L'Ukraine : trentième État membre de l'UE ?

Par Philippe Perchoc | 22 novembre 2010

Pour citer cet article : Philippe Perchoc, “L'Ukraine : trentième État membre de l'UE ? ”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 22 novembre 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/962, consulté le 26 septembre 2017

En ces temps de scepticisme vis-à-vis de l'élargissement, Nouvelle Europe a rencontré l'un des principaux négociateurs européens de l'Ukraine. Vasyl Filipchuk, Directeur général de l'Union européenne au Ministère ukrainien des Affaires étrangères, partage ses vues sur le futur européen de son pays.

On a beaucoup pensé en Europe de l'Ouest que l'arrivée de Victor Ianoukovitch à la tête du pays signifierait un changement de cap radical de l'Ukraine. En effet, dès les premiers mois du nouveau gouvernement, l'accord sur la base navale russe de Sébastopol a été prolongé jusqu'en 2042. Par ailleurs, l'Ukraine a mis fin aux discussions sur une éventuelle adhésion à l'OTAN en décidant la neutralité du pays. Pourtant, Kiev s'imagine toujours comme un candidat très sérieux à l'entrée dans l'UE. « Il y a des divergences entre les pays du cœur de l'Europe et l'Ukraine. Pour nous, nous serons forcément un jour membres de l'UE. Certains États membres comme l'Allemagne et les Pays-Bas y sont réticents et nous voient plus comme des voisins ». Il ajoute que certains pays européens proposent une sorte de modèle norvégien à l'Ukraine, c'est-à-dire d'appliquer le droit européen sans être membre. Mais, comme on le souligne en Ukraine, on est loin du niveau de vie d'Olso. « Comment pourrions-nous faire mieux que les Polonais en recevant seulement 10% de l'aide qu'ils ont eu durant les années où ils avaient le statut de candidat ? » Comment pourrions-nous faire mieux que les Polonais en recevant seulement 10% de l'aide qu'ils ont eu durant les années où ils avaient le statut de candidat ?

Pour cette raison, le pays est très critique de la Politique européenne de Voisinage inaugurée en 2004. Cette dernière visait à éviter l'apparition de nouvelles frontières en Europe après le grand élargissement de 2004 en adoptant, selon la formule de Romano Prodi, « tout sauf les institutions ». Il semble bien pourtant que cette politique ait raté sa cible : à Kiev, on considère qu'elle relègue le pays en deuxième division et qu'elle bloque toute perspective d'adhésion à moyen terme. Même la tentative de réformer la Politique européenne de voisinage pour différencier le sud (Union pour la Méditerranée) et l'est (Partenariat oriental) est vue avec pragmatisme : elle ne paraît pas plus ambitieuse, y compris financièrement, mais selon Vasyl Filipchuk « tout ce qui peut contribuer à sortir de la logique de voisinage est bon à prendre ». Néanmoins, « organiser une réunion tous les six mois à six [Biélorussie, Ukraine, Moldavie, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan] avec la Commission est intéressant, mais malheureusement, cela sert seulement à faire circuler l'information ».

filipuchuk.jpgAu-delà des architectures globales, la diplomatie ukrainienne semble tout miser sur la conclusion prochaine de l'accord d'association entre l'Union européenne et l'Ukraine. Bruxelles n'est visiblement pas pressée de signer cet accord et les Ukrainiens tentent donc de le muscler, notamment par une zone de libre-échange et un accord de libre circulation des personnes dans les deux sens, sans visa.

Dans cette perspective, la France semble être un atout maître dans le jeu ukrainien. En effet, la présidence de Nicolas Sarkozy semble beaucoup plus favorable au rapprochement ukrainien que celle de son prédécesseur. Il est difficile de comprendre les raisons de ce changement et quel rôle il tient dans la stratégie globale de Paris vis-à-vis de l'élargissement. L'Ukraine plutôt que la Turquie, l'Ukraine et la Turquie pour freiner les deux adhésions ? Rien de cela n'est pour l'instant clair, mais Kiev tente de jouer sa chance et soutient vigoureusement la candidature turque à l'adhésion. Elle espère même être dans un calendrier comparable. Kiev se donne en effet 2020 comme horizon d'association et de perspectives européennes, sans que l'on sache quelles sont les chances de réussite de sa stratégie. Il est évident que les avancées des relations entre l'Union européenne et l'Ukraine ne sont pas sans lien avec celles des relations entre Bruxelles et Moscou. Vasyl Filipchuk note d'ailleurs qu'« officiellement, Medvedev et Poutine ne sont pas contre. Et les milieux d'affaires russes comme ukrainiens y sont très favorables » Or, le dernier sommet de l'OTAN semble montrer une amélioration rapide des relations entre UE et Russie, laissant la porte ouverte aux ambitions de Kiev. Une condition importante semble quand même celle de la stabilisation politique en Ukraine et de la reprise économique dans l'UE, sans laquelle il sera difficile de convaincre les opinions publiques d'une politique ambitieuse d'élargissement.

 

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Source : SK/UA, par Austrini, sur flickr

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