a été entérinée. Elle résulte d’un consensus relativement large en Lituanie, mais a été l’objet de peu de débat, à la déception des écologistes. Ce projet sera multinational, puisque la Pologne, la Lettonie et l’Estonie devraient être associées. La répartition des actions de la future centrale proposée par la Lituanie est la suivante : 34 % pour la Lituanie, 22 % pour chacun des autres partenaires : une solution qui provoque pour le moment un mécontentement polonais.

Il reste cependant plusieurs zones d’ombres sur ce projet. En premier lieu, quelle sera la position russe ? Les médias lituaniens s’interrogent actuellement quant à une influence ou à des pressions supposées qui seraient exercées par Gazprom sur les dirigeants lituaniens à propos d’Ignalina, pressions qui expliqueraient certains questionnements qui subsistent au sujet de la nouvelle centrale et qui pourraient être liées à la négociation à venir sur les tarifs gaziers. En second lieu, l’Estonie sera-t-elle partie-prenante au projet, au moment où des voix, notamment vertes, s’élèvent à Tallinn pour demander la tenue d’un référendum sur le sujet ? En cas de désistement estonien, pourrait-on voir se profiler un nouveau partenaire afin de tenir les objectifs annoncés, à savoir une mise en service en 2015 et un coût aux alentours des 4 milliards d’euros ?

Diversification des partenaires et des approvisionnements

Outre la construction d’Ignalina 2, Vilnius se doit de chercher d’autres solutions à ses problèmes énergétiques. L’accroissement de la part des énergies renouvelables est l’une de ces pistes, mais il semble évident, tant pour le gaz que pour le pétrole, que la Lituanie doit diversifier ses sources d’approvisionnement.

Ainsi, pendant la crise entre Minsk et Moscou en février dernier, le président lituanien Valdas Adamkus avait étonné en proposant à la Biélorussie d’Alexandre Loukashenko de profiter des installations lituaniennes pour le transit de l’énergie. Sur le moment, le président lituanien, alors en visite aux Etats-Unis, avait présenté l’offre comme un projet visant à aider le peuple biélorusse, mais aucunement à soutenir son régime.

Néanmoins, il est permis de voir cela comme un appel du pied à Minsk, confrontée à une relation de plus en plus commerciale avec Moscou et qui pourrait donc être intéressée par une coopération, même limitée, avec la Lituanie. Vilnius, en incluant Minsk dans certains projets, pourrait aussi chercher à contrôler l’influence d’une Biélorussie qui maîtrisera vraisemblablement l’atome dans un avenir proche. Reste à voir quel pourrait être le degré de collaboration entre un régime qualifié de « dernière vraie dictature d’Europe » par Condoleezza Rice et un pays qui abrite certains des opposants les plus résolus au régime de Loukashenko et qui va lancer la diffusion, depuis son sol, d’émissions d’information à destination de la Biélorussie.

D’autre part, plusieurs rencontres, ainsi que la proximité entre Valdas Adamkus et son homologue ukrainien Victor Ioushchenko illustrent l’activisme lituanien pour être au centre des débats énergétiques. Ayant précédemment souhaité voir les relations énergétiques se développer entre la Lituanie et la Biélorussie, le président ukrainien a affirmé les 13 et 14 août derniers, lors d’une rencontre en Crimée, que l’Ukraine souhaitait un corridor énergétique entre la mer Caspienne et l’Europe, et qu’elle avait pour objectif de vendre de l’électricité à la Lituanie. Adamkus a pour sa part précisé qu’il était prêt à accueillir l’Ukraine dans le projet de la nouvelle centrale d’Ignalina.

Les Etats-Unis, tout comme les Etats du GUAM (Organisation pour la démocratie et le développement, regroupant la Géorgie, l’Ukraine, l’Azerbaïdjan, la Moldavie), dont le dernier sommet en juin à Bakou a enregistré la présence des présidents polonais, lituanien et roumain, ont tous en commun leur volonté de développer une route sud-ouest de contournement de la Russie pour l’évacuation du pétrole caucasien et centre-asiatique. Ils approfondiront ces sujets lors du prochain sommet de l’énergie qui se tiendra à Vilnius les 10 et 11 octobre prochains, et qui devrait également être l’occasion de reparler du projet de connexion des réseaux énergétiques lituanien, polonais et suédois.

De nombreux projets à mener de front

Mise en difficulté par le manque de cohérence des pays européens dans leurs discussions avec Moscou et par une prise en compte des problématiques baltes pas forcément prioritaire à Bruxelles, la Lituanie doit trouver des solutions. Sur le plan intérieur strictement, par des réductions de consommation et le développement des énergies renouvelables, des progrès peuvent intervenir. Sur le plan nucléaire, son leadership aboutira vraisemblablement à un projet régional d’envergure à moyen terme, projet qu’il convient pour le moment d’affiner. Sur le plan des nouveaux corridors énergétiques, la Lituanie, par le biais de son président, use de sa relation privilégiée avec l’Ukraine et avec ses voisins baltes, polonais et suédois. Elle devra néanmoins prendre garde, avec ses partenaires, à ce que l’élan démocratique porté par les baltes ne soit pas remis en cause par une possible coopération énergétique mineure et de circonstances avec un régime bafouant la liberté d'expression et dont l’anti-américanisme fait actuellement figure de politique étrangère (et intérieure), au prix d'alliances des plus douteuses.

Pour aller plus loin :

picto_1jpeg Sur Nouvelle Europe
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Vers une Biélorussie nucléaire
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Le gazoduc baltique peine à trouver son chemin
picto_1jpeg Sur Internet 
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Article de Baltic Times sur la dernière visite du président lituanien en Ukraine
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Article de Baltic Times sur les augmentations à venir des tarifs gaziers

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